Maman, papa, qu'arrive-t-il aux hommes ?
Je m’en suis retourné dans ma ville natale,
Depuis que l’horizon se perdait en dessein
D’une vie soumise à la tâche morale
Afin d’y engloutir mon cœur contemporain.
Peu importe l’amère oppression subie
Dans ce monde où le maître a les crocs acérés ;
Peu m’importe si l’âme a bu de l’eau croupie.
Je m’en suis retourné aux lieux tant désirés :
Ici, les bois sont pleins d’horreurs et de surprises.
Mes pas errants, soudain, me traînent au-devant
D’un mystère avoué : deux épîtres assises,
Maculées de rouge, emportées au vent.
L’écriture est scolaire et les mots attristés,
Conçus par une ado au cœur de la tourmente.
Ils sont le péché lourd des monstres incarnés,
Qui se plaisent quand l’âme est dès lors impuissante.
Voici les deux épîtres et les erreurs sur lesquelles j’ai buté :
Me voilà adossée au pied d’un alisier, (hiatus aux premiers mots)
Les mains couvrant ma face et jambes repliées,
En proie à la torpeur, aux peines infligées ;
Le corps à demi nu, vêtu d’un chemisier.
Maman, papa, pourquoi ? Pourquoi cette folie ?
Je n’ai fait aucun geste ou ni regard hardi (vers facile avec « ou », et « ni » étant superflue », mais le rythme de l’alexandrin est conservé)
Pour ne pas inspirer à cet homme endurci
Son plaisir animal sur votre ado Nellie.
L’air tiède du printemps mesurait notre allure.
Sereine, rassurée au bras de ce garçon,
Je n’ai pas vu venir de la même façon (monosyllabes familiers « n’ai pas vu »)
Ses amis, et tout ça prit une autre tournure. (idem)
J’ai pensé que l'amour était une azalée,
Une fleur qui étale à chaque heure un bonheur.
Mais ces mains sur mon corps rythmèrent la douleur ;
Je n’ai pas réagi quand je fus violée. (vers artificiel)
Seconde épître :
Peut-être ai-je été garce, irrespectueuse. (premiers mots oralement familiers)
Je ne sais pas, ou plus ; j'ai cru que mon amour (beaucoup de « je n’ai, je ne, monosyllabes déplaisants »)
Pour cet homme n’aimant juste que le contour
De mon corps assoupi à mon âme rêveuse (image floue)
Me donnerait la main à travers ce supplice,
Me protègerait, moi, maîtresse de ses nuits.
Aujourd’hui, le démon est sorti de son puits
Et me laisse à mes pleurs, perdue dans l’abysse.
Pardonne-moi, maman, je ne veux ni ta peine
Ni celle de papa. De votre part, oh dieux !
Comprenez tout l’enjeu dans ce geste odieux.
Que s’accomplisse en moi l’évasion prochaine.
Sur le coup de minuit, mon sang coulait sans teinte ; (on imagine mal du sang sans teinte)
Il m'a fallu la nuit pour pouvoir m'allonger.
C’est drôle, tout autour, le soir, comme un rocher,
S’est collé dans mon cœur, puis la mort m’a éteinte.
Note : je m’en suis voulu d’avoir apporté une critique de forme et de syntaxe sur ces épîtres, alors que cette jeune Nellie n’était qu’une enfant. Ce qui me chagrine, c’est que ses parents n’ont jamais reçu ces ou ses poèmes. Tout a été bref et soudain, comme le monde de demain.
💬 Commentaires 6
C'est très prenant.
Il me semble que je n'ai pas bien compris pourquoi il y a ces annotations. Ce que je crois, c'est que l'auteur a émis quelques réserves sur la forme, un peu en-dehors de la norme d'un poème construit de façon classique, et que, compte tenu de sort de cette enfant, il s'en veut.
Cela me rappelle un texte, très long, que j'avais annoté sur Scribay, il y a quelques années. Je n'avais pas hésité à critiquer franchement. Après tout, le travail de relecture, c'est cela.
Quand, quelques jours plus tard, j'ai appris qu'il s'agissait d'une autobiographie. Cela n'avait été précisé nulle part. Alors, évidement, je m'en suis voulu. Mais pas très longtemps.
J'estime que nous devons toujours prévenir nos éventuels lecteurs dans ces cas-là, comme s’attache à le mentionner tout romancier.
En tout cas, comme le dit Mac avant moi, je pense que ce serait mieux sans les annotations :)
Je pense que les annotations en gras casse la beauté du texte et modifie les sensations que l'on ressent. J'ai essayé d'en faire abstraction.
(Je te conseille de mettre les phrases en gras dans des annotations :)