Marianne

📖 Marianne ✍️ Victor 📝 683 mots

Marianne, je t’ai connu le couteau entre les dents et les dents à moitié arrachées par l’armée des rois. Déchainée, poussée par la faim et la rage de foutre ce monde en l’air, tu as pris la rue comme on prend la porte après s’être pris une claque. La transformant en barricade, cramant des poubelles et n’ayant que pour bois de chauffe la solidarité des sans dents, les nourrissant de ton sein qu’on ne saurait plus voir aujourd’hui, tu es devenue celle que nous voulions suivre. Tu as décapité les têtes de tes maitres et, le point en l’air, tu t’es assise sur leur trône prônant la liberté, la paix des peuples et l’égalité. Mais regarde où tu en es.

Marianne, ta vieille révolution t’a plongée dans ce monde de luxe et de luxure où tu te luxes à force de courbettes devant les puissants. Au fils des ans, tu as délaissé le pagne pour les étoffes épaisses de ceux qui se pavanent dans les ruelles des capitales. Après avoir gouté à cette vie-là, tu as pris l’habitude de toiser à travers les fenêtres de l’Élysée ceux que tu défendais à l’époque où la rue était ta cabane. Oubliant que tu étais l’une d’eux, ils ne sont plus pour toi qu’un peuple de consommateurs consumés par la fatigue d’être exploités au nom de la patrie. Alors, devant leur regard immonde d’humanité comme un appel à l’aide à leur sœur, refoulant ce que tu ressens, tu les piétines plus violemment tout en leur rendant la vie plus rude. Dur de prendre soin de sa famille lorsqu’elle nous dégoute à en vomir puisqu’elle nous enracine dans une terre qui sent bon l’humain, cette puanteur que les puissants de ton monde évitent en se parfumant de Jasmin. Mais de l’appel à l’aide, il ne reste plus que la colère de ne pas être entendu. Alors les rues redeviennent barricades, les poubelles brulent et la solidarité souffle sur les braises qui tu as laissé trop longtemps endormies. Devant ce spectacle, du haut de ta fenêtre, tu as fait ton choix. Regarde ce qu’il en est.

Marianne, tu les as envoyés, comme les rois avant toi, pour vous défendre, toi, toute ta cour et le pouvoir qui vous drogue. Armés de bouteilles de gaz, la matraque à la main, la grenade attachée à la ceinture prête à être dégoupillée, le lanceur de balles de défense dans le dos prêt à être dégainé et le bouclier pour se protéger, les gardiens de la paix ne sont plus que des gens d’armes maintenant l’ordre. Ton ordre. Celui que tu as méticuleusement mis en place, détruisant les services publics petit à petit à grands coups de coupes budgétaires au nom d’une dette que tu as toi-même façonnée pour t’enrichir. Et à force de les envoyer tabasser les tiens, ils en prennent l’habitude et, tels les chiens après avoir gouté au sang, ils en redemandent et n’en demandent plus la permission. Ils n’ont plus en face d’eux que des corps à abattre, des futurs cadavres que tu vas faussement pleurer. Alors pour que ces chiens ne se retournent pas contre toi, tu deviens folle en justifiant avec hargne le massacre de ces pauvres gens qui brandissaient ton nom comme symbole de liberté. Regarde ce que tu es devenue.

Marianne, tu fais honte à ta patrie, tu fais peur à tes enfants, tu fais pitié pour tes frères et sœurs. Tu es cet être violent vis-à-vis de tout membre de la famille qui le contredit, qui prêt à tuer père et mère pour garder son règne sur les siens, qui finalement n’a d’autre peur que de perdre la tête en découvrant que tu n’es plus l’un des leurs, que tu es toute seule. Car oui, tu es plus seule que jamais. Tes sœurs et frères s’organisent et pensent à ce qu’ils feront de ton héritage pour éviter que tu reviennes d’entre les morts. Ils ont pris conscience qu’un autre monde est possible et que du sein d’une autre viendra l’humanisme comme manière de vivre.

 

 


💬 Commentaires 2

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Anne-C. • 2 jours, 7 heures
Un plaidoyer lucide, sans utopie. Pauvre Marianne, elle qui rêvait d'autres choses que d'être le symbole de cette République qui ne respecte plus son peuple.
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Victor Auteur • 2 jours, 2 heures
Merci beaucoup pour tes annotations qui ont permis de fluidifier le texte et merci pour ton commentaire. En effet, pauvre Marianne mais il faut garder espoir contre les obscurantismes.
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