4. Espace

📖 Noah au Saint Royaume | Octeller 2026 ✍️ TeddieSage 📝 1383 mots

Je me suis toujours demandé s’il y avait de la vie dans l’espace. Maintenant, je réalise que je ne me suis jamais demandé s’il y avait vraiment une existence au-delà de la mort. Je suis dans cette nouvelle communauté depuis seulement deux semaines et déjà, j’ai eu la chance de croiser des extraterrestres, ainsi que des elfes ou des créatures anthropomorphes. On se croirait dans une sorte de festival réservé aux fans de Halloween, ou bien de séries fantasy ou de science-fiction en tout genre. Mais je réalise qu’il s’agit de créatures toutes aussi vivantes que le commun des mortels. Enfin… si on peut appeler l’après-vie, une véritable vie. 

— Ici, on transcende ce qui est notre vie d’avant, m’a expliqué Cassandra, l’autre jour. On existe, on évolue. On meurt aussi parfois, mais on peut être ramené car on en a les moyens. La mort n’est qu’un commencement. C’est ce qu’on choisit de faire de notre existence qui est le plus important. Et comme tu es déjà mort une première fois, la prochaine fois tu sauras à quoi t’attendre si jamais tu devais te réveiller à nouveau dans l’infirmerie. Par contre, ça risque d’être difficile si tu devais rôder trop près d’une zone de néant.

— Pourquoi ? ai-je demandé. C’est quoi votre définition du néant ?

Nous nous promenions tous deux à travers le rez-de-chaussé du palais où je suis toujours de passage. On m’a attribué une chambre temporaire au premier étage, en attendant que je me trouve un endroit plus approprié pour ce que je ferais plus tard. Rien ne presse, m’a-t-on expliqué. J’ai l’embarras du choix, maintenant que je suis mort… ou plutôt, un ange.

— Le néant, m’a-t-elle expliqué après s’être raclé la gorge, est à l’opposé de ce que nous sommes. Nous représentons l’élément de la création divine ou tout simplement, la création. Le néant prend tout, détruit tout sur son passage, ne laisse aucune trace. Il dévore les âmes et il nous est presque impossible de restaurer cette âme, à moins bien sûr d’avoir sauvegarder nos souvenirs quelque part… Euh… Je sais, je peux le voir à ta réaction que tu as des doutes… Mais bon, nous sommes à la fois des êtres organiques comme synthétiques. 

— Des cyborgs, donc ? 

Cassandra avait affiché une expression incrédule et avait poursuivi : 

— On jurerait entendre mon fils. Lui qui est si fasciné par les robots… En fait, c’est plus complexe que ça. Nos cellules ici sont composées par la magitechnologie. Une fusion de magie et de science qui a été perfectionnée par les ingénieurs du Saint Royaume. Je pourrai demander à mon amie Athéna de t’en faire un petit cours, si tu le souhaite.

— Athéna… comme l’Athéna du panthéon grec ? 

— La sixième de son nom. Ce n’est pas la même que tu as connu chez toi. Une femme assez innovatrice qui a fait beaucoup de sacrifices pour qu’on puisse mettre fin à cette guerre. Mais bon… Ce que j’essaie de t’expliquer depuis un moment, c’est que nous pouvons faire des sauvegardes de notre âme dans le grand serveur qui réside au cœur du Saint Royaume. Nous y avons accès en tout temps, via des accessoires qui nous sont attribués. 

Elle m’a alors montré une bague qu’elle portait au doigt. Un anneau avec une gemme précieuse. Elle a passé une main par-dessus la gemme et en a sorti un pot d’onguent qu’elle m’a ensuite remis dans ma sénestre. 

— Je ne sais pas si tu l’as remarqué, mais Gabriel a aussi une bague similaire, m’a-t-elle expliqué. Presque tout le monde au Saint Royaume en a une, car elle est connectée au réseau même qui nous permet de communiquer entre nous, ou d’avoir accès à plein de possibilités à travers ce monde. On peut aussi y stocker des objets non-vivants pour nous déplacer à notre aise, sans être encombré de choses lourdes. Je crois que chez toi, vous avez ce qu’on appelle un GPS pour localiser certains véhicules, n’est-ce pas ?

J’ai hoché la tête et elle a continué : 

— Bah, nous avons un système similaire ici. On peut relocaliser les anges si jamais ils manquaient à l’appel. C’est pratique pour celles et ceux qui travaillent en dehors du Saint Royaume. Il suffit de l’activer, bien sûr. Et il y a plusieurs façons de maintenir son intimité. Seulement, quand on doit travailler dans un milieu dangereux tel que le mercenariat… mieux vaut prévenir que guérir. Si tu savais le nombre de soldats que j’ai dû ramener de cette façon au palais… Et dans les états lamentables qu’ils étaient ! Démembrés pour la plupart. D’autres, empoisonnés ou bien entre la vie et la mort. C’est un peu ironique tout ça, sachant qu’on peut encore souffrir même après la mort.

Je me souviens avoir été bouche-bée à cette dernière phrase. 

— Du mercenariat ? ai-je alors demandé. 

— Oh… ça, c’est une autre histoire. J’ai travaillé comme brigadière, dans ma vie mortelle. Enfin, je le fais encore quand on a besoin de mes services, mais en gros, nous partions souvent en mission pour notre gouvernement. Il y avait moi, Gabriel et d’autres personnes, dans notre groupe. Flint est le capitaine de notre brigade. On se fait appeler la Septième Brigade de Baldt.

Je secoue la tête, alors que je repense à cette discussion. 

En ce moment, je suis assis sur les marches de l’escalier qui lie le palais présidentiel au centre-ville. J’observe les premières étoiles de la soirée, alors que d’autres personnes vont et viennent autour de moi. C’est quand même incroyable ce que les gens peuvent vivre comme situations, dans ce monde à la fois rempli de magie, comme de trucs sortis tout droit d’une histoire futuriste. Mon vieil ami Fr… Fre… Mon vieil ami…

J’ai soudain un énorme mal de tête qui m’empêche de me concentrer. Je me recroqueville et me serre les tempes. Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive depuis mon réveil. 

J’ai beau me souvenir de quelques détails de ma vie antérieure ; c’est comme si ma propre mort avait endommagé une partie de ma matière grise. Je me frotte les tympans et prends de grandes respirations. Cassandra m’a expliqué que ça peut prendre du temps pour s’adapter à un nouveau corps magique, comme le mien. Surtout quand on a passé sa vie en tant que créature non-magique. Je n’arrive toujours pas à prononcer le moindre sortilège, mais je le sens au plus profond de moi qu’il y a quelque chose de nouveau en moi. Une énergie au-delà de toute compréhension pour un simple mortel. 

Fre… Fre… Mon vieil ami aimerait être à ma place. Il aime… Il aime… 

— Aïe ! je hurle de douleur, lorsque je reçois un autre coup dans la tête.

— Monsieur Thibert ! lance un garde derrière moi. Attendez, je viens vous aider !

Le même garde qui m’a escorté jusqu’ici. Un gentil individu dont je ne retiens pas le prénom. Je sens mes forces faiblir alors que je l’entend crier mon nom. Mon cœur bat la chamade et tout à coup, je sens mon corps heurter la pierre froide à côté de moi. Ce mal de tête est si intense que j’ai l’impression de mourir une deuxième fois. 

Que m’arrive-t-il ? Pourquoi est-ce que ça devait m’arriver ? Tout allait pourtant si bien ?

— Cassandra… je marmonne dans le vide. Je… Je dois voir Cassandra… 

Je finis par perdre connaissance, à force de gémir de douleur.


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