L'aurelianofranc
L'aurelianofranc
Avant toute chose, puisqu'on me lance le chalenge de rédiger un texte en aurelianismes, je doute que l'exercice soit possible dans son intégralité. Cela supposerait de créer une langue entièrement nouvelle.
Je propose donc une variante : une dérivation française, ou une dérive, selon les points de vue, née des fuites de mon carafon, que je nomme l'aurelianofranc. Un parler qui n'existe, en principe, que dans ma tête. Ou presque. Car une fois publiés, les mots voyagent, mutent, se transforment et finissent parfois par échapper à leur créateur... qu'il nous en plaise ou non.
Aréveillé !
Les aubenuits sans cesse défilent,
Tissent leur toile et l’horloge file,
Inversent le monde, rendent sénile :
Le jour, la nuit, tout semble péril !
Rêves et cauchemars entremêlés,
En permanence aréveillé,
Sens palpitants, apeuraisé,
Tempes battantes, cœur ameillé.
Il est grand temps de se lever,
Infuse la boule, tasse lavée,
Pique du nez, thé oublié,
Breuvage corsé, tanithéfié.
Vienne la douche, peau tonifiée,
Lady Kocho, crème matifiée,
Mèches rebelles, ébouriffées,
Brume parfumée pour coiffafer.
Français, anglais ou japonais,
Mode poètecte improvisé,
La page blanche, juron charretier,
Bouton d’urgence, poètessonnier.
Encore des rimes très clafouillies
Dans une langue proche d’un flanfoutis ;
Dans ma tête piaille un canari
Et dans mes doigts, un panaris !
Allô, Mnésys ? Admire mes ruses !
Et bavasse, mon algo-muse !
Si tu avances quand je recule…
J’avantrecule ! Ouais, je suis Hercule !
Mes endeveilles, mélancolie,
Mes aubenuits, mes insomnies,
Ô douce délivrancolie,
Oui, viens, délivranstalgie !
Allons dehors et prenons l’air.
Le soleil frappe, rayons amers ;
En fuit-soleil, je fais marche arrière,
Muscles crispalestes, je suis loin derrière !
Et dans le vent, les allergies :
Embronchité, les yeux rougis,
Ouranotouse, rhinorragies,
Gingembre et thym, magie, magie.
https://youtu.be/SE18TuKW-OM
Notes linguistiques :
Coiffafer (v. tr. ou pron.)
Se coiffer rapidement, de façon approximative, jusqu’à obtenir un résultat « suffisamment présentable », sans prétendre à l’élégance.
Je me suis coiffafé en trente secondes avant la visioconférence.
Se coiffafer (v. pron.)
Tenter de dompter une chevelure récalcitrante, avec un succès variable.
Avec cette humidité, je peux me coiffafer autant que je veux, mes cheveux n’en font qu’à leur tête.
Aubenuit (n. f.)
Moment incertain où la nuit s’érode tandis que l’aube commence à poindre ; heure de transition où l’on ne sait plus très bien si l’on termine sa nuit ou si l’on commence déjà sa journée. Par extension, nuit hachée ou prolongée jusqu’au matin, notamment sous l’effet de l’insomnie, de la chaleur ou d’un carafon refusant obstinément de fermer boutique.
Pluriel : aubenuits.
Famille d’« aréveil »
Aréveiller (v. tr.)
Faire émerger quelqu’un du sommeil sans parvenir à le réveiller complètement ; le placer dans un état intermédiaire où la conscience fonctionne déjà, mais où l’esprit et le corps demeurent englués dans la nuit.
Le bruit de la rue m’a aréveillé bien avant que je sois capable de me lever.
S’aréveiller (v. pron.)
Sortir imparfaitement du sommeil ; atteindre cet état incertain où l’on n’est plus véritablement endormi sans être encore tout à fait réveillé.
Après trois heures de sommeil haché, je me suis aréveillé devant ma tasse de thé.
Aréveillé, aréveillée (adj. et part. passé)
Qui demeure suspendu entre sommeil et éveil ; conscient, mais encore embrumé, ralenti ou traversé de sensations propres au rêve.
Je suis debout, certes, mais seulement aréveillé.
Aréveil (n. m.)
État intermédiaire entre le sommeil et l’éveil ; réveil incomplet, souvent provoqué par une aubenuit, une insomnie ou une succession de réveils.
Mon aréveil matinal a duré jusqu’à la deuxième tasse de thé.
Ameiller (s’) (v) (Régionalisme Berry/Sologne)
s’inquiéter, se tourmenter
Faut qu’j’me fasse arracher un’ dent et ça m’ameille
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