#2
— Layna, c'est pour aujourd'hui ou pour dem–
— Pour aujourd'hui.
— Je vais rater mon bus à cause de toi.
— Pfffff… Au pire, tu ne m'attend pas, si c'est vraiment grave si tu rates ton bus.
— Bah bien sûr que c'est grave !
— Nan mais je veux dire si c'est grave au point de ne pas pouvoir prendre le suivant, olala...
10 ans que je la connais et elle n'a toujours pas enregistré le fait que je suis longue pour tout. Sauf la lecture. C'est le seul truc pour lequel je peux aller vite. Enfin bref.
Il est 17h et c'est l'un des rares jours où on finit en même temps les cours. Nous sommes dans les mêmes classes mais parfois le soir, nos différentes options nous empêche de rentrer ensemble.
Moi c'est option musique et option cinéma. Elle c'est option théâtre.
— Laya, regarde, y'a Aleeeex !!!
Je m'appelle Layna, mais elle préfère m'appeler Laya.
— Ook, je m'en foou
— T'abuses. Tu pourrais au moins faire l'effort d'être contente pour moi.
— Bryce, je veux bien t'encourager dans tous les domaines que tu veux. Mais pas ça. Ça fait combien de temps... environ trois ans que t'es dessus. Et pourtant, il continue de t'ignorer et de se taper toutes les putes du bahut.
— Mon tour finira bien par arriver.
— Non, pour la simple et bonne raison que tu n'es pas une pute.
Mon téléphone vibra. J'ouvrais la notification. Ma mère : 𝚃𝚞 𝚙𝚊𝚜𝚜𝚎𝚜 𝚎𝚗 𝚙𝚛𝚒𝚜𝚘𝚗 𝚌𝚎 𝚜𝚘𝚒𝚛 ?
J'avais oublié qu'on était lundi. Je lui répondais que oui et avec Bryce, on sortit du lycée.
— J'avais oublié qu'on était lundi. Je prend le bus. Pour aller chez mon père.
— Cool, je ne vais pas faire la route seule !
J'arrivais à mentir aisément sur tout et n'importe quoi à n'importe qui, donc cette excuse bidon pas si bidon, je la sortait tout les lundis et mercredis à Bryce depuis 4 ans et elle n'avais jamais décelé mon mensonge.
Pour elle, mes parents étaient séparés et toutes les semaines du lundi au mardi et du mercredi au jeudi, je passais la nuit chez mon père.
Le bus arriva en même temps que nous à l'arrêt.
On entra et s'assit dans le fond.
Une dizaine de minutes après, Bryce sortit et une petite heure après, j'étais arrivée au centre pénitentiaire de Lille-Annœullin, où mon père était incarcéré.
Si le protocole ne l'obligeait pas, je ne montrerai plus ma carte d'identité. J'avais tellement l'habitude de venir ici que je connaissais cet endroit (presque) par cœur et les gens qui travaillaient ici.
— Quoi de neuf boulette ?
Jacob, le surveillant qui s'occupait de l'accueil me surnommait boulette depuis que je venais ici. Je n'ai jamais vraiment su pourquoi mais j'aimais bien et je trouvais ça drôle.
— Rien de spécial. Enfin, pour le moment. Et toi, quoi de neuf ?
— Pareil.
Bizarre.
D'habitude, il avait toujours au moins un potin.
Et là, rien.
Bon, pas grave.
Après avoir passé multiples portails de sécurité, je me dirige vers la petite salle d'attente mais il me rappela.
— Pas besoin d'attendre, tout est déjà prêt.
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