La boucle
Marre.
Marre de tout. Marre de rien.
Marre dès mon réveil, marre du sommeil, marre du soleil. Marre d’être debout, marre de devoir aller me coucher. Marre de répondre à ce corps qui d’toute manière récupère jamais. Marre de mon rythme pété. Marre de rêver. Marre d’ le faire même éveillé.
Marre de subir. Marre de tout voir mourir. Marre du temps qui défile dont j’sais rien faire de toute manière. Marre de m’en faire. Marre d’avoir peur qu’tout ça s’arrête. Marre de ma quête. Celle d’un sens à l’existence, d’entendre toujours les mêmes « c’est toi qui donne le sens ».
Mais putain comment on fait ça ? Comme j’pourrais donner un sens à quelque chose que j’comprends pas ? Marre de pas avoir d’envie, ou d’pas savoir les identifier. Marre d’être esclave de mes délires. Marre d’pas saisir mes désirs.
Marre de toujours regarder la table d’à côté, d’jamais être satisfait.
Marre de la tristesse, marre de l’anxiété, marre des questions répétées.
« Ça va ? » Non ça va pas ? Et après ? Ça changera quoi pour toi d’le savoir? T’as pas d’impact sur moi, personne en a. J’ai tout fermé, tout verrouillé pour pas craquer, sécurisé ma vie comme j’le pouvais.
Marre d’avoir de gout à rien, de pas être capable de m’prendre en main. Marre d’essayer d’imaginer des perspectives, des projets d’avenir. D’me confronter à la blancheur d’une pièce vide, voir qu’mon imaginaire concerne pas la vraie vie.
Marre de manger, de devoir y trouver du plaisir, marre des injonctions, marre d’me nourrir. Trente cinq années d’existences, combien de repas avalés ? Combien de fois encore jusqu’au trépas ? J’veux pas compter.
Marre de sourire, devoir montrer des émotions factices. Marre de jouer un rôle d’être humain. Marre de voir dans les regards la recherche de mes réactions. Marre de sentir qu’il faut qu’j’exprime quelque chose, mais de sentir qu’y a rien au fond.
Rien au fond d’moi à part un vide immense dans lequel j’ai fini par descendre. Qui brûle, consume tout et n’me laisse que des cendres.
J’ai envie de hurler, dans l’espoir de tout faire sortir. J’voudrais vomir. Cracher toute la bile que j’ai à l’intérieur, accéder au bonheur. Ou du moins l’toucher du doigt, pouvoir sentir à quoi ça ressemble, pouvoir le voir et le comprendre.
Trouver cette passerelle qui m’tient à distance des autres depuis toujours.
Sauf qu’en vérité j’sais très bien où elle se trouve. Et j’en ai marre d’pas être capable de la sortir des douves qui protègent la forteresse que j’ai érigée, là où je trône seul par peur d’être blessé.
Marre d’avoir peur, marre de pas savoir discerner l’amour de l’amitié, marre de tout vivre avec la même intensité, marre de m’cacher.
Marre d’être instable, marre de mon humeur changeante, marre de la descente. Marre de subir le mal-être à répétition, marre de m’débattre, marre de pas trouver d’solution. Marre des projections. Marre des déceptions.
Marre de voir que j’peux pas tout faire, marre de m’perdre. Marre d’être bloqué dans mon immobilité. Marre de stagner.
Mais j’sais même pas où avancer. Quand on m’parle d’avenir j’vois juste la mort au bout d’la ligne. C’est l’seul qu’on a tous en commun.
Marre d’écrire. Marre de réfléchir. Marre de vivre. Marre d’être quand même attaché à la vie. Marre de ma dichotomie. Parce qu’attaché à mes pensées, à mon esprit.
Marre d’être mon propre bourreau. Marre d’être esclave de mon cerveau.
Marre de vouloir qu’tout ça s’arrête, marre de pas voir l’bout du tunnel.
J’ai attendu d’être adulte avec impatience, j’pensais qu’ça réglerait mes angoisses et ferait taire cette violence intérieure que j’ressentais depuis l’enfance. Mais j’ai rien trouvé. Être adulte c’est seulement faire semblant. Jouer au grand.
Marre du besoin d’absolu. Marre des rencontres. Marre d’être déçu.
Marre de tout. Marre de rien.
Marre.
💬 Commentaires 2