Un baiser
Les rideaux sont à moitié tirés, laissant pénétrer les rayons d’une lune qui peine à faire admirer sa clarté, encore empêchée par le jour qui semble ne pas vouloir céder sa place.
Leurs deux corps ont fini par plonger dans la profondeur des fauteuils de la pièce.
Ils sont fatigués. Juste ce qu’il faut. Une fatigue agréable, fruit d’un après-midi au parfum de printemps. Un après midi simple, léger, enivrant. Ils ont depuis longtemps cessé de parler. Ils savent que les mots n’ont désormais plus leur place. Seul trône le silence.
Leurs regards plongés l’un dans l’autre sont devenus deux portes, deux passages vers leur profondeur, deux chemins vers les vibrations de leurs âmes désormais plus proches que ne le sont leurs sièges.
Un frisson. Une respiration interrompue par le sursaut d’une glotte peinant à faire descendre ses flots dans un conduit devenu étroit. Une chaleur apaisante qui envahit leurs membres.
Il s’approche. Leurs yeux ne se quittent plus, comme pour ne pas perdre la moindre manifestation de l’instant.
Sa main vient effleurer la douceur d’un visage dont il souhaiterait connaitre chaque détail, n’en oublier aucun trait. Ses yeux se ferment un instant, comme pour graver du bout de ses doigts la beauté jusqu’alors contemplée.
Elle lève la sienne et vient la poser contre son cœur. Il bat avec force. La force du désir. Celle de l’émotion, de la passion.
Ses doigts remontent dans ses cheveux teintés d’or tandis qu’elle approche son visage du sien. Ils ne sont plus séparés que de quelques centimètres, toujours plongés l’un dans l’autre.
Il souhaiterait pouvoir gouter à la moindre parcelle de sa peau, mais c’est sur sa joue qu’il pose pour la première fois ses lèvres. Il veut continuer à sentir la douceur de ce visage que tous peuvent voir mais que lui seul peut désormais frôler. Il descend le long de son oreille, jusqu’à son cou. Les lèvres sont à peine posées, courant contre elle telle une plume dérobée aux ailes de l’ange semblant s’être penché sur leur rencontre.
Elle n’a pas quitté son cœur. Les battements se sont fait plus lents, plus réguliers. Elle constate avec délice qu’il bat à l’unisson avec le sien, comme pour ne plus émettre qu’une pulsation unique, une seule mélodie.
Leurs lèvres finissent par se trouver. Les yeux se ferment. Leurs corps se collent l’un contre l’autre, la main de la jeune femme toujours apposée contre le métronome de leur amour.
La nuit s’est installée. La Lune a pris sa juste place dans le ciel, entourée d’astres dont aucun n’égale sa blancheur. Seules les peaux qui se dévoilent devant elle peuvent lui disputer sa beauté.
Les ombres courent sur leurs corps nus, qui déjà se lovent pour ne plus former qu’un seul être paré de volupté. Leurs âmes dansent autour du feu de leurs râles. Puis le calme reprend sa place, pour ne laisser que ces regards qui ne se seront quittés que le temps d’un baiser. Le sommeil les prend. Ils s’endorment, bercés par les murmures des astres, témoins privilégiés de leur étreinte. La nuit les enveloppe de son manteau protecteur. Elle protège leurs songes. Elle protège leur amour.
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