Saison 2 - Épisode 8 - LESSON NUMBER NINE

📖 TOKYO SINS ✍️ Splinter 📝 917 mots


Le vent faisait encore danser les immenses lanternes rouges du Sensō-ji.

Emmanuel descendit lentement les marches.

Nicky marchait derrière lui.

Aucun des deux ne parlait.

Ils arrivèrent devant la Mazda.

Puis Emmanuel tourna la tête vers Yoshimitsu.

Il lui lança les clés de la Supra.

« Yoshi. »

Le hacker les attrapa au vol.

« Sors. »

« Hein ? »

« Tu prends la Supra, rentres. »

Le silence.

« Sérieusement ? »

Emmanuel ne répondit pas.

Yoshimitsu descendit de la Mazda comme un enfant à qui l'on venait de confier un trésor national.

Il s'approcha de la Supra.

Ses mains tremblaient.

« Putain... »

Il posa doucement la main sur la carrosserie.

« Putain.. La, Légende... »

Il ouvrit la porte.

Le cockpit s'illumina.

Le tableau de bord se réveilla dans une chorégraphie de lumières rouges.

Il resta quelques secondes sans bouger.

« Je vais mourir... »

Il s'installa derrière le volant.

« Si je lui fais une rayure... Emmanuel me tue. »

Il appuya sur le bouton Start.

Le moteur explosa dans un grondement métallique.

« Mon Dieu... Tout Tokyo va être à ma poursuite... »

...

Pendant ce temps...

Emmanuel ouvrit la portière passager de la Mazda.

Il s'installa tranquillement.

Nicky tourna la tête.

« On va où ? »

« Je connais un endroit. »

Elle démarra.

Quelques secondes passèrent.

Puis Emmanuel observa le tableau de bord.

« Tu sais utiliser tout ça bien sûr ? »

Il la regarda.

« Les caméras ? »

Silence.

« Euh... Non. »

« Les modes tactiques ? »

« Les quoi ? »

« Les détecteurs ? »

« Quels détecteurs ? »

Emmanuel continua de fixer le pare-brise.

« Les brouilleurs ? »

« Arrête... y a vraiment tout ça ? »

Il sourit.

« Démarre. »

« Attends... »

« Tu conduis cette voiture depuis quelques jours... »

Elle acquiesça.

« ...et tu n'as jamais utilisé la moitié de ce qu'elle sait faire ? »

Nicky souffla.

« Je roule juste avec... »

Emmanuel regarda la route.

« Voilà ton problème, tu manies un sabre comme une cuillère »


...

Une vingtaine de minutes plus tard...

Ils s'arrêtèrent devant une vieille bâtisse en bois.

Aucune enseigne lumineuse.

Seulement un vieux noren noir flottant dans le vent.

Une distillerie.

À l'intérieur...

Le temps semblait appartenir à un autre siècle.

Tatamis.

Bois noirci.

Lampes en papier.

Quelques hommes parlaient doucement.

Deux vieux Yakuza jouaient au shōgi.

Trois salarymen terminaient une bouteille.

Puis Emmanuel entra.

Le Rosaire dansait déjà entre ses doigts.

Il le faisait disparaître.

Réapparaître.

Rouler entre ses phalanges.

Comme un vieux magicien.

Les conversations cessèrent.

Tous les regards se levèrent.

Le patron arriva immédiatement.

Il s'inclina profondément.

Quelques mots en japonais.

Emmanuel répondit calmement.

Puis ajouta simplement.

« La bouteille. »

Le patron inclina de nouveau la tête.

« Hai. »

Nicky observait tout.

« Ils te connaissent tous... »

« Oui, pour la plupart. »

« Ils t'aiment ? »

Emmanuel sourit.

« Poses leurs la question. »

Ils s'installèrent sur les tatamis.

Face à face.

Comme un maître.

Et son élève.

Le patron déposa une vieille bouteille ambrée.

Sans servir.

Sans parler.

Puis repartit.

Emmanuel fit lentement tourner le Rosaire entre ses doigts.

Nicky soupira.

« Arrête... »

« Quoi ? »

« Ton Rosaire... »

« Pourquoi ? »

« À chaque fois que tu fais ça, ça me stresse... il se passe toujours un truc quand tu t'amuses avec. »

Il esquissa un sourire.

« Mauvaise habitude. »

« Mon cul... »

Il éclata discrètement de rire.

Puis ouvrit la bouteille.

Deux verres.

Il en poussa un vers elle.

« Bois. »

Elle prit une gorgée.

Ses yeux s'ouvrirent.

« Putain de merdier ! »

Elle toussa.

« Vous êtes complètement malades les Japonais ! »

Emmanuel vida son verre d'un trait.

Sans grimacer.

« Tu l'as attaqué. »

« Quoi ? »

« Le whisky. »

Il remplit de nouveau son verre.

« Il faut d'abord le comprendre. »

Il le fit tourner.

Respira lentement.

Le garda quelques secondes en bouche.

Puis seulement l'avala.

« Tu vois la différence ? »

Nicky souffla.

« Je déteste quand tu fais ton prof... »

Il la regarda.

« Tu te souviens de ce que tu m'as dit à Caparica ? »

« Ouais... J'ai dit beaucoup de conneries à Caparica. »

« Tu m'as parlé des Sept Samouraïs. »

Elle leva les yeux.

« Ouaip... »

« Tu m'avais demandé si c'était une légende. »

« Et toi tu m'avais répondu... "Un autre jour." »

Emmanuel servit un deuxième verre.

« Ce jour est arrivé. »

Nicky se redressa.

« Attends... ils existent vraiment ? »

Il ne répondit pas.

Il jouait toujours avec le Rosaire.

Les perles glissaient entre ses doigts.

« Au temple... »

commença-t-il.

« Tu as dit quelque chose. »

« Quoi ? »

« Tu as dit... "J'encaisse." »

Elle acquiesça.

« Ouais. »

« Mauvaise réponse. »

Silence.

Emmanuel leva son verre.

« Il y a près de cinq cents ans... un vieux samouraï nommé Miyamoto Musashi reçut un jeune disciple. »

Même les conversations autour d'eux semblaient s'être arrêtées.

« Le garçon lui disait toujours... "Maître, je sais encaisser les coups." »

Il but une gorgée.

« Un matin, Musashi lui tendit un bokken. »

Le Rosaire tournait toujours.

« Puis il lui demanda... »

"Pourquoi attends-tu que ton adversaire frappe ?"

Nicky ne quittait plus Emmanuel des yeux.

« Le disciple répondit... »

"Parce que je sais résister."

Emmanuel sourit.

« Alors Musashi lui donna une seule leçon. »

Il posa lentement son verre.

« Celui qui ne fait qu'encaisser... finit toujours par tomber. »

Long silence.

« Quand tu possèdes des armes... »

Il désigna discrètement la Mazda, visible derrière la fenêtre.

« Tu les utilises. »

Puis il la regarda droit dans les yeux.

« Tu n'attends jamais qu'on décide du combat à ta place. »

Nicky resta silencieuse.

Elle comprenait enfin.

La voiture.

La bague.

Le Rosaire.

Yoshimitsu.

Tout.

« Leçon numéro neuf. »

Emmanuel termina son verre.

« L'attaque est parfois la plus belle des défenses. »

Il se leva.

Remit tranquillement sa veste.

Nicky regarda son verre.

« J'en veux pas un deuxième... »

« Tant mieux. »

« Pourquoi ? »

Il sourit.

« Tu vas avoir besoin de tous tes réflexes. »

Elle fronça les sourcils.

« On va où ? »

Emmanuel prit la bouteille.

La referma.

Puis marcha vers la sortie.

Sans se retourner.

« Tu voulais connaître les Sept Samouraïs... »

Il s'arrêta devant le vieux rideau de la distillerie.

Le vent souleva légèrement sa veste.

Le Rosaire tournait toujours entre ses doigts.

« On va commencer... »

Il leva lentement les yeux.

« ...par le premier. »

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