Saison 1 - Épisode 3 - WAR HOUSE
Le jour se levait difficilement sur Tokyo.
Une pluie fine glissait encore sur les tôles des anciens entrepôts du port.
Le quartier semblait abandonné.
Pourtant...
Une vieille porte métallique coulissa lentement.
Les deux chats noirs passèrent les premiers.
Puis une paire de bottes.
La porte se referma.
Le silence.
Le hangar était immense.
Brut.
Du béton.
De l'acier.
Des poutres rouillées.
Quelques verrières laissaient passer une lumière grise.
Au milieu...
Une Toyota Supra Le Mans Gtx, Gris anthracite oil.
Parfaitement propre.
1700 chevaux de l'Enfer.
Chaque courbe semblait avoir été dessinée pour rouler la nuit.
Le moteur était encore chaud.
Emmanuel posa doucement sa main sur le capot.
Un léger sourire.
« Salut pti't salope... »
Les chats sautèrent sur le toit de la voiture.
Comme si c'était leur territoire.
Plus loin...
Un établi.
Des outils parfaitement rangés.
Des moteurs ouverts.
Des turbos.
Des pièces japonaises introuvables.
Une vieille radio diffusait discrètement du rock des années quatre-vingt, RATT.
Le garage n'était pas un garage.
C'était un sanctuaire.
Une passerelle métallique donnait accès à un étage.
Un canapé fatigué.
Une bibliothèque.
Une cafetière italienne.
Un vieux tourne-disque.
Une guitare.
Rien de luxueux.
Tout était utile.
Au fond...
Une pièce.
La seule véritablement éclairée.
Des écrans.
Partout.
Des ordinateurs.
Des serveurs.
Des disques durs.
Des radios.
Des scanners.
Des drones démontés.
Les murs avaient disparu sous les cartes.
Tokyo.
Yokohama.
Chiba.
Les tunnels.
Les ports.
Les lignes de métro.
Des centaines de photos.
Des visages.
Des hommes.
Des femmes.
Certains étaient barrés d'une croix rouge.
D'autres entourés de noir.
Des logos.
Atlas, Origine.
Des clans Yakuza, lithuanienne, mexicains, colombien...
Des sociétés écrans.
Des laboratoires.
Une vieille photographie de Caparica était punaisée au centre.
La plage.
Le soleil.
Emmanuel s'arrêta quelques secondes devant elle.
Puis reprit son travail.
Le rosaire glissa entre ses doigts.
Le grenat accrocha le premier rayon du soleil.
Ses veines rouges s'illuminèrent.
Très lentement...
Tous les écrans s'allumèrent.
Sans qu'Emmanuel ne touche un seul clavier.
Un à un.
Comme si le hangar s'éveillait avec lui.
Les cartes numériques apparurent.
Des dizaines de points lumineux.
Rouges.
Bleus.
Verts.
Le regard d'Emmanuel parcourait les écrans.
Il ne parlait pas.
Le rosaire tournait doucement entre ses doigts.
La croix noire vint frapper le grenat.
Toc.
Un écran changea immédiatement.
Une caméra de surveillance.
Puis une deuxième.
Puis une troisième.
Tokyo défilait sous ses yeux.
Toc.
Une autre caméra.
Un port.
Toc.
Une gare.
Toc.
Une autoroute suspendue.
Les deux chats observaient les écrans comme s'ils comprenaient eux aussi.
Emmanuel attrapa un feutre.
Il traça une ligne sur l'immense carte de Tokyo.
Puis une deuxième.
Puis une troisième.
Toutes convergeaient vers un même point.
Il recula.
Croisa les bras.
Réfléchit.
Le rosaire revint dans sa main.
Ses doigts se refermèrent dessus.
Le grenat pulsa d'un reflet rouge.
Cette fois...
Aucun écran ne changea.
C'est Emmanuel qui sourit.
« Je t'ai trouvé... »
Il décrocha une photographie.
Le scientifique japonais.
La posa exactement au centre de la carte.
Puis une deuxième.
Le Russe.
Puis le Lituanien.
Trois lignes.
Trois villes.
Trois époques.
Une seule intersection.
Emmanuel prit une punaise noire.
La planta au centre.
Un simple sourire.
« Voilà où tu te caches... »
Il éteignit tous les écrans d'un seul geste.
Le hangar replongea dans le silence.
La Supra brillait dans la pénombre.
Les deux chats dormaient déjà sur son toit.
Emmanuel remit le rosaire autour de son poignet.
Attrapa les clés de la Supra.
Le moteur démarra dans un grondement profond.
Les phares éclairèrent une vieille plaque métallique fixée au mur du garage.
Dessus, une phrase peinte à la main.
"Une partie d'échecs se gagne dix coups avant le premier mouvement."
La porte du hangar s'ouvrit.
La Supra disparut sous la pluie.
Sur le mur...
La grande carte de Tokyo restait accrochée.
Des dizaines de fils rouges reliaient des centaines de noms.
Au centre...
Une seule punaise noire.
Et un mot écrit en lettres capitales.
Qui est Emmanuel Elga ?
💬 Commentaires 4
On retrouve la Supra dont on ne sait comment elle est arrivée là. Mais ça semble ne pas être la même qu'à Caparica. Plus de chevaux, plus de modernisme.
Les chats ne parlent pas mais ils en savent plus qu'il n'y parait. Il faut dire qu'au bout de 7 ou 8 vies, ils ont chopé pas mal d'infos.
Bravo pour cet épisode. ❤️