Saison 1 - Épisode 1 - RONIN
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Tokyo.
Il était deux heures quarante-sept.
À cette heure-là, la ville ne dormait jamais.
Elle changeait simplement de prédateur.
La pluie coulait des enseignes comme du mercure. Les néons rouges découpaient les ruelles en morceaux de lumière malade. Des prostituées fumaient sous des parapluies transparents. Un saxophone s'échappait d'un bar de jazz perdu entre deux love hotels. Plus loin, un ivrogne riait seul devant un distributeur automatique avant de s'effondrer dans une flaque.
Tokyo respirait.
Lentement.
Profondément.
Puis...
Quelque chose entra dans la ville.
Une silhouette.
Seulement une silhouette de dos.
Un long imperméable militaire couleur olive.
Une capuche.
Deux chats noirs suivaient quelques mètres derrière.
Ils ne regardaient personne.
Personne n'osait regarder longtemps les chats.
Sous le manteau...
Une main.
Vieille cicatrice sur les phalanges.
Entre les doigts...
Un rosaire noir.
Les pierres semblaient avoir été polies par plusieurs vies.
Au bout...
Une croix noire.
Et suspendu sous celle-ci...
Un grenat brut.
Lorsque les néons rouges le touchaient...
De fines veines écarlates semblaient courir dans la pierre.
Comme si quelque chose y respirait encore.
La silhouette continua d'avancer.
Sans presser le pas.
Sans hésiter.
Comme quelqu'un qui connaissait déjà chaque rue.
Un homme en costume bouscula violemment un sans-abri.
Le vieillard tomba.
Les passants continuèrent.
La silhouette glissa simplement son pouce sur le rosaire.
Pas une prière.
Pas un geste spectaculaire.
Une caresse.
À peine.
Le grenat capta un reflet rouge.
L'homme en costume s'immobilisa.
Son regard se vida.
Il fit demi-tour.
Revint.
S'agenouilla devant le sans-abri.
Lui remit sa montre.
Son portefeuille.
Puis il repartit.
Sans jamais comprendre pourquoi.
Le vieil homme leva lentement les yeux.
Son regard suivit la silhouette.
Il posa une main sur son cœur.
Puis baissa la tête.
Comme devant un miracle.
Plus loin...
Une bande de yakuzas traversait la rue.
Rires.
Tatouages.
Armes visibles.
Le chef aperçut la silhouette.
Il cessa immédiatement de parler.
Ses hommes continuèrent.
Lui non.
Il fixa le grenat.
Les veines rouges palpitaient lentement.
Il attrapa brutalement le bras de l'un de ses hommes.
— Laisse-le passer.
— Pourquoi ?
Le chef ne répondit pas.
Il venait de pâlir.
Le vent changea.
Les gouttes cessèrent brutalement de tomber autour de la silhouette.
Pas partout.
Seulement autour d'elle.
Quelques mètres.
Comme si la pluie refusait de la toucher.
Les deux chats continuaient d'avancer.
Leurs pattes ne faisaient aucun bruit.
Une rame de métro surgit au-dessus de la rue.
Les vitres reflétèrent la silhouette.
Pendant une fraction de seconde...
Elle n'était pas seule.
Une deuxième silhouette marchait exactement au même rythme.
Puis le métro passa.
Il ne resta plus qu'un homme.
Et deux chats.
Un policier s'approcha.
— Monsieur...
La silhouette s'arrêta.
Sa main referma doucement le rosaire.
Le cristal noir disparut dans son poing.
Toutes les lampes de la rue s'éteignirent.
Une.
Puis deux.
Puis toutes.
Le quartier entier plongea dans l'obscurité.
Trois secondes.
Quand la lumière revint...
Le policier était seul.
La rue était vide.
Il regarda autour de lui.
Les caméras de surveillance tournaient encore.
Mais leurs voyants étaient éteints.
Une prostituée pleurait contre un mur.
Son maquillage coulait.
Un homme lui tenait le poignet.
La silhouette passa sans ralentir.
Le grenat heurta doucement la croix.
Un son presque imperceptible.
L'homme hurla.
Lâcha immédiatement la jeune femme.
Tomba à genoux.
Les mains plaquées sur les oreilles.
Comme s'il venait d'entendre quelque chose que personne d'autre ne pouvait entendre.
La jeune femme releva la tête.
Elle aperçut seulement le dos de l'inconnu.
Ses lèvres murmurèrent :
— Merci...
La silhouette ne se retourna pas.
Les deux chats s'arrêtèrent.
Net.
La silhouette fit encore un pas.
Puis un second.
Une demi-seconde plus tard...
Une énorme enseigne lumineuse se décrocha d'un immeuble.
Elle s'écrasa exactement là où les chats venaient de s'arrêter.
Des milliers d'éclats de verre explosèrent.
Les chats reprirent leur marche.
Comme si tout était prévu.
Les écrans géants d'un carrefour s'allumèrent en même temps.
Ils ne diffusaient plus aucune publicité.
Seulement de la neige.
Un souffle.
Puis une image.
Une plage.
Une seule vague.
Une silhouette de femme.
Une seconde.
Les écrans redevinrent normaux.
Personne autour ne sembla avoir remarqué.
Sauf la silhouette.
Ses doigts se refermèrent un peu plus fort sur le rosaire.
Elle reprit sa marche.
Sans jamais lever la tête.
Une vieille femme balayait le trottoir malgré la pluie.
Lorsque la silhouette arriva à sa hauteur...
Elle s'arrêta.
Ses yeux se remplirent de larmes.
Elle ne regardait pas l'homme.
Elle regardait le grenat.
Très lentement...
Elle s'inclina.
Profondément.
Comme devant une relique.
Au fond d'une impasse...
Plus de néons.
Plus de musique.
Seulement une vieille porte métallique rongée par la rouille.
Deux colosses en costume noir montaient la garde.
Le premier ricana.
— Demi-tour.
La silhouette ne répondit pas.
Ses doigts quittèrent les perles.
Ils saisirent doucement la croix noire.
Le pouce glissa sur ses contours.
Puis s'arrêta sur le grenat.
Une simple pression.
Rien de plus.
Les veines rouges s'illuminèrent.
À peine.
Les deux videurs fixèrent la pierre.
Leurs visages changèrent.
Le premier recula.
Le second resta figé comme une statue.
Le plus âgé tremblait.
— Pardonne-nous...
Le plus jeune n'arrivait même plus à respirer.
Ils ouvrirent la porte.
Sans qu'un seul mot leur soit demandé.
La silhouette descendit l'escalier.
Les deux chats la suivirent.
La porte se referma lentement.
Le bruit de la pluie disparut.
Le bar semblait avoir été construit avant la ville.
Le bois était noir.
L'air sentait le saké, le tabac et les siècles.
Personne ne parlait.
Personne ne jouait.
Comme si tous attendaient depuis longtemps.
Au fond de la salle...
Un très vieil homme.
Seul.
Devant lui...
Deux verres de whisky.
Il n'avait jamais quitté cette chaise.
Il observait simplement l'entrée.
La silhouette s'assit en face de lui.
Le vieillard ne leva pas immédiatement les yeux.
Son regard tomba d'abord sur le rosaire.
Puis sur la croix.
Puis sur le grenat.
Son souffle se coupa.
Il ferma lentement les yeux.
Comme un homme qui venait enfin de comprendre que les légendes avaient toujours dit la vérité.
Un silence.
Long.
Très long.
Puis il murmura d'une voix cassée :
— Tu as mis plus de temps que prévu...
La silhouette ne répondit pas.
Le vieil homme poussa doucement le second verre vers elle.
Puis, avec un sourire presque triste, il souffla :
— Bon retour à la maison Emmanuel...
💬 Commentaires 10
La fin de l'épisode est juste bien calibrée et propre comme j'aime.
Il a piqué le rosaire de Luna ou quoi ?
Ou alors elle est morte.
Ou alors j'ai loupé quelque chose. 😣
Bravo @splinter ❤️