Saison 2 • Épisode 2 - TELEKINESIS

📖 TOKYO SINS ✍️ Splinter 📝 962 mots

Les moteurs finirent par se taire.

Les applaudissements, eux, continuaient encore derrière les barrières improvisées.

Les téléphones filmaient toujours la Supra et la Mazda.

Emmanuel observa la foule une dernière fois avant de remonter dans sa voiture.

Il regarda Nicky.

Un léger sourire.

« Tu as faim ? »

« Un peu, oui... »

« Viens. Je connais un endroit. »

La Supra s'engagea dans les petites rues de Tokyo.

La Mazda suivait quelques mètres derrière.

Cette fois, ils ne roulaient plus vite.

Ils se contentaient de traverser la ville.

Comme deux habitants ordinaires.

Quelques minutes plus tard...

Une petite ruelle éclairée par des lanternes rouges.

Un vieux camion à ramen.

Trois tabourets.

Un vieil homme qui préparait ses nouilles comme il le faisait probablement depuis quarante ans.

L'odeur du bouillon envahissait toute la rue.

Ils s'assirent au zinc.

Le cuisinier posa deux grands bols fumants devant eux.

Emmanuel joignit les mains.

« Itadakimasu. »

Nicky sourit.

« Tu est vraiment devenu japonais ?»

Il haussa les épaules.

« Tokyo finit toujours par te changer. Mais un Gaijin restera toujours un Gaijin, c'est valable pour toi aussi, peu importe le temps que tu passera ici, imprime ça dans ta tête. »

Le silence s'installa.

Ils commencèrent à manger.

Autour d'eux...

La ville continuait de vivre.

Un vélo passa.

Deux salarymen riaient en rentrant chez eux.

Un chat grimpa sur une caisse en bois.

Luna était assise sur le troisième tabouret.

Le patron continuait pourtant à travailler comme s'il était vide.

Elle souffla doucement sur son bol imaginaire.

« Ça...

Ça me manque quand même. »

Emmanuel sourit.

« Je sais. »

Nicky leva les yeux.

« Tu as dit quelque chose ? »

« Non... »

Elle reprit une bouchée.

« Tu sais...

Je pensais Tokyo beaucoup plus froide. »

Emmanuel regardait les lanternes danser dans le vent.

« Les villes ne sont jamais froides. »

Il prit une gorgée de bouillon.

« Ce sont les gens qui oublient de se regarder. »

Nicky resta silencieuse.

« Caparica...

C'était différent. »

« Oui. »

« Pourquoi ? »

« Parce que Caparica, l'océan, oblige les gens à lever les yeux. »

Ils mangèrent encore quelques instants.

Puis Emmanuel reprit.

« Tu sais ce qu'on cherche tous ? »

Elle secoua la tête.

« Non. »

« La même chose. »

« C'est-à-dire ? »

Il regarda les passants.

« Un endroit où l'on peut enfin arrêter de faire semblant. »

Long silence.

« Certains appellent ça l'amour.

D'autres une famille.

D'autres un clan.

Certains pensent que c'est un pays.

D'autres une vague.

Au fond...

On cherche tous exactement la même chose. »

Nicky l'écoutait sans le quitter des yeux.

« Alex cherchait sa liberté.

Joe cherche toujours une idée plus folle que la précédente.

Diana...

Elle cherche à contrôler un monde qui lui échappe.

Luna... »

Il sourit.

« Elle cherchait simplement une bonne raison de rire tous les matins. »

Luna lui donna un petit coup de coude.

« C'est faux.

Je cherchais aussi à te supporter. »

Nicky fronça les sourcils.

« Tu souris encore tout seul... »

« Mauvaise habitude. »

Il continua.

« Et toi... »

Il posa enfin son regard sur elle.

« Toi, tu cherches encore qui tu veux devenir. »

Elle baissa les yeux.

« Tu me connais si bien que ça ? »

Il réfléchit quelques secondes.

« Souviens toi, Je t'ai connue avant que toi, tu te connaisses. »

Elle releva brusquement la tête.

« Ton père et moi...

On se connaissait depuis longtemps. »

Elle resta immobile.

« La première voiture radiocommandée que tu as eue...

C'est moi qui te l'ai offerte. »

Un immense sourire apparut sur son visage.

« Attends...

La Lamborghini blanche ? »

« Oui. »

« Celle que j'avais explosée contre le portail ? »

« En moins de quatre minutes. »

Ils éclatèrent de rire.

« Je me souviens...

Tu pleurais comme si le monde s'arrêtait. »

« J'avais sept ans... »

« Et déjà beaucoup trop de caractère. »

Le rire s'arrêta doucement.

Emmanuel reprit.

« Je t'ai vue grandir.

Tomber.

Te relever.

Faire des erreurs, gagner.

Aujourd'hui...

Le moment est venu de voler seule. »

Le silence revint.

Pendant qu'il parlait...

Le rosaire continuait de glisser entre ses doigts.

Une perle.

Puis une autre.

Le grenat tournait lentement.

À l'autre bout du comptoir...

Un verre vide vibra presque imperceptiblement.

Puis glissa.

Quelques centimètres.

Encore.

Encore.

Jusqu'à venir s'arrêter juste devant Nicky.

Elle resta figée.

Elle regarda le verre.

Puis Emmanuel.

Puis le rosaire.

« Attends merde... »

Silence.

« C'est toi qui viens de faire ça ? »

Il continua tranquillement de manger.

« Peut-être. »

« Non Manu...

Attends...

C'est impossible. »

Elle regarda le rosaire.

« Luna ne t'a jamais appris ça à Caparica !

En quelques mois, c'est impossible ! »

Emmanuel prit une dernière gorgée de bouillon.

« Non effectivement. »

« Alors... »

« J'ai eu un an. »

« Tu as fait quoi pendant un an ?! »

Il essuya calmement ses baguettes.

« Des expériences. »

Luna cessa immédiatement de sourire.

« Des expériences, tu te fou de notre gueule Emmanuel... »

Elle le regarda avec inquiétude.

« Tu expérimentes peut-être un peu trop, Manu... »

Elle baissa les yeux vers le rosaire.

« Il ne donne jamais sans reprendre quelque chose. »

Emmanuel ne répondit pas.


Une heure plus tard...

Le quartier changeait complètement.

Un immense dépôt de bus abandonné.

Des carcasses d'autobus suspendues servaient désormais de balcons.

Les anciens ateliers étaient devenus des bars.

Des bornes d'arcade.

Des tables de billard.

Des saunas.

Une salle de boxe.

Une immense piste de danse.

Des DJ.

Une ville dans la ville.

Nicky regardait partout.

« C'est complètement dingue... »

Emmanuel sourit.

« Bienvenue chez les insomniaques. »

Ils avancèrent au milieu de la foule.

Puis...

Sans prévenir...

Emmanuel fit lentement tourner le rosaire autour de son poignet.

Le grenat pivota.

Une seule perle roula sous son pouce.

Il s'arrêta.

Regarda le plafond.

Deuxième étage.

Coin nord.

« Il est là. »

Nicky cligna des yeux.

« Tu l'as vu ? »

« Non. »

« Alors comment... »

« Je sais. »

Ils montèrent.

Un homme asiatique, assis devant six écrans d'ordinateur, leva brusquement la tête.

Il venait de comprendre.

« Merde... »

Il essaya de se lever immédiatement.

Emmanuel retourna la croix du rosaire.

L'homme s'immobilisa sans raison.

Comme si une force invisible l'avait cloué net .

Son fauteuil à roulettes revint lentement en arrière.

Tout seul.

Centimètre après centimètre.

Jusqu'à revenir devant Emmanuel.

Nicky sentit un frisson lui parcourir le dos.

« Manu... »

Le rosaire oscillait doucement.

Le grenat brillait d'un rouge profond.

L'homme déglutit difficilement.

Emmanuel sourit.

« Ça faisait longtemps, Yoshimizu... »

Le hacker souffla.

« J'espérais ne jamais te revoir... »

Emmanuel posa doucement une main sur le dossier de son fauteuil.

« Tu me dois un service. »

Le silence tomba.

Et, pour la première fois depuis Caparica...

Nicky commença réellement à avoir peur de l'homme qu'elle avait choisi de suivre.



💬 Commentaires 2

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Lana • 1 mois, 1 semaine
Ouah. Je viens d'apprendre que Manu connait Nicky depuis qu'elle est née. Pratiquement.
Bon, maintenant qui est ce hacker...
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Splinter Auteur • 2 semaines, 3 jours
Oui il connaît Nicky, plus qu'elle se connait elle même d'ailleurs. 😉
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