Une vie de rêve

📖 Une vie de rêve ✍️ Zanya31416 📝 1975 mots

Une vie de rêve


Avertissement : ce texte contient des scènes de violence et un contenu à caractère sexuel. Déconseillé aux moins de 16 ans. 


Mes pieds glissent dans la boue alors que je m’élance vers les bols. Le premier est vide. Je penche le visage dans le second, rempli d’eau, et prends quelques lampées. 

Je croise le regard de chacun des membres du troupeau. En grognant, je me place devant le bol de nourriture vide. Je frappe ma poitrine avec les poings. Ils baissent la tête et s’entassent au fond. Ma femelle reste près de moi.

Sous mes pieds, le sol vibre. 

Dieu arrive ! 

Le géant, à la peau verte et écaillée, avance en tenant un bol de nourriture avec ses longs doigts aux griffes acérées. Je salive et mon ventre émet des sons graves. Je dois manger.

Au-dessus de l’enclos, Dieu se penche, la mâchoire entrouverte. Je recule de quelques pas et me place dos à ma femelle en bombant le torse. Dieu pose son regard orangé sur moi. En faisant des sons étranges, il lève un pouce en l’air. 

Dès qu’il dépose un nouveau bol plein de nourriture, je fais signe à ma femelle d’approcher. Ensemble, on plonge les mains dans le pâté et on mange jusqu’à plus faim. Quand le bol est à moitié vide, on cède la place aux autres. La chaleur monte en moi lorsque ma femelle se penche devant moi. Je m’avance et lui attrape les hanches.

Soudain, de longs doigts m’enserrent et me soulèvent dans les airs. Je me raidis, ma respiration se bloque, aucun son n’arrive à sortir. Je tape, je me tortille, je mords, mais je n’arrive pas à me libérer.

Dieu me dépose sur quelque chose de dur et froid. Il tient un drôle d’objet pointu dans ses mains. Des tremblements secouent mon corps. D’un coup sec, il enfonce la pointe dans ma peau. Je grogne, mais Dieu continue. J’étire le cou pour voir ce qu’il fait entre mes deux jambes. 

Mon cœur s’accélère. Je me mets à hurler. 

Pas de douleur. 

Dieu a tout brisé.

Les mâles vont rire de moi.

Les femelles vont fuir.

Des larmes coulent sur mes joues.

Je ferme les yeux…


Dans son lit, Kalen se réveille en sueur. Son cœur semble sur le point de fracasser sa cage thoracique. Sans attendre, il s’assoit et écarte la couette d’un geste brusque. Il baisse les yeux vers son entrejambe et soupire en constatant que tout est en place. D’une main tremblotante, il prend une gorgée de scotch dans le verre qui traîne sur sa table de chevet. Il secoue la tête et repose le verre. 

À l’aide de son implant neuronal, Kalen extrait de son subconscient les rêves de la nuit. Sans hésiter, il détruit le cauchemar. Pas question de vendre ça sur le réseau, même s’il sait que les jeunes raffolent de ce genre d’expérience virtuelle. 

Kalen téléverse les autres rêves sur le réseau Virtuo. 

« 5 Segments oniriques encryptés »

« Début des ventes aux enchères : 19 juillet 2050, 7:30 »

Kalen pose son regard sur le cadre en bois dans lequel une femme avec de grands yeux bruns sourit, une main posée sur son ventre arrondi. 

La chambre lui semble soudain trop silencieuse, trop vide. Il se laisse tomber sur le lit trop grand. Comme pour le narguer, les rayons du soleil illuminent l’oreiller sans plis à côté de lui. Il l’enlace, caresse le tissu de soie, renifle l’odeur. 

L’odeur de lilas n’y est plus.

N’y tenant plus, Kalen fouille dans la commode et enfile sa combinaison sensitive. Avec son implant neuronal, il ouvre l’application de réalité virtuelle. Il démarre la simulation d’un rêve encrypté qu’il n’a jamais vendu sur le réseau. 

En l’espace d’une seconde, la pièce se transforme. Kalen est sur une plage. Des goélands s’égosillent. Il sent la chaleur du soleil sur sa peau, la fraîcheur des vagues qui s’écrasent sur ses pieds. Vanya apparaît et il court vers elle en titubant dans le sable chaud. Il l’enlace, enfouit son visage dans ses longs cheveux qui dégagent une odeur de lilas. Il prend plusieurs grandes inspirations. Ses mains glissent le long de son dos. La peau de sa femme est douce… comme de la soie. Kalen s’enflamme, mais il se retient. Il savoure chaque seconde, chaque…

Kalen sursaute lorsque la simulation s’arrête subitement. Un message sur son écran rétinien annonce qu’il n’a plus de crédits disponibles. 

— Crisse.

Kalen s’assoit au bord du lit en maugréant. Il agrippe le verre de scotch et le vide d’une traite. 

Prendre une douche. Vite.

Pendant plusieurs minutes, Kalen laisse couler sur lui l’eau glacée qui emporte son désir et ses larmes.

Lorsque Kalen sort de la salle de bain, la maison trop silencieuse hurle sa solitude. Pour couvrir ce néant, il ouvre la radio. Des animateurs s’obstinent à propos de l’existence des extraterrestres. N’ayant aucun intérêt pour le sujet, il change de poste.

Sur son écran rétinien, il accepte une demande de conversation texte de son ami Samy.

« Kal, j’ai fait une vente de fou »

« 2 000 000 de crédits pour un rêve »

« Sérieux ? »

« Oui, un certain Krog_3.1416 »

« C’était quoi ton rêve ? »

« Un XXX. Toi pis moi, on sortait dans un genre de bordel »

 « Les filles qu’on baisait étaient des androïdes »

« Aucun intérêt »

« En tout cas, ça intéresse Krog_3.1416 »

« Krog… On dirait le nom d’un monstre »

« Un monstre qui m’a rendu riche »

« Viens fêter ça avec moi Kal. » 

Kalen ne répond pas. Après un moment, Samy ajoute : 

« Ça te ferait du bien »

Ce qui lui ferait du bien serait d’avoir assez de crédits pour retourner dans sa simulation. Il regrette presque de ne pas avoir mis en vente le cauchemar. 

« Désolé Samy. Pas le cœur à la fête »

« Peux-tu me passer 1000 crédits stp ? »


Soudain, l’air crépite. Des petits chocs électriques chatouillent la peau de Kalen. Il s’approche de la fenêtre. Des milliers d’éclairs zigzaguent dans le ciel. Protégeant sa tête de ses mains, Kalen se couche au sol. Il n’a pas conscience que les éclairs déchirent le monde en petits morceaux qui tombent à la verticale. L’emportant lui aussi.  


***


Les crépitements s’assourdissent. Le ciel est bleu.

Sur la vitrine, une affiche lumineuse : Pour hommes seulement. Kalen s’arrête un instant. Son ami Samy le pousse dans le dos.

— Allez Kalen, c’est pas le temps de changer d’idée.

— …

— T’en as autant besoin que moi. T’es pas un moine.

Le visage rouge, Samy ouvre la porte du bar L’Extase. À l’intérieur, les lumières sont tamisées. Les voix s’élèvent, les verres claquent les uns contre les autres et les rires éclatent de partout. Des hommes montent à l’étage en compagnie de femmes voluptueuses. D’autres redescendent, un sourire béat au visage. Des femmes de tous âges circulent de table en table pour offrir leurs services. Les pupilles de Kalen se dilatent. Samy le remarque et annonce au propriétaire qu’il paie pour lui et son ami.

— Aucune limite, annonce Samy. Je paie même pour les extras.

Kalen se tortille. Il serre ses mains devant son pantalon. 

Le propriétaire jauge les deux hommes. Il scanne la main de Samy pour s’assurer qu’il a suffisamment de crédits disponibles.

Au bar, Kalen et Samy se commandent une bière. Sur l’écran derrière le serveur, le président serre la main écailleuse d’un extraterrestre géant. 

Quel con.

Les jointures de Kalen blanchissent sur le bock de bière. Il détourne son attention vers une jolie rousse aux iris d’un vert lumineux qui s’avance vers lui. Elle glisse une main sur sa cuisse. 

Une pensée assombrit le regard de Kalen. Un beau visage aux larges yeux bruns. Il chasse rapidement cette image, mais par sécurité, il fait pivoter la fille et scanne le numéro de série de sa nuque.

« Bio-androïde de 4e génération »

« Nom : Narwina »

« Fonction principale : Pourvoyeuse de plaisir »

« État : Désinfectée ; aucune ITS »

Satisfait, Kalen l’ajoute à la facture de Samy qui lui tape dans la main. Plusieurs heures plus tard, Kalen redescend. Narwina l’embrasse sur la joue et se dirige vers le propriétaire.

— Tu devrais le créditer, on a juste parlé.

— Pas question.

Cette nuit-là, le sommeil de Kalen est tourmenté. Il se réveille brusquement en haletant.

— Ça va ? lui demande Vanya en lui caressant l’épaule.

Les grands yeux bruns de sa femme plongent dans les siens. 

— Oui, oui. J’ai juste fait un cauchemar dégueulasse. 

Kalen tâte ses parties et soupire. 

Vanya l’enlace, caresse son dos. L’odeur de lilas de ses cheveux l’enivre. Complètement allumé, il l’étend sur le drap de soie. Elle l’embrasse et le repousse.

— J’suis trop fatiguée chéri. Peut-être plus tard, ok ?

Kalen soupire. Il ouvre et referme la bouche.

— Ok, repose-toi. 

Il embrasse sa femme et sans attendre, il extrait les rêves de son subconscient.

« 6 Segments oniriques encryptés »

« Début des ventes aux enchères : 20 juillet 2050, 7:30 »

Sans hésiter, il démarre la vente aux enchères en y apposant un avertissement. 

Y faudrait pas qu’un enfant vive ça, même en virtuel. 

Quelques heures plus tard, une notification s’affiche sur son écran rétinien.

« Vente aux enchères terminée »

 Déjà ?

« Nom du segment onirique vendu : Bétail humain »

« Nombre d’offres : 1 »

Seulement une ?

« Prix de vente : 7 000 000 de crédits ; Acheté par : Krog_3.1416 »

Le pouls de Kalen s’accélère.

— Yes, on est riches ! s’écrie-t-il en se prenant la tête à deux mains.

Attirée par les éclats de voix, Vanya vient le rejoindre. Kalen lui annonce le prix qu’il a reçu pour son cauchemar. Ils se jettent dans les bras l’un de l’autre.

Des pleurs s’élèvent de la pièce adjacente. 

— J’y vais, dit Kalen.

Dans la chambre d’enfant, décorée de petites étoiles et de vaisseaux spatiaux, Rowen, assis dans son berceau, sanglote en frappant sur son lit.

Kalen le prend dans ses bras pour le consoler.

— Mais non bébé, pleure pas. Tout va bien. Papa a fait beaucoup d’argent. Tu vas pouvoir réaliser tous tes rêves. 

Et nous aussi.

Dans l’après-midi, Kalen et Vanya décident d’aller célébrer au bord de la mer. Ils s’assoient sur le sable mouillé. Rowen éclate de rire quand les vagues lèchent ses orteils. En creusant avec ses petits doigts, Rowen porte du sable à sa bouche. Kalen lui nettoie les doigts, les embrasse un à un. Vanya lui sourit.

Quelle belle vie !


***


— On est prêts commandant.

Le commandant tourne ses yeux orangés vers le pilote en levant un pouce recouvert d’écailles en l’air.

— Merci Krog.

Sur l’écran de bord :

« Coordonnées quantiques extraites du segment »

« Effondrement dans 2 minutes »

— Cette fois, c’est la bonne.


***


Sur la plage, Rowen s’est endormi à l’ombre du parasol.

Vanya se penche vers Kalen. Ses lèvres s’entrouvrent. Sa langue glisse le long du cou de Kalen et remonte vers son oreille.

— Rowen dort. La plage est déserte et... je ne suis pas trop fatiguée.

Kalen n’a pas besoin d’en entendre plus.

Deux minutes plus tard, l’air se met à crépiter. Ni lui ni Vanya ne sont surpris par les petits chocs électriques qui parcourent leur peau pendant leurs ébats. 

Dans le ciel au-dessus d’eux, des milliers d’éclairs zigzaguent et déchirent le monde en minuscules morceaux qui tombent à la verticale.

Tout comme eux.


***


20 juillet 2050

Les crépitements s’assourdissent. Le ciel est bleu et la végétation luxuriante.

Comme à chaque jour, à la même heure, le sol tremble.

Kalen salive déjà. Il est affamé.

Un géant à la peau écaillée s’approche en tenant, dans ses doigts aux griffes acérées, un bol de nourriture. Dieu pose son regard orangé, aux pupilles verticales, sur Kalen. Dans une langue que Kalen ne comprend pas, il laisse échapper des cris aigus, puis il lève un pouce en l’air…

Dès que Dieu dépose un nouveau bol plein de nourriture, Kalen fait signe à sa femelle d’approcher. Ensemble, ils plongent à deux mains dans le pâté graisseux et vident la moitié du bol.

Pendant que les autres humains se chamaillent pour les restes, Kalen fixe le ventre plat de sa femelle. Lorsqu’elle se penche, il lui attrape les hanches.

Sur leurs peaux nues, l’ombre d’une main s’allonge et saisit Kalen…


💬 Commentaires 0

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
💬

Aucun commentaire pour le moment

Soyez le premier à partager vos impressions !