Chapitre 17 - Certaines femmes tombent amoureuses exactement comme elles surfent

📖 VILA MARIA ✍️ Splinter 📝 1866 mots

Luna ramait comme une malade. Pas élégamment. Pas scolairement. Avec rage. Le genre de rame des gens qui refusent de laisser passer certaines choses dans leur vie. La série arrivait vite maintenant. Énorme. Le line-up entier se décalait. Certains sortaient déjà. D’autres hésitaient. Mais Luna ? Elle continuait. Calme. Déterminée. Complètement engagée. Et là… je compris un truc très simple : cette femme faisait tout comme ça. Aimer. Créer. Surfer. Vivre. À fond. Quitte à exploser derrière. La vague se leva brutalement sous elle. Take-off tardif. Très tardif. La board accrocha. Bottom ultra bas. Projection immédiate. Et bordel… elle surfait vraiment comme un démon magnifique. Spray. Lecture parfaite. Timing fou. Toute la plage hurlait déjà.

Même Ricardo frappait l’eau en criant comme un supporter de football sous cocaïne émotionnelle. — VAMOOOOOOOS LUNAAAAAA ! Puis le mur commença à fermer. Très vite. Trop vite. Je le vis immédiatement. Elle aussi. Mais au lieu de sortir… elle commit exactement ce que tous les grands rideurs finissent par faire un jour : elle tenta quand même. Parce que certaines personnes préfèrent exploser sur une énorme vague plutôt que vivre toute leur vie à regretter une sortie prudente. Le tube ferma brutalement. Énorme explosion blanche. Plus rien. Le line-up entier regarda. Silence. Puis Ricardo souffla : — Ah merde… Longues secondes. Très longues. Puis la mousse bougea enfin. Et Luna ressortit au loin en riant comme une folle. Complètement lessivée. La plage explosa. Moi aussi je riais maintenant. Impossible de ne pas rire devant quelqu’un d’aussi vivant.

Elle remonta vers nous avec les cheveux dans les yeux et ce sourire complètement dingue des gens qui viennent de survivre volontairement à quelque chose de stupide. — T’es malade, lança Ricardo. — Oui. Elle respirait fort. — Mais vivante. Puis elle tourna immédiatement la tête vers moi. Et là… plus rien d’autre n’exista autour. Ni le spot. Ni les locaux. Ni les cris. Juste ce regard. Chargé. Électrique. Presque troublé. Comme si elle venait soudain de comprendre quelque chose qu’elle essayait d’éviter depuis la cuisine. Elle s’approcha légèrement avec sa board. — Bon… Elle reprit son souffle. — mauvaise nouvelle Emmanuel. — Ah ? — Je crois que je commence vraiment à te trouver dangereux maintenant. Je souris légèrement. — Surfistiquement ou émotionnellement ? Petit silence. Puis elle répondit doucement : — C’est bien ça le problème… Elle baissa légèrement les yeux. — je crois que les deux commencent à se mélanger. Ah. Voilà. La vraie catastrophe arrivait enfin. Pas le flirt. Pas le baiser. Pas la cuisine.

Non. Ce moment précis où deux adultes fatigués commencent à réaliser que l’autre pourrait réellement devenir important. Et honnêtement ? C’était infiniment plus terrifiant qu’un gros set portugais.

Chapitre 18 - Villa Maria n’était pas un hostel, c’était une expérience sociale sous substances marines Vers dix heures du matin, le spot commença doucement à se remplir. Les écoles de surf débarquaient. Les touristes aussi. Les premiers influenceurs apparaissaient déjà avec leurs planches immaculées et leur énergie de gens capables de dire “connexion à l’océan” après trois cours et un smoothie mangue-chia à douze euros. Ricardo leva immédiatement les yeux au ciel. — Bon. Il regarda le line-up. — Les Playmobil arrivent. Luna éclata de rire. Moi, j’étais allongé sur ma board à regarder le ciel. Fatigué. Lessivé. Mais étrangement calme. Cette session avait remis quelque chose en place dans ma tête. Comme si mon cerveau venait enfin de retrouver une fréquence oubliée. Puis soudain : — EMMANUEL ! Je tournai la tête. Joaquim était debout sur la plage avec une glacière dans une main et une baguette dans l’autre comme un prophète portugais envoyé par le dieu du barbecue. — TU VIS TOUJOURS DANS TA VOITURE OU T’AS ENFIN ÉVOLUÉ SOCIALEMENT ? Ah merde. Villa Maria. J’avais presque oublié ce détail important : j’étais techniquement sans domicile stable depuis vingt-quatre heures. Luna me regarda immédiatement. — Ah oui…

— Hmm. — Aujourd’hui tu t’installes là-bas. Ricardo éclata de rire directement. Très mauvais signe. — Oh non… — Quoi ? demandai-je. — Rien. Il se mordit la lèvre pour ne pas rire. — C’est juste que Villa Maria… — Oui ? — Comment dire ça diplomatiquement… Rita sortit de l’eau derrière nous. — C’est un hôpital psychiatrique mais avec des planches de surf. — Exactement, confirma Ricardo. Parfait. Le destin semblait vraiment décidé à transformer ma vie en documentaire Netflix impossible à résumer à mes parents. On sortit finalement de l’eau. Le sable brûlait maintenant sous les pieds. Le parking était rempli de vans, de serviettes, de chiens et d’humains semi-organisés. Luna rinçait sa board tranquillement pendant que Ricardo continuait son opération de destruction psychologique. — Non mais attends Emmanuel… Il me regarda sérieusement. — T’es pas prêt. — À ce point-là ? — Frère… Il compta sur ses doigts. — Y’a un Argentin qui fabrique des lampes avec des coquillages “énergétiques”. Une Australienne qui parle aux plantes. Deux Brésiliens qui jouent du djembé après minuit. Et un Italien qui tombe amoureux toutes les quarante-huit heures. — C’est faux ! cria Rita.

— Il est littéralement amoureux de toi depuis mardi ! — C’est pas pareil ! Luna riait maintenant en silence derrière sa board. Puis elle ajouta calmement : — Et il y a Sofia. Silence immédiat du groupe. Ah. Le silence communautaire. Toujours très mauvais signe. — Qui est Sofia ? demandai-je. Ricardo regarda l’océan. Rita regarda le ciel. Même Joaquim fit le signe de croix avec son sandwich. Incroyable. Luna sourit doucement. — Tu verras. — Cette phrase ne m’a jamais amené vers quelque chose de sain mentalement. Puis elle attrapa finalement son sac. — Allez. Elle me regarda. — Viens, je vais te déposer à ton nouveau centre de réhabilitation émotionnelle. On monta dans sa vieille Jeep couverte de sable, de wax et d’autocollants de surf. Mowgli sauta directement à l’arrière. Le trajet dura cinq minutes. Cinq minutes pendant lesquelles Luna chantait faux du rock portugais pendant que je regardais Costa défiler derrière la vitre : les surf shops, les petits cafés, les vieux Portugais dehors avec leurs expressos, les skateurs, les rideurs, la lumière blanche sur les murs. Et puis…

on arriva. Villa Maria. Grande maison blanche légèrement fatiguée. Terrasse immense. Boards partout. Hamacs. Vélos abandonnés. Graffitis. Musique. Serviettes qui sèchent. Humains étranges dans tous les coins. Et au moment exact où je sortis de la voiture… quelqu’un hurla depuis le balcon : — LUNAAAAAA ! Une fille aux cheveux rouges apparut. Regard complètement fou. Cigarette. Kimono. Énergie générale de sorcière émotionnelle sous Red Bull. Elle me regarda. Longuement. Puis elle cria : — OH NON. Encore un beau mec détruit psychologiquement. Silence. Puis toute la terrasse éclata de rire. Luna posa sa tête contre le volant. — Bienvenue à Villa Maria Emmanuel. Et honnêtement ? Je sentis immédiatement que ma vie allait devenir beaucoup plus compliquée.

Chapitre 19 - Villa Maria fabriquait des amitiés exactement comme les tempêtes fabriquent des vagues Villa Maria avait une énergie impossible à expliquer à quelqu’un de normal. Ce n’était pas un hostel. Ce n’était pas une maison. C’était un point de collision entre : — des surfeurs, des artistes, des gens perdus, des fugitifs émotionnels, et probablement plusieurs individus recherchés par la CAF de différents pays européens. À peine arrivé sur la terrasse, une odeur de café, de weed et de crème solaire chaude me frappa immédiatement. Quelqu’un jouait du reggae. Quelqu’un peignait une board. Quelqu’un dormait dans un hamac en plein soleil comme un lézard humain sous substances tropicales. Et au milieu du chaos… un Brésilien en peignoir rose fumait un joint gigantesque en regardant une vidéo d’explosion sur son ordinateur. — Ça c’est Tiago, souffla Luna. Le gars leva les yeux. Cheveux bouclés. Regard explosé. Énergie générale de génie créatif ayant remplacé son système nerveux par du cannabis artisanal. — OBRIGADOOOOOO JESUS ! hurla-t-il en me voyant. — UN AUTRE FRANÇAIS POUR DÉTRUIRE L’ÉQUILIBRE ÉNERGÉTIQUE DE LA MAISON ! — Tiago fait des effets spéciaux, expliqua Luna. — Je fais de l’art cinématographique psychédélique ! corrigea immédiatement le Brésilien. Puis il montra l’écran de son ordinateur. Une explosion en 3D absolument incroyable apparaissait sur la vidéo.

— Waouh… — Oui. Il tira sur son joint. — Et maintenant j’accompagne Lara dans son parcours artistique. Silence. Je regardai Luna. — Traduction ? murmurai-je. — Lara fait du porno. Ah. Villa Maria ne perdait vraiment pas de temps. Une voix anglaise surgit immédiatement derrière nous. — EXCUSE ME. Le porno paie le loyer, darling. Une blonde apparut sur la terrasse. Tatouages. Cheveux attachés n’importe comment. Regard de femme ayant probablement déjà survécu à plusieurs hommes stupides et à deux festivals techno en Slovénie. — Lara, dit Luna. — Enchantée Emmanuel. Elle me regarda de haut en bas. — Ah oui… toi t’as clairement l’air émotionnellement compliqué. Décidément, cette maison était remplie de profiler FBI sous alcool. Tiago passa immédiatement un bras autour de Lara. Et là… je compris instantanément la dynamique. Le chaos absolu. Le Joker et Harley Quinn version surf hostel portugais. Ils se disputaient. Riaient. Se provoquaient. S’aimaient probablement très fort. Et semblaient capables de mettre le feu à la maison avant le petit déjeuner. Puis une autre voix surgit derrière moi : — WHO’S THE FRENCH GUY ?

Je me retournai. Et bordel. Le type ressemblait littéralement à un mannequin Nike ayant décidé de devenir surfeur à plein temps. Grand. Black américain. Sourire immense. Débardeur NBA. Un paquet de donuts à la main. — Alex, dit Luna avec un sourire immédiat. Et là je compris tout de suite un truc : ces deux-là étaient vraiment amis. Le vrai genre d’amitié. Pas le flirt déguisé. Pas le “peut-être un jour”. Non. Le lien pur. Alex s’approcha immédiatement de moi. — Bro. Il regarda la Polo blanche derrière. — THAT’S YOUR CAR ? — Oui. — Nahhhh… Il éclata de rire. — You really live that Caparica life already. Puis il ouvrit son sachet. — Donut ? — À onze heures du matin ? — Exactly. Je pris le donut. Validation américaine immédiate. Luna leva les yeux au ciel. — Alex mange comme un enfant de huit ans abandonné dans une station- service. — False. Il leva un doigt. — Sometimes I also eat ice cream. Puis il me regarda sérieusement.

— Luna says you surf. Ah. La nouvelle allait vite. Très vite. Tiago surgit immédiatement. — NON NON ATTENDS. Il pointa son joint vers moi. — C’est toi le Français du tube ce matin ? Silence général. Même Lara leva les yeux de son café. Alex cligna lentement des yeux. — Hold on… Il regarda Luna. — THIS GUY ? Luna essayait déjà de cacher son sourire. Très mauvais signe. — Oh mon Dieu… Alex posa lentement ses donuts. — Bro. Il me regarda avec un respect soudain. — Ricardo parle de toi depuis deux heures comme d’un démon aquatique français. Je soufflai du nez. Puis Tiago hurla soudain : — OBRIGADOOOO ! Il leva les bras. — VILLA MARIA A ENFIN SON PERSONNAGE PRINCIPAL ! Toute la terrasse éclata de rire. Et honnêtement ? Pour la première fois depuis très longtemps… je commençais doucement à avoir l’impression d’appartenir quelque part.

💬 Commentaires 1

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Lana • 1 semaine, 3 jours
C'est clair que tout ça est bien plus dangereux qu'un gros set. Le problème est que l'amour rendra les gens plus fragile et plus prudent. Finito les gros rides et les gros surfs. On va s'inquiéter pour l'autre, pour l'avenir, pour la suite, etc.
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