Chapitre 41 - Tiago venait officiellement d’entrer dans une zone de mythomanie tropicale avancée
Il était presque minuit à Vila Maria. L’air sentait : le rhum, la weed, le chlore, et vaguement les décisions catastrophiques prises après vingt-deux heures. Alex flottait dans la piscine avec une bouée flamant rose volée à une enfant probablement traumatisée quelque part au Portugal. Luna était assise sur le rebord avec les pieds dans l’eau. Emmanuel fumait tranquillement près de la terrasse pendant que Sofia lisait un vieux bouquin russe comme si elle préparait un doctorat en dépression européenne. Et soudain… la porte de Villa Maria s’ouvrit brutalement. Tiago entra. Lentement. Lunettes de soleil. Chemise ouverte. Démarche dramatique. Le silence se fit immédiatement. Très mauvais signe.
— Ah non… souffla Lara. — OBRIGADOOOO… murmura Tiago d’une voix grave.
— Mes enfants… Il leva un doigt vers le ciel.
— l’amour existe encore. Alex éclata immédiatement de rire. — Oh my God. Il tapa dans l’eau.
— He went to Bangkok massage again. Tiago posa une main sur son torse comme un acteur mexicain découvrant sa propre mort. — Alex… Il regarda l’horizon imaginaire.
— ce qui vient de se produire dépasse la science moderne. Emmanuel échangea immédiatement un regard avec Luna. Le même regard exact. Le regard silencieux des gens qui détectent un mensonge avant même le premier verbe. Mais aucun des deux ne dit rien. Au contraire. Et ça… c’était là que leur connexion devenait dangereuse.
Parce qu’ils comprenaient instinctivement la même chose : il fallait laisser Tiago parler. Beaucoup parler. Pour le spectacle. Luna prit immédiatement son verre avec le plus grand sérieux du monde. — Attends. Elle fronça légèrement les sourcils.
— Tu veux dire que la masseuse est tombée amoureuse de toi ? Tiago ferma lentement les yeux. Comme un homme revivant une guerre. — Luna… Il souffla.
— cette femme… Il posa une main sur son cœur.
— n’avait jamais rencontré un Brésilien spirituellement aussi puissant. Alex coulait littéralement dans la piscine de rire. Même Sofia avait abaissé son livre. Très mauvais signe pour Tiago. Parce que Sofia ne respectait absolument rien. Emmanuel resta parfaitement calme. — Ah bon ? Il hocha doucement la tête.
— Et comment tu as compris qu’elle était amoureuse ? Piège parfait. Tiago tomba dedans immédiatement. — Facile. Il s’assit dramatiquement.
— Elle massait mon dos… Puis soudain… Il leva les yeux.
— elle s’est arrêtée. Silence théâtral. Luna mordait déjà l’intérieur de sa joue pour ne pas rire. — Et ? demanda Emmanuel très sérieusement. — Et elle a murmuré… Tiago prit une voix douce catastrophique :
— “Tiago… your energy… is too strong…” Alex explosa. Littéralement. Le type tomba de sa bouée dans la piscine. Même Lara pleurait déjà de rire. Mais Emmanuel et Luna ? Impeccables. Aucun mouvement. Aucune réaction.
Les deux psychopathes émotionnels poussaient maintenant le mensonge encore plus loin sans même se consulter. — Incroyable… souffla Luna avec un faux sérieux académique.
— Et ensuite ? Tiago sentit immédiatement qu’il avait son public. Erreur fatale. — Ensuite… Il regarda la lune.
— elle a oublié qu’elle travaillait. Alex hurlait maintenant dans l’eau comme une hyène américaine sous glucose. Puis Emmanuel ajouta calmement : — Donc techniquement… Il réfléchit.
— tu es devenu plus fort qu’un protocole professionnel thaïlandais ? — Exactement. Tiago pointa Emmanuel.
— Enfin quelqu’un qui comprend. Sofia referma lentement son livre. — Non. Elle regarda Tiago.
— Lui il t’aide à t’enfoncer. — Merci Sofia.
— De rien. Mais Tiago était déjà trop loin dans son propre scénario. — À un moment… Il baissa la voix.
— elle a même voulu quitter Bangkok avec moi. Silence. Même Joaquim venait de lever les yeux de sa bière. Le vieux regarda Tiago longtemps. Très longtemps. Puis : — Tiago. — Oui mon frère portugais ? — La dernière fois tu nous as raconté qu’une serveuse à Almada voulait abandonner sa famille pour toi parce qu’elle t’avait offert une serviette supplémentaire. Silence. Alex replongea immédiatement dans l’eau de rire. Et là… Emmanuel regarda Luna.
Luna regarda Emmanuel. Et sans prévenir… les deux explosèrent exactement au même moment. Le vrai fou rire. Pas le petit rire poli. Non. Le fou rire incontrôlable des gens qui ont tenu trop longtemps. Luna se pliait littéralement en deux. Emmanuel avait la tête dans les mains. Et Tiago les regardait maintenant avec indignation. — VOUS ÊTES JALOUX DE MON AURA SEXUELLE INTERNATIONALE. — OBRIGADOOOOO ! hurla Alex depuis la piscine.
— Bangkok pleure encore son départ !
Chapitre 42 - Les gens tombent rarement amoureux pendant les grands moments, mais très souvent au milieu d’un burger catastrophique et d’un vieux riff de guitare Le pub s’appelait Iron Skull. Évidemment. Un vieux bar perdu dans une rue près de Costa où : — les murs étaient couverts d’affiches de concerts des années 90, — la lumière était rouge, — la musique beaucoup trop forte, — et les burgers suffisamment gras pour provoquer une enquête européenne. Donc forcément… Luna adorait l’endroit. — Cet endroit est parfait. Elle regardait autour d’elle avec les yeux brillants. — On dirait un bar où des bikers viennent cacher des cadavres après des concerts de Metallica. — Ou un endroit où Tom Cruise aurait pu finir alcoolique après Top Gun. Luna éclata immédiatement de rire. Au fond du bar, justement, Danger Zone passait à plein volume pendant qu’un serveur portugais moustachu apportait deux énormes verres de vin rouge et des burgers gigantesques. L’odeur de viande grillée, de bière et de vieux cuir flottait partout. Et honnêtement ? L’endroit était incroyable. Ils mangèrent d’abord en silence. Le vrai silence des gens qui ont très faim et trop peu de dignité face à un burger bien fait. Puis Luna posa finalement son verre. Et le regarda.
Longuement. — Bon. — Ah. Emmanuel leva les yeux. — ce “bon” là est dangereux. — Oui. Elle sourit légèrement. — On va parler sérieusement. Très mauvais signe. La musique changea. Guitare. Heavy rock. Très années 90. Puis Luna demanda calmement : — À quel moment t’as compris que t’étais amoureux de moi ? Touché directement. Emmanuel regarda quelques secondes son verre de vin. Puis il sourit légèrement. — Le parking. — Quoi ? — Le premier soir. Il haussa légèrement les épaules. — Quand t’as rigolé devant ma voiture. Je crois qu’une partie de moi a immédiatement compris que t’étais différente. Luna le regardait maintenant sans bouger. Puis elle souffla doucement : — Moi je crois que c’est quand je t’ai vu regarder les gens. — Hmm ? — Tu regardes les êtres humains comme si tu lisais derrière eux. Et c’est perturbant. Emmanuel sourit légèrement. — Je vais te dire un truc bizarre. — Vas-y.
— Je crois vraiment à cette histoire d’énergie entre les gens. Petit sourire chez Luna. — Genre spirituel Instagram ou genre scientifique de Français fatigué ? — Scientifique de Français fatigué. Validation immédiate. Alors Emmanuel reprit : — Les mitochondries. — Les quoi ? — Les mitochondries. Les petites centrales énergétiques dans les cellules. Je suis persuadé que certaines personnes… Il chercha ses mots. — se synchronisent biologiquement. Luna éclata déjà de rire. — Oh mon Dieu. Tu dragues maintenant avec la biologie cellulaire. — Non mais sérieusement. Il riait aussi. — Certaines personnes sont magnifiques… et pourtant il ne se passe rien. Aucune connexion. Alors qu’avec d’autres… BOUM. Ton corps entier comprend avant ton cerveau. Luna le regardait maintenant avec un sourire immense. — Donc techniquement… Elle leva son verre. — nos mitochondries couchent ensemble depuis le parking ? Emmanuel explosa de rire. — Dit comme ça c’est extrêmement inquiétant scientifiquement. Le vin aidait maintenant clairement la conversation à devenir dangereusement stupide. Très bon signe. Puis Luna posa soudain son burger. — Attends. Imagine un instant… Elle plissa les yeux. — nous deux déguisés en cowboys. Silence.
Puis Emmanuel partit immédiatement dans le délire. — Non. Cowboys mystiques. Très important. — Exactement. Avec des bottes. — Et des revolvers émotionnels. — Et toi t’arrives dans un saloon. — Sur un cheval portugais dépressif. Luna riait maintenant tellement fort qu’elle pleurait presque. Puis Emmanuel continua : — Et là je dis : “Buenos dias señorita mitochondria…” — STOP. Elle tapait la table maintenant. — Je vais mourir. Mais c’était trop tard. Le cerveau d’Emmanuel était lancé. — Non attends attends… Après on va dans une boutique de cowboys. — Tenue par un vieux Indien absolument confus. — Exactement. Et le type nous regarde genre : “Pourquoi les Européens détruisent encore ma culture.” Luna avait littéralement la tête dans les mains. — Emmanuel… — Et toi t’essayes trente-sept chapeaux. — Pendant que toi tu poses comme un acteur porno texan sous anxiolytiques. — Puis soudain… Il leva un doigt dramatique. — changement total de scénario. — Oh non… — Tortues Ninja. Silence. Puis explosion immédiate. — QUOI ?
— On abandonne les cowboys. Maintenant on est des Tortues Ninja adultes fiscalement instables à Caparica. Luna riait tellement qu’elle n’arrivait plus à respirer correctement. Même le serveur portugais riait maintenant sans comprendre pourquoi. — Toi… Elle essuyait ses yeux. — t’as vraiment un problème mental profond. — Oui. Il leva son verre. — Mais nos mitochondries l’acceptent. Ils finirent par sortir du pub complètement détruits de rire. Le vin. La musique. La fatigue. L’amour. Tout s’était mélangé. Ils marchèrent jusqu’à la plage pendant que l’air froid de l’Atlantique calmait doucement leurs cerveaux. Puis le silence revint. Le vrai. L’océan roulait dans la nuit. Les lumières de Costa brillaient derrière eux. Et là… quelque chose changea doucement. Parce qu’après les rires, les délires, les burgers, les théories absurdes, les cowboys, les Tortues Ninja… ils sentirent tous les deux exactement la même chose. Ils venaient de franchir une étape. Pas “officiellement”. Pas dans le sens adolescent du terme. Non. Quelque chose de plus rare. Ils étaient devenus : naturels ensemble. Et honnêtement ? C’était probablement beaucoup plus dangereux.
Chapitre 43 - Emmanuel venait de découvrir que l’écriture pouvait aussi servir d’arme anti-bombes australiennes Quand Emmanuel rentra à Villa Maria, la maison semblait enfin calme. Miracle absolu. Pas de Tiago hurlant “OBRIGADOOOO”. Pas d’Alex en train de manger du sucre liquide à deux heures du matin. Pas de Ricardo faisant griller quelque chose émotionnellement discutable. Juste : le bruit du vent, les palmiers, et l’océan au loin. Parfait. Emmanuel monta doucement sur la terrasse avec une seule idée en tête : dormir dehors dans le hamac comme un vieux marin portugais fatigué de l’existence. Il attrapa une couverture. Son carnet. Une bière. Puis il leva les yeux. Et là… ah. Merde. Cinq Australiennes. Installées autour de la table extérieure. Bières. Rires. Bronzage nucléaire. Énergie générale de : “on a survécu à Bali, aux backpackers et à plusieurs DJs techno”. Et évidemment… elles le virent immédiatement. Toutes. D’un coup. Silence instantané autour de la table. Le silence très spécifique des groupes féminins quand un homme entre dans leur champ radar.
Emmanuel comprit immédiatement qu’il venait de devenir : un steak émotionnel. Une blonde murmura : — Oh my God… Une autre : — The French guy. Ah. Très mauvais signe. Parce qu’apparemment sa réputation circulait maintenant dans l’écosystème hormonal international de Villa Maria. Emmanuel fit immédiatement ce que tout homme intelligent fait face à cinq Australiennes alcoolisées après minuit : profil bas. Très bas. Il alla directement s’installer dans le hamac avec son carnet comme un moine bouddhiste tentant d’éviter une guerre civile. Erreur. Parce que maintenant… elles étaient intriguées. — What are you writing ? — Rien. Toujours la même réponse. Toujours le même mensonge. — He’s mysterious. — That’s hot. — Oh my God stop. Emmanuel ouvrit immédiatement son carnet avec l’énergie d’un homme utilisant l’écriture comme bouclier anti-chaos. Et honnêtement ?
C’était exactement ça. Parce qu’avant… les “parasites” avaient souvent été son problème. Les regards. Les validations. Les séductions faciles. Les connexions superficielles qui donnent l’impression d’exister quelques heures mais vous vident intérieurement ensuite. Pendant longtemps, Emmanuel avait confondu : être désiré, avec être vu. Très mauvaise erreur. L’écriture, elle… ne mentait jamais. Quand il écrivait, le bruit extérieur disparaissait enfin. Les gens devenaient : des émotions, des mécanismes, des douleurs, des vérités. L’écriture transformait le chaos humain en quelque chose de compréhensible. Et surtout… elle calmait sa propre tempête intérieure. Alors pendant que les Australiennes continuaient de rire, boire et le regarder discrètement comme un personnage Netflix français potentiellement problématique… Emmanuel écrivait des conneries dans son carnet. Des phrases absurdes. “Les Australiennes détectent un homme fatigué exactement comme les requins détectent le sang.” Puis : “Alex mourrait ici en moins de neuf minutes.” Puis : “Tiago serait déjà fiancé aux cinq.” Il sourit légèrement tout seul. Le vent faisait doucement bouger le hamac.
Et sans prévenir… son cerveau retourna vers Luna. Évidemment. Le pub. Les burgers. Le vin. Les délires sur les cowboys mitochondriaux. Le regard sur la plage après. Et là… Emmanuel arrêta d’écrire quelques secondes. Parce qu’il comprit soudain quelque chose de très simple. Il devait enfin être honnête avec lui-même. Cette histoire avait dépassé depuis longtemps : — l’attirance, le flirt, la parenthèse portugaise, ou le “on verra”. Non. Il était tombé amoureux. Vraiment. Raide amoureux même. Et le plus absurde dans tout ça… c’est que ce n’était absolument pas prévu dans son script quelques mois plus tôt. Quelques mois avant, il était encore : — en Lituanie, perdu dans les ruines émotionnelles de Klydia et Rolina, coincé dans des projections impossibles, persuadé que sa vie ressemblait à une impasse élégante sous neige baltique. Et maintenant ? Il était dans un hamac au Portugal, à écouter cinq Australiennes rire dans la nuit, pendant que son cœur appartenait déjà entièrement à une Colombienne qui parlait aux vagues et mangeait des cookies comme une expérience religieuse. La vie était quand même un concept extrêmement étrange. Puis une des Australiennes cria soudain : — FRENCH WRITER !
Emmanuel leva lentement les yeux. — Yes ? — Are you secretly writing about us ? Petit silence. Puis Emmanuel répondit calmement : — No. Je protège actuellement ma paix mentale. Explosion de rire générale. Et pendant que les Australiennes recommençaient à délirer autour de la table… Emmanuel replongea doucement dans son carnet. Avec cette sensation rare et presque effrayante : pour la première fois depuis longtemps, il n’avait plus besoin de courir après quoi que ce soit.
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