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lundi 20 juillet 2026 💬 Discussion libre Archivé

Première personne, narrateur omniscient ou observateur, présent, passé, soutenu, familier... Pourquoi avez vous choisi ce style ?

Chaque histoire possède une voix.

Certaines murmurent à l'oreille du lecteur.
D'autres racontent le monde avec le recul d'un témoin invisible.
Il y a celles qui parlent au « je ».
Celles qui préfèrent le « il ».
Celles qui vivent dans l'urgence du présent.
Et celles qui prennent le temps du passé.

Avant même que l'intrigue ne commence, un choix est déjà fait.
Celui de la manière dont l'histoire sera racontée.

Ce soir, près du feu de l'Auberge, les Scribonautes vous invitent à ouvrir les portes de votre atelier d'écriture et à parler de cette voix qui accompagne chacun de vos récits.


Le point de vue d'un récit ne se choisit jamais au hasard.

Parfois, il s'impose dès les premières lignes.
Parfois, il est le fruit de longues hésitations.

Une narration à la première personne rapproche le lecteur des émotions.
Un narrateur omniscient lui offre une vision plus vaste du monde.

Le présent apporte souvent de l'immédiateté.
Le passé laisse davantage de place au recul et à la contemplation.

Et le niveau de langage participe lui aussi à l'identité du récit.
Soutenu, courant, familier… chaque registre colore les dialogues, les descriptions et l'atmosphère générale.

Il n'existe pas de bonne ou de mauvaise façon de raconter une histoire.
Seulement des choix qui servent un univers, des personnages et une intention.

Aujourd'hui, nous vous proposons de partager :
* le point de vue que vous utilisez le plus souvent
* pourquoi ce choix vous semble le plus naturel
* le temps de narration que vous préférez employer
* le registre de langue qui correspond le mieux à votre univers
* si vous avez déjà changé de narration en cours de projet

Vous pouvez également raconter une expérience où un simple changement de point de vue ou de temps a complètement transformé votre histoire.

Et si vous le souhaitez, racontez-nous aussi :
* existe-t-il une narration que vous évitez systématiquement ?
* aimez-vous expérimenter ou préférez-vous rester fidèle à vos habitudes ?
* un lecteur vous a-t-il déjà conseillé de changer de point de vue ?
* selon vous, certains genres littéraires appellent-ils naturellement un style de narration particulier ?

Prenez place.

L'Auberge vous écoute.
Contributions 19 contributions
Pour moi, le choix de la narration ne doit pas être un choix de style mais la façon dont on désire faire percevoir l'oeuvre. Parce que le texte l'imposera.

Par exemple, j'ai choisi pour mon premier roman le moi au passé, parce que tout devait être centré du point de vue du protagoniste, de ses découvertes, et de ce qu'il manque inévitablement. À la troisième personne, il aurait fallu ruser d'artifices grossiers pour restreindre ce point de vue qui n'auraient pas marché pour un récit avec un seul protagoniste.

D'ordinaire, je pratique la troisième personne interne sur le pdv d'un personnage. Cela permet de bien centrer et focaliser l'action autour de lui, et le jeu du roman chorale ouvre la possibilité de rejouer un chapitre sous un autre point de vue, proposant ainsi une alternative et ses propres compléments.

À mes débuts, j'ai cru faire à tort du narrateur omniscient. Ça peut paraître le plus simple, mais il est plus complexe qu'on ne l'imagine pour réussir à le faire fonctionner. J'ai fini par l'expérimenter sur une nouvelle où il sautillait de pdv en pdv.

Enfin, je n'aime pas le moi au présent. J'ai très peu lu d'oeuvres qui ont su l'exploiter à merveille (celle qui me vient en tête est American Psycho, de Bret Easton Ellis), car elle permet des mécaniques complexes telles que le narrateur non fiable, ou le sans filtre puisqu'on est censés avoir accès aux pensées directes du personnage. Au lieu de ça, c'est hélas souvent vu comme un exercice de conjugaison ou l'on croit qu'il suffit de transposer le passé simple en présent sans en tirer les capacités. Résultat, ces textes m'endorment à titre perso (y'a eu une série de nouvelles comme ça dans de précédents Bifrost du Belial, j'ai pas arrêté de bâiller XD).

Un aparté aussi sur la narration en tu : très difficile à faire fonctionner, mais lorsque bien exécuté, ça donne des résultats surprenants. Personnellement, je ne m'y suis jamais risqué sauf sur des passages de pensée.

(2000 chars c'est trop serré :| )
Hope_Feather 20/07/2026 à 10:59
J'aime bien écrire en "tu" quand c'est autobiographique, pour un petit texte ^^ Ca aide vraiment à séparer "l'ancien moi" de la personne qui écrit :)
Seb_Astien 20/07/2026 à 12:33
Le "tu", je trouve que c'est bien mais pas sur les longs textes. Une nouvelle dans un précédent Bifrost était rédigée ainsi et j'arrivais pas à rentrer dedans. Trop distant. Des passages courts ça marche bien par contre.
Hope_Feather 20/07/2026 à 14:06
Je suis d'accord ^^
Personnellement j'adore écrire à la première personne car je trouve le texte beaucoup plus immersif. J'ai deux recueils de nouvelles où on découvre l'histoires des chats à travers leurs yeux et ici, le roman sur mon chien sera à travers ses yeux également. Les émotions, le suspens est différents également.
J'ai également une facilité d'écrire au présent à la première personne, je ne sais pas pourquoi mais si je réalise un texte avec un narrateur omniscient, j'ai plus de difficulté.
J'ai également un roman du genre fantastique dans les placards et j'ai un chapitre par personnage clé où on a son point de vue et son opinion. CEla donne un certain rythme, cela donne un suspens différent également. J'en lis peu qui sont à la première personne mais pourtant j'aime toujours quand c'est le cas même si lire tout autre type de narration ne me pose aucun problème, l'écrire c'est une autre histoire !
Je fais au feeling. S'il y a plusieurs points de vue ou que l'objectif est de décrire les émotions de tous, alors point de vue omniscient/3e personne. SI le but est, au contraire, de se focaliser sur un seul personnage et son évolution, 1ère personne.

Au début, j'écrivais et lisais surtout à la 1ère personne parce que je préférais, mais je me suis rendue compte que c'était plus complexe. Maintenant, j'essaie de faire les 2, au feeling comme je disais.
Hope_Feather 20/07/2026 à 11:01
D'ailleurs, je trouve qu'écrire au présent est bien plus difficile qu'au passé paradoxalement : il faut vraiment travailler ses phrases pour ne pas que le texte paraisse ""amateur"".
Alma_Mater 20/07/2026 à 11:39
Tellement d'accord pour le présent ! Ça paraît plus facile pour la conjugaison, mais pour le rythme c'est un enfer. Corriger des fautes d'accord, ça se fait bien, rythmer sans bénéficier de distance temporelle, c'est rude. Aucune hiérarchie automatique, tout doit passer par la densité, la longueur des phrases, la ponctuation, et les passages un peu plats ne pardonnent pas.
Hope_Feather 20/07/2026 à 11:40
Mais oui !
Seb_Astien 21/07/2026 à 18:52
> D'ailleurs, je trouve qu'écrire au présent est bien plus difficile qu'au passé paradoxalement : il faut vraiment travailler ses phrases pour ne pas que le texte paraisse ""amateur"".

Plus que "amateur", c'est surtout distant. Paradoxalement, je trouve justement que la narration au moi + présent crée une énorme distance lorsque mal employée, parce que ça me donne l'impression que le narrateur est un observateur externe de sa propre personne et qu'il commente tout ce qu'il fait. Et je trouve ça d'un chiant !

Ce qui me sort aussi du récit, c'est cette manie de décomposer des mouvements ou des actions inconscientes pour juste les dire. Cette narration, à mon sens, doit être focalisée sur le ressenti interne à l'instant T, pas sur "je pose le pied sur l'escalier pour monter les marches." Je caricature, mais c'est parfois l'effet que ça me fait.
Hope_Feather 21/07/2026 à 19:02
Oui, dans ce cas, je suis d'accord xD
Le plus souvent je choisis le rôle de narrateur, parfois la première personne.
Je choisis la voie du milieu : ni familier, ni trop soutenu.
Je choisis le passé le plus souvent, parfois le présent.
Pourquoi ?
J'essaye d'avoir l'écriture la plus " naturelle" possible et ces choix me semblent en accord avec cet objectif ?
Je ne choisis pas le point de vue, celui-ci s'impose dès le début de l'histoire. Parfois, c'est à la première personne, parfois non. Il m'arrive aussi d'écrire des histoires du point de vue des deux ou trois personnages principaux : ce fut le cas pour les Dark Angels, que ce soit le volet consacré à Lynn, ou ceux consacrés à Stair et à Snoog (et sans doute que si, un jour, j'écris celui de Treddy, il en sera de même).

Pour le temps de narration, en général, je choisis le passé simple / imparfait. Le temps de la narration par excellence en français, mais parfois, quand l'histoire est pleinement contemporaine, c'est le présent qui s'impose. Lorsque j'ai écrit la petite histoire de Joséphine, c'était plus facile d'utiliser le présent en me mettant à la place d'une petite fille de huit-neuf ans.

Pour le type de registre, là aussi, c'est le récit qui l'impose. J'essaie de coller à l'histoire le plus possible : les dialogues dans les Dark Angels sont truffés d'allitérations, de négations où le "ne" n'est pas utilisé, car il me fallait coller au langage de ces garçons, un langage populaire. Là aussi, j'avais essayé de marquer la différence entre Jenna, issue d'un milieu très bourgeois, et eux.

Je n'ai pas souvenir d'avoir changé de narration en cours d'écriture.

Il m'est arrivé, quand j'ai commencé à écrire, de choisir le présent de narration pour ne pas m'embêter avec le subjonctif (ou pas trop). Mais très vite, ça m'a fatiguée. Je trouvais le récit plat, moins intéressant à mener, c'est pourquoi je préfère largement écrire avec le passé simple / imparfait. Et finalement, je m'amuse beaucoup avec le subjonctif ! Je pourrais même dire que je l'adore (comme l'accent circonflexe - chacun a ses petites faiblesses !).

Dans mes lectures, je ne peux pas dire que je préfère que l'auteur utilise tel ou tel registre ou type de narration. Je respecte totalement le choix, le tout est que ça demeure cohérent tant du point de vue de la langue que de celui du récit.
Ca dépend.

J'ai essayé différentes approches. Elles ont toutes des avantages et des inconvénients.
Je suis plus accroché à l'Observateur même si je tombe assez souvent dans la narration à la première personne pour des textes annexes.

Pour mon plus gros récit (toujours en cours de rédaction), je suis parti sur l'Observateur, centré sur un personnage. C'est un choix presque nécessaire car si l'histoire tourne autour d'un héro en particulier pendant tout une partie de l'histoire, elle basculera vers un autre protagoniste pour sa conclusion.
La première personne ne semblait pas très indiquée ici.

J'aurais peut-être pu utiliser le narrateur Omniscient mais je ne me suis pas encore frotté à ce style narratif.

La difficulté principale de l'Observateur est le rendu des émotions. Sans accès aux pensées du personnage, il faut faire ressentir son état d'esprit à travers ses attitudes et ses réactions. Pas toujours évident à mon petit niveau.

Pour des petites histoires annexes, je change volontiers de style. Première personne, observateur, histoire rapportée, présent, passé. J'explore un peu tout et j'avoue que le récit à la première personne donne une grande liberté d'expression en fonction du personnage qui raconte, de l'aristocrate un peu coincé à la crapule des bas-fonds.
Je travaille quasi uniquement en focale interne serrée parce que j'aime le sensoriel et l'immersif. Depuis où (qui) perçoit-on et que perçoit-on ?
Ce que j'essaie de faire, c'est partir d'un stimulus, bruit, odeur, toucher, ou alors un évènement ou une situation, qui active le personnage. Et en fonction de sa façon d'habiter le monde, ça va générer sa voix, organiser les phrases, décider de ce qui est dit et de ce qui ne l'est pas.

Et pour le choix des pronoms, quand je regarde mes projets, je vois que les personnages construits avec une intériorité stable, même opaque, restent en troisième personne. Je fusionne pas avec eux, même en focale très serrée. Par contre pour une conscience qui se désintègre, ou une voix si singulière qu'elle exige une source incarnée, je passe en première. Le "je" retrace la propre cohérence ou le délitement, selon les cas.

Et toujours la même logique pour le temps. Mon roman en cours est au présent parce que le récit traite d'incarnation, de rapport aux autres, de rapport au monde. Le présent colle au corps, aux sens, à l'expérience en train de se faire. Le passé introduit un sujet qui se retourne sur lui-même, qui retrace sa propre histoire, et ce n'est pas ce que j'explore là.

En bref, ça implique que chaque POV et chaque projet a sa propre grammaire narrative, mais toujours sensorielle et immersive. J'essaie de plus en plus de faire découler ça d'une logique interne au perso, de ce que le langage retrace à son sujet, et de bannir tout effet de style qui ne sert pas cette logique.
On dirait que les mots me viennent plus facilement lorsque j'écris à la première personne. J'ai tendance à me mettre un peu plus dans la peau de mes personnages, comme si je jouais un rôle et c'est aussi ce qui me plaît lorsque j'écris à la première personne. Je ne crois pas que je serais capable d'écrire à la première personne du point de vue d'un antagoniste, par contre. J'aime bien explorer plusieurs points de vues à la première personne, aussi. Cela nous permet de voir l'univers d'une histoire à travers différentes paires d'yeux.
Quand une histoire me prend, il y a d'abord une voix dans ma tête, des bouts de phrases, des dialogues. Alors le choix s'impose naturellement. J'aime beaucoup être la voix omnisciente, mais je dois constamment lutter contre mon envie de tout expliquer au lecteur. C'est pour moi la position la plus délicate à tenir.

Pour le temps, je me sens plus confortable dans le passé et le passé composé, rien de très original ^^

Pour le registre, il doit se prêter au contexte et surtout au personnage, plusieurs peuvent coexister dans le même texte. Je m'applique à rester accessible et à ne pas faire trop alambiqué. En vieillissant j'ai arrêté les tournures de phrases trop ampoulées, le lyrisme à outrance. J'essaie de faire en sorte d'embarquer le lecteur avec moi, alors je lui offre un espace de lecture au service de l'histoire plutôt qu'une surenchère de jolis mots au service de mon égo. :p
Je suis mal à l'aise pour ce qui est du choix entre le IL et le JE.
Disons que j'ai un personnage où le JE est quasi obligatoire, je ne sais pas pourquoi mais cela me paraît couler de source.
Mais comme dans mon histoire il y a plus de 50 personnages, et que celui avec le JE n’apparaît que dans un tiers de l'histoire fait que cela me semble faire comme une sorte de contre poids.
Mon problème est d'une autre nature, je trouve malaisé lorsque dans un chapitre il y a le personnage avec lequel j'utilise le JE et un personnage ou plusieurs autres personnages avec le IL qui pensent, comment écrire les pensées des IL surtout si le JE n'est pas télépathe. Je ne sais pas si j'arrive à me faire comprendre ?
Coucouu^^

Alors… je précise tout de suite : n’écrivant pas de textes de type “roman” mais plutôt de la prose poétique (qui malgré tout peut devenir de courtes histoires d’une dizaine de pages, parfois), je ne sais pas si mon avis est à mettre sur le même plan que les autres^^’

JE
→ Personnellement, j’utilise très majoritairement la narration en “je”, mais il s’agit généralement d’un narrateur qui se situe hors de la trame du récit, ou alors qui développe une pensée en parlant d’autre chose. C’est un peu moi sans être moi, donc. Il me sert de regard sur le monde, sur le récit, etc. Parfois, il n’y a que lui dans le récit, parfois d’autres personnages sont décrits en “il” – le “je” est alors généralement omniscient.

TU
→ J’utilise aussi beaucoup (dans presque tous mes textes, je pense…) le “tu” comme adresse à un interlocuteur imaginaire – qu’il soit complètement abstrait ou bien que je sache pertinemment de qui il s’agit, peu importe. La deuxième personne, c’est vraiment un merveilleux outil de travail, mais il ne faut surtout pas l’utiliser comme un “il” ou un “je” : c’est un outil plus poétique, plus oral, et non simplement narratif. Donc les romans en “tu”, généralement, je déteste, mais la poésie en “tu”, je trouve ça magnifique^^ (Bien sûr, ce n’est là que mon humble avis…)
→ Et le “tu” peut malgré tout devenir le principal sujet, le protagoniste de mon histoire ; mais c’est un peu délicat, parce qu’il reste un outil poétique lié à une adresse du “je”, qui parle à une personne absente. Dans ces cas-là, on peut dire que mon perso principal est une sorte de projection du narrateur, une personne imaginaire, un interlocuteur chimérique, ou parfois simplement quelqu’un de réel mais qui ne lira jamais ces textes comme lui étant adressés… (Parce que même si le “tu” existe, il n’est au final qu’un prétexte à l’écriture)

Voilààà j’espère que je n’ai pas l’air encore plus folle qu’avant^^’

Le meilleur pour ces beaux jours de juillet,

Et à tout vite^^

Nightbringer
Nightbringer 20/07/2026 à 13:29
PS : Et pour les temps verbaux, je ne jure plus que par le présent… Mais pour de la poésie, c’est assez naturel :)
Pour moi, l'usage du "JE" est naturel. Sûrement parce que j'écris à partir d'expériences vécues (plus ou moins romancées, mais la base est là). C'est aussi le point de vue de la confidence et de l'autofiction.
Le "JE" permet aussi de placer le lecteur dans le point de vue du narrateur. Il ne sait que ce qu'il sait !

Au passé ou au présent ? Ca dépend de l'intention, du niveau de nostalgie ou de confidence que je veux donner au récit. Je fais les deux.

Pour le niveau de langue, je dirais en français correct, précis sans être soutenu. Je distingue aussi très volontairement les dialogues que j'essaie de rendre naturel (pas verbeux), de la narration. Dans tous les cas, je ne m'aventure pas dans des niveaux de langue ou des registres que je ne maîtrise pas.
J'adapte aussi le rythme et la longueur des phrases à l'état d'esprit du narrateur, avec une approche assez cinématographique (de plus en plus d'ailleurs). Un paragraphe comme un plan séquence.
Une intuition, au réveil. J'avais rêvé du roman que j'avais commencé à écrire, et puis, je me suis dit : "et si je me mettais dans la peau du personnage et que je racontais l'histoire de son point de vue? " Pas facile, surtout lors d'une enquête policière, mais intéressant.
Pour les deux romans que je publie ici, j'utilise la première personne du singulier.

Pour le premier, c'était une évidence : il est constitué essentiellement de dialogues entre la narratrice et deux interlocutrices un peu particulières (non, je ne vais pas spoiler... ;-) ). Le présent s'est imposé naturellement, puisque c'est le temps de la conversation.

Le second est beaucoup plus hybride. Il mêle plusieurs temporalités, mais aussi plusieurs formes d'écriture : journal intime, dialogues, courriels, article de presse, souvenirs, introspection... J'ai longtemps cherché une définition de ce que je faisais, et je crois que la plus juste est celle-ci : j'essaie de m'approcher au plus près de la réalité d'une femme, sans prétendre qu'elle puisse être racontée d'une seule manière. Selon les moments, elle se souvient, elle analyse, elle écrit, elle parle, elle se contredit parfois. Le récit emprunte donc les formes qui lui semblent les plus naturelles. Chaque forme révèle une facette différente d'elle. Ce n'est pas un exercice de style ; c'est ma façon de dire qu'une personne ne se réduit jamais à une seule voix.

Quant au registre de langue, il varie lui aussi. Je ne cherche pas à être uniforme, mais à être juste. Un dialogue n'a pas la même musique qu'un passage introspectif ou qu'un faux article de journal. J'aime cette liberté de ton, à condition que chaque voix reste reconnaissable.

En revanche, je n'ai jamais changé de point de vue en cours de projet. Une fois que la voix du personnage est trouvée, je préfère la suivre jusqu'au bout !
Mon histoire, du moins le premier tome, est en 100% point de vue interne d'un seul personnage. Donc j'aurais pu utiliser la première personne. J'ai d'ailleurs essayé une réécriture des premiers chapitres dans ce sens... et je n'ai pas du tout aimé. Je me sentais bloquée par ce "je". Alors j'ai repris ma troisième personne (et mon temps du passé), parce que c'est vraiment là que je me sens le plus à l'aise, même si garder le point de vue est plus compliqué ainsi.
Et le langage... eh bien, j'aime bien le langage courant voire soutenu, alors je me fais plaisir. Les mots sont là pour être utilisés, magnifiés, décrits. Je n'ai pas la prétention de faire de la grande littérature, mais si mes descriptions ont été évocatrices pour mes lecteurs, alors cela me satisfait ;)
Seb_Astien 21/07/2026 à 18:57
Oui, le récit en je a toujours ce côté dérangeant d'avoir l'impression d'être cette personne en mode "moi moi moi moi moi". Pas facile de bien équilibrer. Et lorsque écrit au passé, il faut avoir en tête qu'on doit raconter ! (ce qui bloque certaines possibilités, comme celles d'éliminer le personnage)

En ce qui concerne le point de vue focalisé, le bon moyen de savoir si ta troisième personne interne marche, c'est justement de mettre la phrase à la première. :)
Si l'on ne parle que de narration, alors je trouve que le narrateur omniscient à le plus d'intérêt de forme. Je ne l'ai clairement pas toujours utilisé, mais l'idée que le narrateur participe à l'histoire tout en étant le narrateur permets à la fois une forme de recul sur l'œuvre, forçant à analyser sa propre oeuvre sous une vision critique vu qu'un personnage le fait) et à la fois de mieux s'immerger dans l'oeuvre. Un avantage d'un narrateur omniscient, c'est aussi qu'il peut mettre en pause le récit, qu'il peut se permettre d'adoucir l'ambiance d'un instant en devenant le narrateur. Le contrôle de l'enchainement de péripétie est une chose que je trouve particulièrement compliqué a faire sans raconter pendant de longue minute le "retour au camps". Un passage plus tranquille qui s'avoue artificielle offre une transition douce je trouve. Et surtout, grand fan de manga et d'animé que je suis, c'est un trop que je n'ai que trop connu dans mon enfance.
Après je reconnais que ce style d'écriture tue toute forme de tension. Si le narrateur sait tout ce qu'il va se passer, alors l'histoire perd de son sens, mais je règle ça généralement par le faite de le rendre impuissant (dans une de mes première histoire que je finirai ... un jour peut-être, le narrateur était le livre que transportait le héro et qui racontait son histoire, donc bien qu'il puisse communiquer en eux, le livre ne pouvait pas lui révéler son futur vu qu'il n'était pas encore).
Pour la question du temps (qui est un non problème. GG si tu as la ref), l'omniscience implique une majorité de présent. Dans la continuité du point précédent, le futur indiquerait l'absence d'enjeux, et le passé indique que le narrateur a fini l'histoire, ce qui tue toute forme de tension, je trouve, en dehors bien sûr de flashback. Le lecteur vit ton récit, pas besoin de lui rappeler qu'il est arrivé en retard. Et pour l'imparfait, c'est une question d'habitude, on a surtout du mal à faire sans, par réflexe.
* le point de vue que vous utilisez le plus souvent :
1ère personne avec pensées internes en 2ème, souvent.

* pourquoi ce choix vous semble le plus naturel :
Saisir les pensées d'un personnage renforce, à mon sens, sa proximité avec le lecteur. Il est est d'autant plus compréhensible qu'accessible.

* le temps de narration que vous préférez employer :
passé simple / imparfait (sans les fautes, ce serait mieux ^^')

* le registre de langue qui correspond le mieux à votre univers :
J'aime jongler entre les trois, mes textes s'y prête souvent.

* si vous avez déjà changé de narration en cours de projet :
La narration, non, une fois choisi je m'y tiens.
Quand on choisi d'écrire avec un quatuor de perso principaux, on est déjà contraint de changer de narrateur et de personnalité, c'est suffisant :)

* existe-t-il une narration que vous évitez systématiquement ?
Je ne me ferme à aucun style narratif (merci aux défis d'exister, c'est super enrichissant)

* aimez-vous expérimenter ou préférez-vous rester fidèle à vos habitudes ?
Même réponse :)

* un lecteur vous a-t-il déjà conseillé de changer de point de vue ?
Pas encore, ça viendra peut-être.

* selon vous, certains genres littéraires appellent-ils naturellement un style de narration particulier ?
C'est toujours intéressant de casser les codes et les habitudes des lecteurs. Si on cloisonne un genre à un style narratif par habitude ou parce que naturellement, ça se fait, on se prive de découvertes (autant sur ses propres capacités d'écriture que d'ouvrages auxquels accorder son temps).
J'utilise le plus souvent la première personne pour les projets longs, elle me semble plus personnelle et donc plus appropriée quand j'aime me mettre dans la tête des personnages. Pour des contes ou des fables, ce sera plutôt la troisième personne et un narrateur omniscient.

Pour le temps, j'écris au présent ou au passé comme ça vient. Contrairement à l'opinion générale, j'aime le présent à la première personne, je trouve que ça apporte une proximité et une dimensions "dans l'instant" au personnage. Selon moi, tant que l'usuage du présent est justifié, ça passe. Pareil pour le passé, c'est le temps de narration classique, mais je pense qu'il faut aussi argumenter le choix de ce temps plutôt qu'un autre.

Le combo que je ne peux pas voir, en revanche, c'est troisième personne et présent. Je ne sais pas pourquoi, mais ça me donne une impression un peu "amateur" et je trouve les phrases moins belles à lire ^^'

J'ai déjà changé de temps en cours de projet, parfois je trouve que le passé ou le présent valent mieux que l'autre pour ce travail.

Concernant le registre de langue, je jongle un peu entre tout... ça vient naturellement selon le personnnage qui parle.

Je ne pense pas qu'un genre littéraire appelle naturellement à un style de narration particulier, parfois quand on expérimente ou qu'on lit des expériences on a de bonnes surprises :)
Je prends place volontiers.
La vérité, c'est que je n'ai jamais vraiment choisi une voix. J'ai plutôt écouté celle que mon univers réclamait. Dans Du Sel aux Cendres, ainsi que d'autres nouvelles, mes récits se donnent comme rapportés — chroniques, notes, ballades, des choses transmises de main en main. Une voix qui hérite plus qu'elle n'invente. Et le reste en découle : si un récit est transmis, c'est qu'il a déjà eu lieu. Le passé n'est pas chez moi une préférence contemplative, c'est la condition même du récit. On raconte ce qui a survécu au temps, aux ruines.
Au cœur de tout cela veille un Chroniqueur ; Varen. Il n'est pas un narrateur qui sait tout ; il est plutôt un garde-fou. Il me permet de refuser l'omniscience, ne se penche jamais par-dessus l'épaule du lecteur pour lui souffler quoi ressentir. Et surtout, il m' impose le silence — non comme un manque, mais comme une manière. Ce qu'il tait pèse autant que ce qu'il dit.
J'écris un monde où le sentiment est un danger, où l'émotion nommée peut faire des ravages. Un tel monde ne supporte pas qu'on lui explique ce qu'il éprouve. Alors la voix retient. Elle montre une main qui s'attarde sur un chambranle, une hésitation avant un seuil — et laisse le lecteur faire le reste. La retenue n'est pas une élégance ; c'est presque une morale. Dire moins pour que le peu qui demeure pèse davantage. Dans mes écrits, ne pas respecter les silences serait une faute — presque une indélicatesse.
Le présent, lui, ne surgit que là où la transmission cède — un rêve, une rupture, un seuil qui se fend. Là où l'on tombe dans l'immédiat, sans le recul de la mémoire.