Des Retrouvailles Inattendues
J’avais reçu le SMS trois jours avant. Quelle n’avait pas été ma surprise ! Cela faisait des années que nous n’avions communiqué, non pas que nous étions fâchés. Au contraire, tout allait pour le mieux entre nous… Nous ne nous parlions plus, juste comme ça. La vie avait fait que nous nous étions éloignés, sans raison, sans volonté de l’un ou de l’autre !
À réception du message, je fus étonnée puis, après quelques secondes de questionnement, j’avais osé répondre. Après tout, les erreurs, ça existe aussi ! Peut-être n’étais-je pas le destinataire de ce SMS ? Mais, j’avais pris mon courage à deux mains et j’avais, à mon tour, envoyé un message ! Je ne sais pourquoi, mais sa réception m’avait rendue heureuse… Mon cœur avait battu la chamade à cet instant, un immense plaisir m’avait envahi. On ne s’imagine pas les réactions, la force des sentiments lorsqu’on reçoit des nouvelles d’une personne disparue de sa vie !
Je dois avouer que j’eus un instant où la peur m’envahit aussi ! Si ce SMS ne m’était pas destiné, comment allait-il réagir ? Et puis, l’avait-il envoyé sérieusement ou pour s’amuser ? Mais, ma crainte disparut au moment où mon portable sonna. Il m’avait répondu ! Mon cœur s’arrêta juste un instant, au moment où j’ouvris son message. La douleur dans ma poitrine disparut lorsque je lus sa réponse : il souhaitait réellement qu’on se voie, qu’on se retrouve pour boire un café, discuter comme au bon vieux temps !
J’étais en joie ! Il fut convenu que nous nous voyons chez lui, dans trois jours. Les jours me parurent longs, fades et en même temps si courts, trop courts pour me préparer.
Le jour J, je me levai tôt. Je n’avais pas réussi à dormir de la nuit, mais je n’étais pas fatiguée. Bien au contraire, j’étais en forme, surexcitée par l’idée que nous allions nous revoir. Lui, mon ami d’enfance que je n’avais pas revu depuis la faculté… Cela faisait déjà onze ans que j’avais quitté les bancs de l’université… Onze années sans se parler, sans se côtoyer ! Plus d’une décennie ! En le disant, cela me parut une éternité !
Le petit déjeuner et le déjeuner furent vite expédiés. Mon estomac était trop occupé par le stress qui ne faisait que monter au fil du temps passé. Je me sentais nauséeuse. Notre rendez-vous était dans quelques heures, encore quatre heures de souffrance.
Je me changeai à la dernière minute. Je m’habillai comme prévu avec ma petite jupe noire et mon haut bleu clair. J’attrapai mes chaussures à talon, essuyai la poussière accumulée et les enfilai. J’étais presque prête. Je fis une dernière retouche maquillage et brushing, pris ma veste et quittai mon appartement. Il était l’heure d’y aller !
Le trajet me parut interminable. Entre les kilomètres, les voitures qui n’avançaient pas et mes erreurs de trajet, j’arrivai à destination juste avant l’heure du rendez-vous. Il faut dire que le GPS ne m’avait pas été d’une grande aide ! Comment ce fichu appareil pouvait me dire de tourner à cinquante mètres et me laisser me débrouiller pour savoir à quelle rue cela correspondait ?! Je le maudis plusieurs fois !
Mais bon, au final, j’étais arrivée à destination ! Et ce fut un soulagement lorsque j’arrêtai le moteur de la voiture juste devant la maison de mon ami.
Il s’agissait d’un joli pavillon, un portail en bois s’ouvrant sur une petite allée. En quelques mètres, on atteignait la porte du garage. Un petit chemin de cailloux nous conduisait à la porte d’entrée. Je m’installai devant la porte et sonnai. La tension monta d’un cran lorsque la porte s’entrouvrit.
Il était là, face à moi. À part quelques rides et une nouvelle coupe de cheveux, il n’avait pas changé d’un pouce. Ses yeux gris étaient toujours aussi beaux, son regard démontrait, par contre, une grande sagesse. On pouvait ressentir une vie bien remplie.
Je restai coite, bloquée par ce visage que je n’avais jamais oublié malgré toutes ces années ! Il fut le premier à parler. Un bonjour bienvenu et une invitation à entrer me firent sortir de mon silence admiratif !
Après des salutations entre solennel et amitié, j’entrai dans son univers. Un univers sobre et simple, bien loin de mes souvenirs d’antan. Je pris le temps de regarder la décoration, l’agencement de son nid. On dit souvent que l’intérieur d’un logement est le reflet de l’âme de son propriétaire…
Il me fit signe de m’asseoir dans le salon. Chose que je fis sans attendre. Je pris place sur le canapé blanc-écru. Il me laissa quelques minutes seule, pour préparer le café et quelques gâteaux.
Il revint avec un plateau sur lequel se trouvait une assiette de viennoiseries, de petits pains au chocolat et croissants, deux tasses de café, du lait et du sucre. Il déposa sur la table basse, face à moi, une tasse bleue et me proposa du sucre. J’étais en joie, il se souvenait que le bleu était ma couleur préférée ! Je pris un sucre que je laissai glisser dans le nectar noir. Il me proposa aussi une viennoiserie, je choisis un croissant.
La conversation eut du mal à démarrer, mais l’ambiance amicale et le bon café nous amenèrent à enfin échanger. Nous passâmes un très bon moment, parlant de nos vies, de nos amis, nos amours.
Il m’apprit qu’il avait été fiancé, mais l’amour de sa vie avait perdu la vie. Elle s’était fait renverser par une automobiliste qui avait pris la fuite. J’étais choquée et triste pour lui. Perdre un être cher est toujours difficile !
Son regard était perdu dans sa tasse, fixant le liquide en mouvement. Parler de tout cela le touchait encore énormément, il faut dire que le drame avait eu lieu deux mois auparavant. Je posai ma main sur la sienne, il eut un mouvement de recul. Il redressa la tête et me fixa, son regard était empli de peine et de colère. Il repoussa ma main, se leva et se mit à rire. Un rire diabolique qui me fit froid dans le dos.
« Tu vois le pire dans l’histoire ? C’est que les témoins de l’accident ont vu la conductrice et ont pu la décrire ! Mais la police n’a rien fait ! Non, ils ont pris les dépositions, m’ont dit qu’ils mèneraient l’enquête !
Mais ça fait déjà deux mois et ils n’ont toujours pas de pistes ! Foutaises ! J’ai mené mon enquête de mon côté et j’ai trouvé ! J’ai retrouvé la meurtrière de Jeanne ! J’ai eu un choc quand j’ai su et puis… La colère a pris le dessus, j’ai créé un plan… Ma vengeance était en route, était en marche ! C’était simple, je n’avais qu’à la faire venir chez moi et à lui offrir le meilleur des cafés… Son dernier café… »
Tandis qu’il me parlait, je sentis une douleur atroce… Mon estomac m’interpelait, mais je ne comprenais pas ce qu’il me voulait… Jusqu’au moment où j’eus un haut-le-cœur. J’eus une remontée, de l’acidité et un goût de fer… M’obligeant à vomir, à cracher un liquide visqueux et rouge.
J’étais en train d’avoir une hémorragie et je me vidais de mon sang, mon propre sang. Et je compris…
Cet homme, mon ami d’enfance, m’avait empoisonné…
Lorsque je m’évanouis, les souvenirs me revinrent : la nuit en train de tomber, cette femme au milieu de la route, ce corps projeté sur le capot de la voiture comme un fétu de paille…
Qui aurait pu imaginer que je serais la meurtrière de la fiancée de mon meilleur ami ?
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