La fin des temps

📖 365 Histoires... ✍️ Sophie_Delf 📝 4306 mots

Dans un futur lointain, la Terre étant devenue irrespirable, les hommes ont choisi de s’élever. Les cités volantes ont poussé comme des champignons. Mais, les hommes n’ont pas compris que leur situation n’est due qu’à leurs actes…

Pour éviter une forte pollution, des quotas ont été mis en place ! Et pour gérer ces quotas, les dirigeants ont créé un corps d’élite, les Hunters, des tueurs à gages. Leurs cibles : les corrompus du système. Ces hommes de l’ombre suivent les ordres du gouvernement sans se poser de questions, ils ont tous les droits pour mener à bien leurs missions, mais ont une seule règle : laisser une dernière volonté à leurs victimes.

 

La nuit, un homme en imperméable brun, col relevé, chapeau sur la tête s’engouffre dans une rue sombre. Et tandis des bruits de grincement se font entendre, il s’enfonce au cœur de la ville.

 

Je suis Rigel, Hunter d’Alexandria et ces grincements, c’est la cité qui rappelle son existence ! 

 

Le chasseur continue son avancée avant de s’arrêter devant une maison tombant en ruine. Un nouveau grincement sourd, Rigel lève la tête et prend le temps de regarder les immenses immeubles centraux, visibles de toute part de la cité. Il reprend sa mission, vérifie que la porte n’est pas piégée puis l’ouvre en douceur, sans un bruit. Il entre furtivement…

À l’intérieur, il remarque une table en bois, même pas débarrassée, et des chaises bancales. Il avance dans l’ombre jusqu’à une autre porte, écoute attentivement : pas un bruit. Il vérifie cette seconde porte avant de l’entrouvrir. Il se fraye un passage et atteint une nouvelle pièce, une chambre… La seule chambre de la maison. Rigel remarque deux lits, dans celui de gauche, une jeune fille, et dans celui de droite, un homme. Tous les deux dorment profondément malgré le fait qu’Alexandria se fasse entendre encore et toujours.

Le Hunter s’approche du pied du lit de l’homme, sort un pistolet avec silencieux puis prend la parole.

 

— Professeur Cromwell ?

 

L’homme se réveille doucement, prend ses lunettes posées sur la table basse, ou plutôt ce qu’il en reste, et les met sur son nez. Il fixe l’homme, sereinement.

 

— Alors, vous voilà enfin…

 

Il donne un coup d’œil vers la jeune fille avant de reprendre.

 

— J’ai une dernière volonté… Laissez ma fille en vie !

 

— Il en sera ainsi !

 

Rigel lui tire une balle dans la tête, au milieu du front. Il quitte la pièce sans un mot, sans un bruit. Mais, au moment de sortir de la demeure, il remarque une esquisse de la cité sur la table… Il s’arrête et prend le temps de le regarder. Il le prend dans sa main et remarque un détail troublant, lui qui pensait qu’il s’agissait d’un simple dessin. Alexandria n’est pas représentée volante, mais ancrée à la Terre par six chaînes géantes.

Troublé, le chasseur donne un coup d’œil aux documents sur la table. Soudain, un cri, l’enfant s’est réveillée et vient de découvrir le cadavre de son père. Sans réfléchir, l’homme attrape les documents et s’enfuit.

 

Il quitte le secteur avant de prendre contact avec ses supérieurs. Une fois son rapport fait, il rentre chez lui, dans une des tours d’Alexandria, et, tout en écoutant les cris de la cité, il feuillette les documents volés, un rapport sur la dégradation de la cité.

 

Ma cité tombe en ruine… Et pas qu’en ruine ! Si on suit ce rapport, Alexandria lance des cris d’alarme et si nous ne faisons rien, elle s’écroulera sur Terre… Si tout cela est vrai, pourquoi m’a-t-on ordonné de tuer le professeur ? Pourquoi ces documents si tout cela est faux ?... Qu’est-ce que tout cela veut dire ?!

 

Rigel attrape son téléphone, cherche un numéro précis et appelle. Une femme décroche à l’autre bout du fil. Et pendant qu’il regarde l’horizon, le jour se lever, il lui explique sa nuit, sa mission, le professeur Cromwell, les documents trouvés et ses doutes. Elle le réconforte et lui propose de se voir dans la matinée. Ils conviennent d’un lieu et d’une heure.

Et avant de raccrocher, elle lui immisce l’idée de surveiller l’enfant de Cromwell. Même s’il ne l’a pas tué, cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas une cible potentielle des Hunters. Épuisé, il souhaite un peu de repos, juste dormir une heure ou deux ; son interlocutrice prend la décision de gérer la jeune fille. Il accepte et raccroche.

Il rejoint sa chambre et s’effondre sur le lit. Il tombe dans les bras de Morphée, au rythme des grincements sourds d’Alexandria.

 

*****

 

À peine le combiné raccroché, Claire part prendre une douche rapide, elle s’habille et quitte son appartement. À sa sortie de l’immeuble, la jeune femme prend le temps de regarder sa cité agonisante… Puis elle se reconcentre sur sa mission : une adolescente l’attend !

Elle s’engouffre dans les rues avant d’atteindre une maison tombant en ruine. Devant, la police est là, un meurtre a eu lieu. Elle regarde tout autour d’elle et remarque un homme en uniforme qui parle avec une jeune fille en chemise de nuit ensanglantée. Elle s’approche du duo, interpelle l’agent et lui montre un insigne. L’homme balbutie des excuses et la laisse avec l’adolescente. Claire entame la conversation sans attendre.

 

— Melle Cromwell ?

 

La jeune fille la fixe sans un mot, des larmes perlent sur ses joues.

 

— Je m’appelle Claire Chrisford et on m’envoie vous aider ! Si vous voulez vivre, vous devez me suivre !

 

L’adolescente la fixe encore quelques secondes, hoquette puis baisse la tête. Elle s’essuie les yeux avant de regarder à nouveau Claire, droit dans les yeux, avec un aplomb soudain.

 

— Pourquoi je devrais vous croire ?! Vous travaillez pour le gouvernement ! Pour ceux qui ont tué mon père !

 

— Vous vous trompez ! Je sais sur quoi votre père travaillait… Pour quoi il s’est fait tuer ! Je viens vous aider !

 

Claire lui tend la main.

 

— Dépêchons-nous de partir, Melle Cromwell !

 

La jeune fille hésite, réfléchit puis remarquant l’arrivée d’hommes en costard et lunettes de soleil, prend la main de l’inconnue. Elles quittent immédiatement les lieux. L’adolescente suit avec difficulté la femme qui marche rapidement, elle l’emmène dans une zone bondée de monde. Elles s’arrêtent près d’un café, Claire lâche sa main et la regarde, sereinement.

 

— Nous devrions être en sécurité ! Melle Cromwell, avez-vous soif ? Faim ?

 

— Sasha…

 

Claire la regarde avec interrogation.

 

— Je m’appelle Sasha… Et… Oui, j’ai un peu faim…

 

— Bien, dans ce cas, allons nous restaurer avant l’arrivée de mon ami !

 

— Ami ?!

 

— Oui, l’homme qui m’a prévenu de vos soucis ! Il nous rejoindra un peu plus tard et nous pourrons décider de la suite des évènements !

 

Elle ôte sa veste, la pose sur les épaules de la petite et lui fait signe d’entrer dans le café, l’adolescente accepte et entre, suivi de Claire. Elles s’assoient à la table le plus au fond, la jeune femme appelle la serveuse et passe commande.

 

*****

 

Rigel est réveillé par un grincement plus fort que d’habitude, un cri d’agonie plus violent de la part d’Alexandria. Machinalement, il s’assoit et fixe l’horizon, le jour est levé et le soleil illumine la cité. Il quitte son lit, allume la machine à expresso et part prendre une douche rapide. À peine sorti de la salle de bain, il retourne à sa cuisine et se sert un café qui boit d’une traite.

Il est attendu et n’a pas de temps à perdre. Il prend le dossier récupéré la veille, quitte son appartement et part en direction du centre-ville. Il arrive devant un café, entre et regarde tout autour de lui, une femme lui fait signe. Il la rejoint au fond de la salle et remarque la jeune fille, assise en face de Claire, en train de dévorer des viennoiseries. Il s’assoit à côté d’elle, lui bloquant tout passage. Sans faire plus attention à l’adolescente, il s’adresse à Claire.

 

— Tu es arrivée à temps… Bien…

 

— Il fallait bien ! Tu as les documents ?

 

Il lui montre le dossier sans un mot, le pose juste devant la jeune femme. Elle l’ouvre et le feuillette, s’arrêtant à chaque conclusion, chaque schéma. Elle le ferme et le repousse vers l’homme.

 

— C’est impressionnant ! Tout est détaillé, la cause, le résultat et comment tout stopper… Il avait tout prévu !

 

Elle se tourne vers Sasha avec un petit sourire.

 

— Ton père était un génie ! Grâce à tout ça, nous allons sauver notre cité…

 

— Un génie ?! Il est mort à cause de ça !

 

Elle tapote du doigt, avec ardeur, le dossier. Les larmes lui viennent, mais ne coulent. Les yeux rouges, elle regarde les deux adultes avec rage. Claire pose sa main sur la sienne pour la calmer tandis que le chasseur baisse les yeux, honteux. Le silence s’installe avant que Rigel relève la tête et reprenne la parole.

 

— Le passé est le passé, nous ne pouvons revenir en arrière ! Mais… Nous pouvons continuer les travaux de ton père !

 

Le silence s’installe à nouveau et ne quitte pas la table pour le reste de la réunion. Ils quittent le café, décident des suites : Rigel doit aller faire son rapport, il cherchera des informations sur le professeur et l’origine du contrat sur sa tête tandis que Claire va mettre à l’abri Sasha et lire plus en détail le dossier. Ils se séparent sur les râles d’Alexandria.

Et, pendant que le Hunter s’éloigne, Claire invite l’adolescente à la suivre. Elles partent faire les boutiques, Sasha ne peut pas rester en chemise de nuit…

 

*****

 

Rigel arrive à la grande tour, mais avant d’entrer, il prend le temps de regarder sa cité mourante. Il passe la porte et s’arrête au portique de sécurité. Il sort tous les objets métalliques en sa possession et les déposes dans un bac en plastique, il lève les bras et laisse les agents de sécurité vérifier qu’il ne porte ni arme ni bombe. Puis, le chasseur récupère ses affaires et passe à la phase deux de la zone de sécurité, il appuie sa main sur un détecteur d’empreintes et passe par le détecteur rétinien. La porte métallique s’ouvre sans un bruit. Rigel entre dans un long couloir.

Il le traverse, passe devant diverses pièces, des bureaux, des laboratoires…, avant d’arriver à la porte du fond. Il marque un temps d’arrêt, prend le temps de donner un coup d’œil aux deux gardes, les salue puis entre. La pièce est immense et sombre, un halo lumineux se trouve au centre et au fond, se trouve une longue tribune tenant sur toute la largeur de la pièce. Dix hommes y sont assis et semblent attendre Rigel qui s’installe dans le halo central. Il fait son rapport, explique l’intégralité de sa mission, mais omet certains détails : le dossier et Sasha.

 

Après plusieurs minutes, il quitte la pièce et passe par la zone où travaillait le professeur Cromwell. Il souhaite en apprendre plus sur cet homme qu’il a tué, en interrogeant ses anciens collègues. Il rencontre le plus proche collaborateur du professeur et décide de lui poser quelques questions.

 

— Vous le connaissiez bien ?

 

— Vous rigolez !? On était ami ! Dès qu’on le pouvait, on se voyait en dehors d’ici ! C’était un chic type, toujours prêt à aider les autres…

 

— Et vous… Vous travailliez sur quoi ? Si ce n’est pas indiscret !

 

— Rien de bien génial ! Nous travaillons sur un nouveau système de ventilation ! L’actuel commence à être vétuste et consomme une grande quantité d’énergie ! Nous sommes sur le point d’en créer un nouveau beaucoup plus puissant, mais plus économique ! Une révolution, je vous le garantis !

 

— Une avancée considérable en effet… Et rien de plus ?

 

— … Que voulez-vous dire ?

 

— J’ai trouvé un document chez le professeur Cromwell sur un nouveau système de lévitation pour les cités… Ça ne vous dit rien ?

 

— Attendez, je réfléchis… Non, absolument rien ! Mais, vous savez, Cromwell aimait inventer ! Alors c’est possible qu’il ait réfléchi à tout ça en dehors du boulot !

 

— Donc ce n’est pas un projet en cours…

 

— Ah ça non, j’en ai jamais entendu parler !... Vous avez d’autres questions ?

 

— Euh, oui ! Une dernière ! Le professeur avait-il de la famille qui pourrait accueillir sa fille ?

 

— Sa fille ? Mais Cromwell n’a pas de fille ! Il n’a jamais eu d’enfant !

 

— Vous êtes sûr ?! Pourtant, il y avait une jeune fille chez lui ! Il a même demandé qu’elle ne soit pas tuée…

 

— Impossible ! Il n’a jamais eu de famille ! Il est même orphelin ! Jamais marié, jamais père ! Cette petite n’est pas de son sang… Et il ne m’a jamais dit qu’il avait adopté… Et ça, c’est impossible qu’il ne m’en ait jamais parlé ! On savait tout l’un de l’autre !

 

— Je ne comprends pas… Qui est donc cette petite dans ce cas ?!

 

— Aucune idée, mais une chose est sûre : elle n’est pas sa fille !

 

Un homme entre dans le labo, l’ami de Cromwell coupe alors court à la conversation. Mais avant de quitter Rigel, il lui pose une dernière question.

 

— J’ai oublié de vous demander : comment se nomme la petite ?

 

— Sasha… Sasha Cromwell.

 

— Sasha ? C’est amusant…

 

— Amusant ? Pourquoi ?

 

— C’est le diminutif d’Alexandre en russe ! Alexandre, Alexandria…

 

Il sourit et retourne travailler, laissant le chasseur avec davantage de questions. Après un moment de doute et de questionnement, Rigel quitte la tour centrale pour rejoindre Claire.

 

Alexandria se meurt… Le professeur Cromwell est mort… Je l’ai tué, lui qui voulait sauver notre cité… Sa fille, Sasha, n’est connue de personne… Qu’est-ce que c’est que ce foutoir ?!...

 

*****

 

Un immeuble abandonné, servant de squat pour les plus démunis. Rigel rejoint Claire et Sasha dans un des appartements, ou plutôt les restes d’un logement. Le quartier lui rappelle que les inégalités existent toujours malgré une volonté de rendre égaux tous les habitants d’Alexandria…

Il frappe à la porte, deux coups, une pause, un coup, une pause et pour finir quatre coups. La porte s’entrouvre, laissant apparaître la moitié du visage de Claire. Elle recule, ouvre complètement pour laisser passer le chasseur. À peine à l’intérieur, elle referme la porte à clef. L’homme la regarde puis lui fait signe de le suivre, ils doivent parler. Ils rejoignent l’adolescente dans un semblant de cuisine. Rigel s’approche d’elle, lui attrape l’épaule et la pousse contre le mur où il la bloque.

 

— Qui es-tu ?

 

— Sasha… Sasha Cromwell…

 

— Faux ! Il n’a jamais eu de fille ! Et il n’a jamais adopté d’enfant ! Qui es-tu ?

 

La jeune fille, les yeux humides, semble apeurée puis, soudain, elle ferme les yeux, prend une inspiration puis, lorsqu’elle ouvre à nouveau les yeux, elle fixe l’homme, le regard sûr et empli de sérénité.

 

— Sasha ! Le professeur m’a recueilli la veille de sa mort… Il m’a trouvé évanouie près de chez lui !

 

— Évanouie ? Qui es-tu ?

 

— Je vous l’ai déjà dit ! Sasha, j’ai été trouvée par le professeur Cromwell qui m’a recueillie, soignée, nourrie et légué sa mission : sauver notre cité.

 

Rigel se tourne vers Claire, un regard plein de questions. Elle lui fait signe de lâcher la petite. Il s’exécute, Sasha s’éloigne au cas où et se rapproche de Claire, son alliée. Le chasseur soupire, les choses se compliquent : sauver Alexandria avec une parfaite inconnue… Lui qui aime les choses réglées au millimètre près est servi !

La jeune femme le rappelle à l’ordre, ils doivent parler des actions à venir. Durant son absence, elle a lu en détail le rapport du professeur et le temps est venu de mettre en place un plan de sauvetage. Ils s’installent du côté des restes du salon. Claire et Sasha sur un divan en piteux état et le Hunter sur une chaise en face ; au centre, sur la table mitée, se trouve le dossier étalé. Et, pendant qu’ils s’expliquent, un grondement puissant se fait entendre, la terre se met à trembler. Par instinct, Rigel attrape ses alliées pour les protéger.

Le tremblement de terre dure quelques minutes, certains bâtiments s’écroulent tandis que les habitants d’Alexandria, affolés, sortent dans les rues. Personne ne comprend la situation, cela n’était jamais arrivé avant.

 

Une fois sûr qu’ils sont en sécurité, l’homme relâche son étreinte et reprend sa place dans la pièce. Le silence dure le temps de vérifier tout et de comprendre ce qu’il vient de se passer. Puis, la peur et les questions disparues, ils reprennent leur conversation. Le temps presse, le sauvetage doit avoir lieu rapidement.

Rigel apprend par Claire qu’il existe une clef de démarrage du système d’ancrage, il semble qu’elle se trouve dans le laboratoire et Sasha sait où et comment la récupérer. Il faudra donc partir pour la tour principale, récupérer la clef puis se diriger au cœur de la cité pour démarrer le système. Une fois la clef utilisée, il faudra entrer le mot de passe correspondant à une énigme « Roi conquérant, frère de Cléopâtre ». Dès lors le système de sauvetage se mettra en marche et la cité sera en sécurité, comme ses habitants. Le plus délicat sera de s’infiltrer avec l’adolescente.

Ils passeront à l’action dès ce soir. Ils espèrent juste qu’Alexandria résistera assez longtemps. En attendant, ils préparent tout puis prennent du repos, la nuit sera courte et la moindre erreur entraînera la mort.

 

*****

 

Leur repos est fini dans le bruit et le fracas, un nouveau tremblement a eu lieu et un secteur de la cité a vu disparaître, dans un énorme nuage de poussière, tous ses bâtiments. Alexandria est à bout de souffle, et ses râles d’agonie sont de plus en plus puissants et fréquents. Il est temps d’agir.

 

Tandis que Claire part pour le cœur, Rigel et Sasha se dirigent vers la grande tour. Ils passent sans difficulté le portique de sécurité et atteignent rapidement le laboratoire. Le chasseur reste au niveau de l’entrée pour guetter l’arrivée d’éventuels gardes pendant que l’adolescente atteint le bureau du professeur. Elle s’assoit, passe, délicatement, la main droite sur le dessus du meuble. Rigel la regarde faire, elle semble si sereine. Puis la jeune fille ouvre le tiroir supérieur, glisse sa main au fond ; un « click » se fait entendre dans la pièce. Une trappe s’ouvre dans la tablette et, en son cœur, laisse entrevoir une pièce métallique en forme de losange. Sasha soulève la petite protection en plexiglas et récupère l’objet.

Elle se lève et fait quelques pas avant de s’arrêter. En face d’elle, le Hunter la tient en joue.

 

— Bien… Maintenant, tu vas me donner cette clef !

 

Sasha bouge la tête en signe de refus. Elle recule jusqu’au bureau.

 

— Ne sois pas bête ! Donne-la-moi ! Je n’te ferai rien si tu me la donnes… Promis !

 

— Pourquoi ? Pourquoi vous faites ça ?

 

Rigel ne dit rien, se gratte l’arrière de la tête puis répond enfin.

 

— C’est mon boulot. Ma mission…

 

— Votre mission ?! Empêcher la mort d’Alexandria ?! Votre mission !

 

— Non… Ma mission, trouver les travaux secrets de Cromwell…

 

— Et… Claire ? Elle est aussi contre moi ?!

 

— Claire ?! C’est pour elle que je fais ça ! Si ma mission n’est pas une réussite, elle se fera tuer !

 

— Mais c’est n’importe quoi ! Si on n’arrête pas la destruction de notre cité, elle mourra quand même !

 

Rigel se gratte à nouveau l’arrière de la tête.

 

— Et si la cité survit, elle mourra… Je préfère qu’on meure tous les deux que de la voir mourir sous mes yeux…

 

Il fixe Sasha puis secoue la main tenant le pistolet.

 

— Allez, gamine ! La clef et vite ! M’oblige pas à tirer… Je veux pas te faire mal !

 

— Non ! Je dois sauver Alexandria !

 

Le chasseur la regarde, l’air embêté, il baisse la tête et légèrement le bras pointant la fille. Puis il hausse les épaules.

 

— Tant pis !

 

Il relève la tête et le bras puis tire. La balle touche le bras de Sasha qui hurle de douleur.

 

— Barre-toi et vite ! La prochaine sera en plein cœur !

 

Elle tient son bras ensanglanté, regarde l’homme avant de prendre ses jambes à son cou. Au milieu du couloir, elle entend un second coup de feu puis plus rien. Les agents de sécurité arrivent sur les lieux. Ils s’approchent de la petite qui, en pleurs, leur explique que le Hunter a perdu la tête. Elle leur indique du doigt, le laboratoire. Et, tandis qu’un des agents l’emmène en sécurité, les autres vont jusqu’au labo. L’adolescente reçoit des soins rapides, elle entend les sirènes de la police s’approcher.

Soudain, la terre gronde et la tour se met à trembler. Sasha profite de l’inattention de l’agent pour fuir. À peine sortie de la tour, elle court en direction du cœur de la cité, en espérant que sa dernière alliée ne la trahira pas. Et pendant qu’elle s’éloigne, la tour s’effondre comme du carton…

 

*****

 

Le cœur de la cité, Claire a réussi à atteindre le secteur sans encombre. Il ne lui reste plus qu’à se diriger vers l’ascenseur lorsque ses deux alliés arriveront. Elle a déjà libéré le chemin et plus aucun garde ne les gênera, ils sont tous évanouis, attachés et bâillonnés.

La jeune femme reste aux aguets puis, au loin, elle remarque une silhouette. Elle se terre jusqu’à reconnaître Sasha. L’adolescente est seule, Claire sent son cœur battre plus fort. Elle comprend très vite qu’il est arrivé quelque chose à Rigel. Sasha, en arrivant à son niveau, baisse les yeux. Claire pose sa main droite sur son épaule.

 

— Allons-y ! Nous devons sauver notre ville !

 

L’adolescente relève la tête, des larmes au coin des yeux.

 

— Mais… Mais…

 

— Après… Tu m’expliqueras après !

 

Elle lui fait signe de la suivre. Elles montent dans l’ascenseur. Claire appuie sur le bouton et le duo débute sa descente. Le trajet paraît durer une éternité puis, soudain, l’ascenseur ralentit avant de s’arrêter. Les deux femmes le quittent et se dirigent vers le cœur. Personne ne les y attend.

Elles atteignent leur objectif très facilement, trop facilement. Devant la console de contrôle, Claire, toujours sur ses gardes, laisse Sasha gérer le reste. L’adolescente insère la clef, une voix retentit par les haut-parleurs.

 

« Qui suis-je ? Moi, le Roi conquérant, frère de Cléopâtre, quel est mon nom ? »

 

La jeune fille donne un coup d’œil vers Claire. Cette dernière lui fait signe qu’elle n’a aucune idée de la réponse. Sasha ferme les yeux et cherche dans ses souvenirs, son père lui parlait beaucoup de la cité. Il aimait aussi l’histoire et lui a appris beaucoup. Elle réfléchit…

 

Cléopâtre, la reine d’Égypte, avait bien des frères, mais aucun n’était un conquérant ! Je dois fouiller plus dans ma mémoire… Qui es-tu Roi conquérant ?...

 

Soudain, comme par magie, la réponse lui revient. Elle ouvre les yeux et tape sur le clavier. Claire regarde par-dessus son épaule, perplexe : A-L-E-X-A-N-D-R-E. Sasha se tourne vers elle, fière.

 

— Sa sœur s’appelait Cléopâtre de Macédoine !

 

Elle appuie sur le bouton « entrée », le silence s’installe pendant quelques secondes. Le stress monte, et si elle s’était trompée ? Mais le doute prend fin quand la voix se fait à nouveau entendre.

 

« Moi, Alexandre le Grand vous ouvre les portes du pouvoir. »

 

Le sas donnant accès au cœur de la cité s’ouvre. Les deux acolytes commencent à avancer quand un nouveau tremblement de terre surgit. À ce niveau de la cité, il paraît plus violent qu’en surface. Une plaque se détache du plafond et tombe sur Claire. Cette dernière se retrouve au sol, la jambe bloquée. Sasha se met à son niveau et essaye de soulever la plaque, mais en vain, elle est trop lourde pour elle.

Claire se résout et lui fait signe d’y aller seule. Le temps presse, des millions de personnes risquent de mourir. L’adolescente, malgré beaucoup de réticences, accepte de la laisser là. Elle lui fait la promesse de revenir l’aider lorsque tout sera terminé. Elles se sourient et Sasha passe, seule, le sas.

 

À l’intérieur, la jeune fille avance dans le dernier couloir qui la sépare du cœur. Plus ses pas la rapprochent, plus elle ressent un trouble. Et, lorsqu’elle atteint enfin sa destination, elle ressent un malaise. Sa tête lui fait souffrir, les souvenirs affluent…

 

De son côté, Claire a réussi à se dégager, mais sa jambe la fait atrocement souffrir. Après inspection, elle en conclut qu’elle est cassée. Elle ne pourra pas rejoindre la petite. Elle devra se débrouiller seule, la jeune femme s’en inquiète. N’est-ce pas trop demandé à une jeune adolescente sans histoire ?

Sa question trouve une réponse inattendue. La voix de Sasha résonne dans les haut-parleurs.

 

« Ne vous inquiétez pas Claire ! Tout était prévu ! Mon père… Ou plutôt l’homme qui m’a élevé… Qui m’a créé savait comment tout allait se finir ! »

 

Elle marque une pause avant de reprendre.

 

« Je suis Sasha ou plutôt Alexandria, le cœur de la cité ! Pour stopper tout, je n’ai qu’une chose à faire : retourner là où je dois être ! Je retrouve enfin ma maison… »

 

Plus rien, le silence s’installe. Claire ne comprend rien, elle se pose finalement plus de questions. Soudain, la salle tremble, mais il ne s’agit pas d’un banal tremblement, il est doux, léger. La jeune femme le ressent même dans son corps. Il y a quelque chose de bénéfique.

Et, alors que Claire reste coite face à la situation, un groupe de soldats entre dans la pièce. L’un d’entre eux la rejoint, l’examine et demande qu’on l’évacue. Elle refuse, elle veut rester là et savoir si Sasha va bien, mais on ne lui laisse pas le choix. Elle est obligée de quitter les lieux tandis que les soldats continuent leur chemin.

 

*****

 

Les jours ont passé, la ville a retrouvé son calme. On n’a ressenti aucun tremblement de terre depuis l’incident. Claire n’a plus eu de nouvelles de la petite Sasha. Ne pouvant avoir accès aux rapports de ce jour-là, elle ne sait pas ce que les soldats ont trouvé là-bas. Mais une chose est sûre : quelque chose a changé… L’air est devenu pur et les règles ont changé au cœur de la cité…


💬 Commentaires 1

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Seb_Astien • 1 mois, 3 semaines
Chouette nouvelle avec de beaux rebondissements. Peut être un peu trop simple ou expédiée par moment (format court oblige), mais c'est une belle base qui mériterait d'être plus développée :)
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