Nuit de Peine
Cette nuit encore, j’erre dans la ville… Certains pourraient penser que je suis insomniaque, mais ce n’est pas ça ! Bien au contraire, je préférerais être dans mon lit, dans les bras de morphée ! Mais depuis ce jour, je n’ose même plus fermer les yeux ! Même à peine quelques secondes !
Si je le faisais, je revivrais ce jour et cela, je ne le veux pas ! Non, surtout pas… Mon cœur ne le supporterait pas, pas une fois de plus ! Rien que d’y penser, mon corps en tremble… J’ai des sueurs froides, j’ai froid, ma respiration est saccadée… J’angoisse ! Je dois me calmer !
« Respire, respire ! Inspire, expire ! Continue comme ça ! »
Rien n’y fait, mais pourquoi a-t-il fallu que j’y pense ? Me voilà bien ! Seule, au beau milieu de la nuit, en pleine rue, en train d’avoir une crise d’angoisse… Et personne pour m’aider, me rassurer… Ma famille, mes amis me verraient, ils en rigoleraient ! Je les entends déjà : « Une personne si sûre, si forte comme toi, trembler comme une feuille ?! Impossible ! »
Et pourtant… Je suis là, au bord des larmes, à me demander si je n’agonise pas ! Une vraie poule mouillée… Quelle honte ! Je ne vaux rien aujourd’hui… Je suis très loin de l’être exceptionnel dont on parle, qu’on espère que je sois ! Bien au contraire, aujourd’hui, je ne suis qu’une femme apeurée, effrayée par le passé, par le présent… Ne me parlez même plus d’avenir ! Le futur sera sans moi, je suis trop faible aujourd’hui pour y penser, pour en rêver, pour l’espérer…
Il ne me reste que peu de temps, je le sais bien ! Et ce temps me servira, oui, bien sûr, mais ni pour moi ni pour mes proches… Je sauverai une nouvelle fois ce monde, en silence, anonymement… Comme toujours, comme à chaque fois ! Sauf que cette fois sera la dernière, mon ultime sauvetage, mon ultime combat… Ma vie prendra fin comme elle a débuté, au front, au combat.
Mais en attendant, je dois me reconcentrer. Je dois retrouver ma confiance d’antan, suffisamment de force, d’énergie pour les affronter, les arrêter ! L’humanité ne se relèvera pas si je les laisse agir ! Mais, y arriverai-je ? Serai-je capable de les stopper, moi qui n’ai même pas pu empêcher cette attaque ? Comment pourrai-je prétendre à une réussite lorsque je te regarde couché dans ce lit, inconscient, à l’article de la mort ?!
Je continue ma marche, mon errance à travers les rues de cette ville qui m’a vu grandir… Mes pas me portent, comme toujours, là-bas ! Perdue dans mes pensées, je n’ai même pas remarqué le chemin que je prenais… Et me voilà ici ! En ce lieu empli d’histoire, de passé et de tristesse ! Cet endroit qui aurait dû devenir un passé joyeux est devenu une ruine, un futur blessé !
Quelle ironie ! Comment aurais-je pu savoir que je n’avais pas le droit au bonheur ?! Ce bonheur que j’ai déjà offert à des dizaines, des milliers de personnes… J’espérais tellement y avoir droit à mon tour ! Mais, lorsqu’on fait partie de ce monde-là, tout ce qui peut nous apporter de la joie nous est interdit… On ne peut prétendre aux choses de la vie. Il faut bien avouer que j’envie, dans ces moments-là, les humains… Pouvoir apprécier les petits plaisirs de la vie sans répercussion, sans devoir subir une atroce souffrance en retour, une contrepartie digne d’un pacte avec le diable lui-même ! Le diable… Cet enfoiré !
Lorsque mes yeux se posent sur ce qu’il reste du bâtiment, la colère se mêle à la peur. Les souvenirs de ce jour-là affluent, les larmes me viennent lorsque le film de cette journée défile, m’empêchant de penser… J’aurais dû être plus prudente, ne pas laisser mes sentiments pour toi passer avant tout et rester concentrée, faire attention à tout, aux moindres détails ! J’aurais dû rester attentive non pas à toi, mais aux choses qui nous entouraient !
Emportée par mes regrets, me voilà au milieu des décombres… Là où se trouvait l’autel, là où la première victime est tombée, là où son torse s’est détaché de ses jambes ? Et où notre vie a changé à jamais…
Je me souviens exactement de ce moment, quand le visage de notre agresseur est apparu à travers le torrent de sang. Cet instant où j’ai compris que nous n’en sortirions pas indemnes !
Dès que je l’ai reconnu, mon sang n’a fait qu’un tour ! Je t’ai regardé et j’ai su… Je ne sais ce qui m’a alors le plus fait souffrir : te voir éjecter de mes côtés comme un fétu de paille ou sa main transperçant mon cœur… Je me rappelle sentir mes jambes se dérober sous mon poids, m’écrouler avec la poitrine en feu. Il aurait pu s’arrêter là, mais il fallait qu’il s’acharne sur nous ! À croire que notre bonheur lui était insupportable ! Lorsqu’il planta son sabre dans ma paume droite, m’empêchant de me relever, et me cassa en plusieurs endroits le bras gauche, je sus que je n’étais pas sa cible principale… J’étais là et je ne pouvais rien faire, je ne pouvais que regarder et espérer… Quand il t’a brisé les côtés, j’ai eu un sursaut ! Je voulais me dégager et te sauver ! Mais rien n’y pouvait… J’étais coincée… Je ne sais plus ce qui fut le pire : ton crâne ouvert, ton regard vide ou ton sang se déversant sur le sol de l’église ?
La seule chose dont je sois sûre et mon envie, à ce moment-là, d’intervenir et ma rage folle. Mais, tu vois, j’ai vu la peur s’immiscer dans son regard lorsque ma colère m’a permis de me dégager ! Même s’il continuait de sourire, il s’est enfui quand je me suis avancée vers vous ! Je ne sais pas ce qu’il t’aurait fait si je n’étais pas intervenue au final… Peut-être serais-tu mort…
Je n’ose y penser ! Mon bien-aimé, toi qui a réussi à survivre à son acharnement, sache que, même si je n’arrive plus à dormir depuis ce jour, ma haine pour cet homme, ce monstre ne fait que grandir ! Je te le promets, je te vengerai ! Je le tuerai !
Je ressens une présence dans mon dos, une aura maléfique… Son aura si reconnaissable…
— Marcus…
— Terminons ce qui a été commencé, ma chère Akira !
💬 Commentaires 4
Côté forme c'est globalement bien maîtrisé en dehors de "mais" et de "mêmes" un poil trop fréquents ;)