chapitre 24 Le retour du prince
Au matin, Soren Blackwell se réveilla le premier sous les voûtes de la cachette secrète, baignée par les lueurs grises de l'aube. Il resta immobile un instant, contemplant les traits apaisés d'Iris qui dormait encore à ses côtés, avant de se pencher pour lui déposer un baiser d'une infinie tendresse sur le front.
Une heure plus tard, le capitaine Varel pénétra dans la pièce, suivi du groupe des vingt ombres de la veille. Les visages étaient graves, tendus par l'imminence de l'échéance. Alors que Soren achevait d'ajuster ses sangles de cuir, Varel s'avança, une pointe d'inquiétude dans la voix :
— Es-tu sûr et certain de ton coup, gamin ? Entrer de front par la grande porte des apparats... C'est aujourd'hui la cérémonie officielle pour formaliser le couronnement de la reine. Tout le peuple sera massé dans la grande salle, et les gardes de tout le château seront en poste. Le moindre faux pas et c'est un piège mortel.
Soren se retourna, ses yeux d'acier brillant d'une froide assurance.
— C’est précisément pour cela que c’est le moment parfait, Varel. C’est devant le peuple entier et devant les nobles que je vais la dénoncer publiquement. Elle devra répondre d'usurpation, de séquestration, de tentative d'assassinat, d'assassinat, de chantage et d'oppression. Fais en sorte que le garde posté aux portes officielles annonce mon entrée de manière solennelle. Ne manque pas ce détail.
Varel esquissa un sourire farouche, frappant le plastron du prince.
— Ne t'inquiète pas pour ça, mon roi. Mes hommes sont infiltrés à ces postes stratégiques. Ils savent exactement quoi faire.
En fin d'avant-midi, le silence se fit dans la pièce alors que le capitaine et les hommes s'éclipsaient pour prendre leurs positions. Soren s'approcha du vieux coffre de bois cerclé de fer qui avait appartenu au roi Ivar. D’une main ferme, il en brisa le sceau et souleva le lourd couvercle de chêne pour y découvrir la tenue officielle que son père lui avait secrètement préparée. C’était une armure de parade sobre, noire et argentée, portant discrètement les lignes de sa lignée. Soren commença à l'enfiler, ajustant les plaques sur son torse.
Un bruissement de draps attira son attention. Iris s'était levée du lit. Encore un peu pâle mais portée par une force nouvelle, elle s'avança doucement vers lui à pas feutrés. Elle prit les pans de sa lourde cape de voyage, les ajustant tendrement sur ses larges épaules, avant de lever ses mains fines pour les poser contre sa joue. Ses yeux bleu nuit plongèrent dans les siens avec une admiration sans borne.
— Cette tenue te va à ravir, Soren, murmura-t-elle d'une voix douce et tremblante d'emotion. Je suis tellement fière de toi... Et je suis certaine que ton père, là où il se trouve, éprouve exactement la même fierté en te voyant debout.
Soren entoura sa taille de ses bras puissants, savourant la chaleur de son corps contre le sien, et lui répondit par un baiser tendre, profond, chargé de toutes leurs promesses. Ils furent interrompus par le panneau de pierre qui pivota brusquement. Le capitaine Varel apparut sur le seuil, le souffle court.
— C’est l’heure, Soren. La cérémonie officielle vient de commencer dans la grande salle du trône.
Soren et Varel quittèrent définitivement les souterrains oubliés, remontant les escaliers de service pour s'élancer d'un pas impérial à travers les grands couloirs du palais. Lorsqu'ils atteignirent les immenses doubles portes de chêne sculpté qui menaient à la salle du trône, les gardes officiels en poste se tendirent, les mains sur leurs lances. Mais en reconnaissant les traits d'acier et la carrure du prince héritier qu’ils croyaient mort, la terreur et le respect balayèrent leur obéissance.
Aucun d’eux n’osa lever son arme ni tenter de lui barrer la route. À la place, les deux sentinelles plaquèrent fermement une main sur leur cœur et s'inclinèrent profondément devant lui. L'un des gardes infiltrés poussa alors le lourd battant, s'avança d'un pas fier à l'intérieur de la nef et annonça d'une voix de tonnerre qui fit vibrer les verrières :
— Le prince Soren Blackwell de Gérico !
Un silence de mort s'abattit instantanément sur la foule des nobles et des citoyens massés dans la salle. Les murmures s'éteignirent d'un coup net. Au fond de la pièce, sur l'estrade royale, les régents de la couronne reculèrent d'un pas, blémissant sous leurs parures, tandis que la reine Ines se figea sur son siège, ses doigts se contractant sur les accoudoirs alors qu'elle serrait les dents de rage.
À peine Soren eut-il fait trois pas dans l'allée centrale que la garde rapprochée de la reine, une escouade de soldats corrompus qui encadraient la foule, dégaina ses lames et se jeta sur lui pour l'abattre. Le prince réagit à la vitesse de l'éclair. D'un mouvement fluide, il tira sa nouvelle épée tranchante. Il para les coups descendants, utilisa son pommeau pour briser les gardes, bloqua les estocades et se défendit avec une maîtrise martiale tellement prodigieuse que la reine en resta pétrifiée sur son trône.
En quelques instants, sans verser une seule goutte de sang et sans tuer un seul homme, Soren mit vingt soldats à terre, désarmés et gémissant sur les dalles. Ines se leva d'un bond, le visage déformé par la fureur.
— Qu'est-ce que tu fiches ici, misérable ?! hurla la reine, la voix stridente. Tu avais déserté ce royaume comme un lâche et je te croyais mort dans les montagnes de l'est !
Soren rengaina son arme d'un geste sec, laissant échapper un léger rire ironique qui résonna sous les voûtes.
— Si vous me croyiez réellement mort, mère... pourquoi avez-vous envoyé des vagues d'assassins de la Cour noire jusqu'à la frontière de Yué pour me couper la tête ? Avouez que c’est un comportement pour le moins étrange et intriguant pour une mère endeuillée.
— Je n'ai jamais envoyé le moindre tueur ! répliqua Ines, le regard fuyant vers l'assemblée. C'est un mensonge ! C'est l'un de mes conseillers qui a orchestré cette infamie pour acquérir le pouvoir et nous diviser !
Soren rit ouvertement face à sa réplique, faisant un pas de plus vers l'estrade, son regard d'acier ancré dans le sien.
— Je ne suis pas dupe, Ines ! Et le peuple ne l'est plus non plus. Je sais que vous avez tout orchestré depuis le début. Je sais que c’est vous qui avez empoisonné le roi Ivar de vos propres mains pour lui voler sa couronne, et que vous avez tenté de m'assassiner dans mon propre lit le soir avant mon départ ! J'ai des témoins directs dans vos casernes, et j'ai les preuves écrites de votre trahison !
Folle de rage et acculée devant la foule qui commençait à gronder, la reine fit un unique geste de la main, un signal convenu. Dans un fracas de tuiles, une troupe d'assassins de la Cour noire tomba directement du plafond suspendu, les dagues au clair, encerclant instantanément Soren et le capitaine Varel. Le prince n'attendit pas l'impact. Il sortit son épée tranchante et s'élança dans la mêlée.
Le combat fut d'une violence inouïe. Soren esquiva les lames, trancha les gardes de la reine et se battit comme un lion au milieu des étincelles. Un assassin réussit à tromper sa garde et lui entailla profondément le flanc, mais malgré la douleur cuisante et le sang qui commença à imbiber sa tunique, Soren resta droit, imperturbable, et abattit les tueurs les uns après les autres jusqu'à ce que le dernier d'entre eux s'effondre sans vie sur le marbre.
Le prince essuya sa lame d'un geste majestueux et s'avança dans l'allée centrale, montant les premières marches de l'estrade royale sous les yeux captivés du peuple. Il pointa son épée vers le ciel et déclara haut et fort, sa voix impérieuse couvrant le tumulte :
— Peuple de Gérico ! Je suis le prince Soren Blackwell, fils unique du roi Ivar ! Par cette légitimité de sang, je suis votre seul et unique souverain ! Cette femme n'est qu'une usurpatrice qui a assassiné son propre mari avec la complicité de conseillers corrompus que mes ombres ont purgés cette nuit ! Le règne de la Cour noire est terminé !
Lâchée par les nobles, abandonnée par ses gardes terrifiés et privée de son conseil, la reine Ines s'effondra à genoux sur le tapis pourpre, vaincue et brisée. Soren s'approcha d'elle, le visage de marbre, et lui attrapa fermement le bras pour la forcer à se relever afin qu'elle soit menée aux geôles. Mais à ce moment précis, profitant de sa proximité, la reine sortit un poignard dissimulé dans sa manche et le lui enfonça de toutes ses forces en plein ventre.
Soren accusa le coup de la douleur, ses yeux s'écarquillant sous le choc. il ne s'attendait pas a ce qu'elle ose agir contre lui en public. Varel laissa échapper un hurlement de rage qui déchira la salle :
— SOREN !!
Le capitaine se rua sur l'estrade avec la fureur d'un démon. D'un mouvement circulaire d'une puissance dévastatrice, il asséna un coup d'épée magistral à la reine, la tuant sur le coup. Ines s'effondra sans un cri. Varel projeta ses armes au sol et rattrapa Soren à bras-le-corps juste avant que le jeune prince ne s'écroule sur les dalles sacrées. Le régent de la couronne, paniqué devant le corps sanglant du prince, hurla vers les portes :
— Qu'on appelle un médecin ! Appelez les guérisseurs du palais, vite !
Mais la foule s'écarta brusquement. Joram arrivera en courant à travers l'allée centrale, sa sacoche de cuir à l'épaule. Il monta les marches quatre à quatre, repoussa les gardes et s'agenouilla immédiatement aux côtés de Soren pour lui prodiguer les premiers secours d'urgence, pressant ses linges sur la plaie béante du ventre.
Grâce à sa précision et à son calme olympien, Joram parcut à comprimer l'artère et à arrêter l'hémorragie qui menaçait la vie du prince. Heureusement, la lame de la reine avait glissé contre les plaques de l'armure paternelle et l'entaille n'était pas assez profonde pour être mortelle. Soren ne perdit pas connaissance.
Serrant les dents contre la douleur cuisante, he prit appui sur le bras de Varel et se redressa doucement, sa haute stature dominant à nouveau l'estrade royale, le visage pâle mais le regard plus flamboyant que jamais. Tous les yeux de la cour et du peuple étaient braqués sur lui, suspendus à son souffle. Le régent de la couronne s'avança alors, ramassa la couronne d'or qui avait roulé près du trône et la leva bien haut vers l'assemblée, déclarant d'une voix solennelle :
— Par les pouvoirs constitutionnels qui me sont conférés, et devant le sang versé de nos rois, je proclame le prince Soren Blackwell comme le nouveau et légitime roi de Gérico ! Vive le roi Soren !
Le peuple de Gérico, ivre de soulagement et de joie après des mois de tyrannie, explosa en une clameur monumentale qui fit trembler les murs du château :
— Gloire au roi Soren ! Gloire à notre roi !
Les cris se répétèrent trois fois, remplissant l'espace d'une ferveur patriotique retrouvée, avant que la foule entière, les ministres restants, les nobles et les soldats ne s'agenouillent en bloc et ne s'inclinent profondément devant lui, respectant la plus stricte tradition du royaume. Varel aida doucement Soren à franchir les dernières marches et l'installa sur le trône de fer de son père. Le régent s'approcha humblement et lui plaça la couronne d'or sur la tête avant de poser un genou à terre à son tour en signe de respect absolu. Le capitaine Varel et les cinquante alliés de la rébellion, alignés au bas de l'estrade, firent de même, scellant leur loyauté éternelle. Après quelques secondes de silence sacré, Soren leva sa main gauche valide.
— Levez-vous, mes frères, ordonna le nouveau roi de sa voix grave et vibrante. Je vous remercie pour votre confiance et pour votre loyauté indéfectible envers cette couronne. L'ombre est passée, le jour est venu.
Soren prit une lente inspiration, endurant la douleur de son pansement, et commença à prononcer son grand discours de refondation, fixant son peuple assemblé.
— Citoyens de Gérico, les souffrances de ces derniers mois s'arrêtent aujourd'hui. Je vous annonce les changements qui seront appliqués sans le moindre délai. Les taxes abusives décrétées par le conseil sont immédiatement diminuées de moitié, et un montant équitable sera rendu à chaque foyer pour vous aider à revenir dans le droit chemin de la prospérité. Les lois de ce royaume seront entièrement retravaillées pour protéger les opprimés. Un nouveau conseil d'État verrait le jour d'ici demain, composé d'hommes dignes de confiance, intègres et loyaux envers le peuple et la Couronne !
Soren marqua une passe, son regard se faisant plus doux.
— De plus, j'ordonne la construction immédiate d'un immense abri pour les sans-abris de la basse-ville, qui leur fournira du travail, des vêtements chauds et un logement décent. De nouvelles habitations seront construites pour vous accueillir, les loyers seront revus à la baisse pour être accessibles à tous, et le commerce transfrontalier avec le royaume de Yué est enfin officiellement autorisé ! La guerre que ma mère planifiait n'aura pas lieu. À la place, une alliance de paix durable sera signée entre nos deux couronnes. Tout ce que l'ancien régime a détruit sera revu et changé en conséquence pour le bien de Gérico.
À la fin de son discours, la salle officielle explosa dans un triomphe absolu, les acclamations et les pleurs de joie des citoyens couvrant le son des cloches qui commençaient à sonner à toute volée dans la ville délivrée.
Une fois que le peuple fut sorti et que le calme fut revenu dans la nef, Soren ne relâcha pas sa vigilance. Il fit immédiatement arrêter tous les soldats et les traîtres qui étaient restés aux ordres de la reine pour haute trahison. Épuisé, la tête lui tournant sous l'effet de sa blessure au ventre, il se tourna vers son capitaine.
— Varel... va chercher Iris et Joram dans les souterrains. Fais-les entrer discrètement par les appartements privés. Amène Iris dans ma chambre... Je garderai celle que j'avais avant mon départ, je refuse de mettre les pieds dans les quartiers de ma mère.
Une heure plus tard, après avoir été soigné plus confortablement par Joram, Soren était allongé dans son grand lit d'enfance, la pénombre de la fin de journée enveloppant la pièce royale. Les lourdes portes de chêne pivotèrent doucement. Varel introduisit Iris à l'intérieur des appartements. En voyant le prince héritier sain et sauf mais assoupi sur le matelas, le vieux capitaine prit congé d'un simple hochement de tête discret et referma le battant, laissant les deux amants seuls.
Au clic de la serrure, Soren ouvrit lentement les yeux. Sentant sa présence, il sourit et se redressa doucement sur ses coudes, luttant contre la raideur de son bandage au ventre. Iris lui offrit son plus beau, son plus radieux sourire, ses yeux étincelant d'amour. Elle s'approcha du lit à pas de loup, écarta les draps et monta hardiment en califourchon au-dessus de lui avant de l'embrasser avec une passion dévorante, scellant leur victoire et leur survie.
— Tu dois être tellement fatigué, mon roi... murmura-t-elle, sa voix n'étant plus qu'un souffle chaud alors qu'elle descendait ses baisers brûlants le long de sa mâchoire pour venir embrasser son cou.
Soren laissa échapper un long soupir de pur abandon, un frisson traversant ses larges épaules, et resserra ses bras puissants autour de sa taille pour coller son corps contre le sien, oubliant instantanément la douleur de sa blessure. Iris se pencha tout contre son oreille, ses cheveux roux effleurant ses joues, et lui chuchota d'un ton résolument audacieux et brûlant :
— Et si... tu me laissais m'occuper de toi ce soir ?
Soren sourit dans l'obscurité, abandonnant ses dernières défenses à la hardiesse de sa fiancée. La nuit souveraine enveloppa leur couche royale alors qu'Iris brisait les ultimes barrières de leur pudeur, l'entraînant dans un élan d'amour charnel, de tendresse infinie et d'absolu. Leurs corps et leurs âmes se mêlèrent sous les draps dans une union fiévreuse, sauvage et pure, célébrant la chute de l'usurpatrice et l'avènement de leur lignée. À la fin de leurs ébats passionnés, apaisés et délivrés de la guerre, le nouveau roi de Gérico s'endormit profondément, collé contre le cœur de sa reine, scellant le destin de leurs deux peuples au cœur de la nuit.
💬 Commentaires 0
Aucun commentaire pour le moment
Soyez le premier à partager vos impressions !