1
Ma femme s’est barrée ! Oui, comme ça, un matin, sans prévenir. Alors j’en vois, d’ici, qui se disent : le salaud, il l’a pas volé, bien fait pour lui ! Avec tout ce qu’il lui a fait subir à la pauvre Maryse.
Il y a de la méchante langue qui se régale de la misère d’un Lorenzo. Le désespoir Lorenzonesque n’émeut pas la gent féminine, bien au contraire. Elle se régale ! Et je le dis tout net : ce n’est pas bien ! Non, non. Ce n’est pas bien ! C’est une honte, honteuse !
Et c’est ainsi que ce matin fatidique, ce matin noir, ce matin qui aurait mérité d’être le soir ou mieux de ne pas être, elle est venue me tirer de mes rêveries innocentes :
— Lorenzo, je pars faire mon initiation théosophique !
— Tu vas te faire sauter par Biboutibouchon, ton mentor de mes deux ?
— NON ! Il faut toujours que tu ramènes tout à des considérations si dérisoires ! Tu es tellement décevant, mon pauvre ami ! Il n’y a pas que le sexe dans la vie…
Quand une femme te dis ça, c’est que c’est tout le contraire qu’il faut comprendre, qu’elle a le feu au...
— Tu vas te faire sauter par tous les basanés de ta secte ? Genre partouze multicolore quoi…
— NON ! C’est une initiation aux concepts les plus élevés du mental ! Mais tu ne peux pas comprendre… Avec ta conception bornée de la vie, ton cartésianisme réducteur, ta pensée scientifique aride sans la moindre place pour...
— Explique.
— Tu m’as détruite psychologiquement, existentiellement, karmiquement avec ton attitude nihiliste, ton doute permanent de tout, ton refus obstiné de te soumettre à la moindre règle. Tu es toxique et destructeur, tu pervertis tout… Avec toi le pur devient impur, le bon devient mauvais, l’honnête devient politicien, la femme digne se transforme en gourgandine assoiffée de... Non, ce n’est plus possible. Il faut y mettre un terme. Mon équilibre mental est en ruine. Je suis à la dérive, totalement…
— Paumée quoi.
— Ne m’interromps pas ! C’est déjà assez dur comme ça !
— Bah, alors bonne bourre. Tcho !
— Heu ! Tu dois quitter MA maison ! Tu n’imagines pas que…
— Tu me fous dehors ?
— En quelque sorte… Mais ce n’est que provisoire… Temporaire…
— Comme un chien ?
— Non… Mais c’est quand même chez moi… J’ai peur qu’en revenant… Tu pourrais faire des choses… Tu manques totalement de limites...
— Genre quoi ?
— Vendre mes affaires par exemple ? Tu as un rapport avec l’argent très toxique...
— Moi ? J’ai pas un rond ! Tu as pas confiance en moi ?
— C’est-à-dire… Non. Mais reconnaît que tu n’as pas la moindre notion d’honnêteté.
— Je suis choqué ! Bordel ! Il va me falloir une travailleuse sociale, une auxiliaire de vie, une cellule de soutien psychologique…
— Pfff ! Je ne me fais pas de soucis pour toi… Tu… Fais tes valises ! Je sens ton ironie persifflante ! Toujours à te moquer ! Rien ne t’atteint !
— Moi ? Mais je pleure là, bordel ! Je suis détruit !
Alors, la tête basse, la mort dans l’âme, je m’en fus ramasser mes quelques frusques, ma console, une conserve de raviolis, trois slips, ma cagoule, une boite de capotes périmées, un bic vide…
Toute ma vie tenait là dans un petit carton. Je n’aurais pu mettre plus de toute façon, dans le coffre minuscule de la Porsche 911 GT 2, encombré de mes clubs de golf sur mesure.
Ma Breitling indiquait 10h30 et elle est certifiée chronographe Suisse.
Ma vie était finie, terminée. J’étais socialement mort ! Sans domicile fixe, sans compte en banque, sans carte vitale, pas vax, sans la moindre identité numérique dans aucun service gouvernemental.
Je n’existais plus !
La Maryse m’avait TUER ! Oui, c’est elle ! Je l’accuse ! J’accuse TOUTES les femmes. Elles vous disent « je t’aime, mon amour ! Toujours ! » Des menteuses ! Elles mentent tout le temps. L’amour elles en parlent constamment, elles n’ont pas un échantillon sur elles.
Il fallait en convenir. Personne au monde ne m’aimait. Personne ! Pas d’amour pour Lorenzo !
Pour ceux qui n’ont pas compris, les lents à la comprenette, les bas de plafond, ceux qui ont voté deux fois pour le… ceci est un cri de désespoir que je lance là ! Bordel ! Au secours ! À moi ! À l’aide !
Hein ? Personne ? J’en étais sûr !
C’est ça la France… C’est une ordure le père Noël !
Bzzzz !
💬 Commentaires 4