Episode 5 : His name is Jenko …

📖 A.R.C. Guardians of the Impossible ✍️ bibistargate 📝 11183 mots

Le lendemain matin, alors que la ville dormait encore sous une couverture de pénombre, Mathilde pénétra dans le CRA, habitée par une motivation nouvelle. Son exploit personnel de la veille continuait de résonner en elle, laissant un goût d’accomplissement mêlé de désir d’aller plus loin. Elle avait réussi à surprendre et battre Rita, ce n’était pas rien. Du moins pour elle cela signifiait beaucoup. Le CRA, plongé dans un silence paisible, créait une ambiance presque sacrée, où les lumières tamisées des écrans en veille et les halos discrets des lampes de sécurité éclairaient à peine la pièce. Elle était comme seule maîtresse des lieux à cette heure bien matinale, déterminée à s’entraîner davantage et à affiner ses compétences. Ce calme résonnait avec sa propre détermination pour se préparer à de nouveaux défis.

À la sortie de l’ascenseur, elle sentit l’atmosphère calme et solennelle des lieux. Les murs aux tons neutres et gris ainsi que les portes métalliques baignaient dans une semi-obscurité, où seules quelques lumières tamisées guidaient ses pas. La lumière bleutée des écrans de la salle des opérations émettait une lueur apaisante, projetant des ombres douces qui donnaient au centre une allure presque irréelle, comme un sanctuaire des temps modernes. Le silence ambiant amplifiait chaque petit bruit, des échos de ses pas aux légers bourdonnements des machines en veille.

Soudain, KIT, l’intelligence artificielle qui veillait toujours sur le centre, détecta sa présence. En réponse, les lampes s’allumèrent doucement dans la petite pièce à la sortie de l’ascenseur, éclairant son chemin d’une lumière chaude.

« Bonjour KIT. », dit-elle en levant instinctivement les yeux vers le haut-parleur.

La voix calme, familière et synthétique de l’IA résonna, accueillant cette arrivée matinale.

« Bonjour, Mathilde. Vous êtes bien matinale aujourd’hui. »

Elle sourit, contente de cette première présence, même artificielle.

« Dis-moi. Je voudrais m’entrainer au tir. Tu peux me déverrouiller l’armoire avec les armes. », demanda-t-elle en se dirigeant vers l’armoire grillagée au fond de la pièce.

« Désolé. Vous n’avez pas accès aux armes. Ordre du chef. », répondit KIT avec un soupçon de désolément dans sa voix synthétique.

Elle n’était en effet pas encore officiellement agent du CRA, un statut que John ne lui avait pas encore octroyé, se limitant à lui accorder un accès temporaire au centre pour ses entraînements et apprentissages. Elle le savait bien : même si John avait envisagé de lui donner davantage de liberté, Owen se serait sans doute empressé de révoquer ces permissions. Ce dernier, gardien inflexible des règles, aurait tout mis en œuvre pour éviter qu’une recrue en formation ne bénéficie d’autorisations qu’il jugeait prématurées. C’était presque devenu une habitude pour elle de composer avec cette limite. Elle tenta tout de même une négociation.

« Allons KIT, juste un pistolet pour m’entrainer. Au pire, verrouille les portes comme ça tu seras sûr que je ne m’enfuirai pas avec. », dit-elle avec une pointe d’ironie.

« Désolé, je ne peux pas. Vous le savez bien. », lui répondit la voix synthétique.

« Hum… tu n’es pas marrant KIT ! », ajouta-t-elle légèrement frustrée.

« Mon paramètre humour est réglé sur vingt-cinq pourcent. Je peux l’augmenter si vous voulez. », fit KIT pragmatique.

Elle sourit et se dirigea d’un pas décidé vers la salle d’entraînement, prête à repousser tout de même ses limites.

« Non c’est bon, ne change rien. », répondit-elle.

Dans la salle d’entraînement, elle se plongea dans son échauffement, profitant de la tranquillité des lieux encore vides. Elle commença par quelques exercices d’étirement, étirant méticuleusement chaque muscle pour réveiller son corps en douceur, encore douloureux des séances précédentes. Elle déroulait ses bras en cercles lents, assouplissait ses poignets, fléchissait et étendait ses jambes en alternance, chaque mouvement exécuté avec une précision et une discipline qu’elle n’avait de cesse d’améliorer.

Une fois échauffée, elle enchaîna avec des exercices de renforcement musculaire. Elle s'abaissait en position de planche, faisant des pompes, ses bras fléchissant avec une régularité impeccable. Elle ajouta ensuite des séries de squats pour renforcer ses jambes, se concentrant sur chaque répétition, sentant ses muscles se contracter et se relâcher sous l’effort. Puis termina avec une série de burpees assez intense et quelques exercices de gainage.

Vint ensuite le moment de reprendre les bâtons de combat. Elle en saisit un, faisant tourner le bois entre ses doigts pour ressentir son équilibre. Reprenant les mouvements qu’elle avait pratiqués avec Rita la veille, elle exécuta des frappes variées, alternant coups verticaux et horizontaux, ajustant sa posture pour maintenir stabilité et fluidité. Le bois sifflait dans l’air à chaque mouvement, et elle répétait les séquences jusqu’à sentir son rythme se raffermir et ses gestes gagner en précision.

Après les bâtons, elle se dirigea vers le sac de frappe suspendu. Ses poings s’abattirent sur le cuir, d’abord en frappes simples, puis en enchaînements plus complexes. Ses pieds enchaînaient les coups, à chaque fois venant tester sa force et son équilibre. Elle lança un coup de poing puissant, sentit l'impact dans ses articulations, puis enchaîna sans relâche, chaque frappe la rapprochant un peu plus de sa maîtrise.

En reprenant son souffle, Mathilde laissa son regard errer un instant sur les murs de la salle d’entraînement, et ses yeux se posèrent sur un objet qui attira son attention. Un arc, d’un bois sombre et finement courbé, était accroché près de l’entrée avec quelques flèches, soigneusement rangé parmi d’autres équipements. Elle se rappela les consignes strictes de John et KIT, qui lui interdisaient pour l’instant l’accès aux armes à feu. Mais cet arc, pensa-t-elle en souriant, était là en libre-service et ce n’était pas une arme à feu. Elle s’approcha, ses doigts caressant le bois lisse, tentée par ce nouveau défi. Le murmure des limites qu’elle s’était fixées. Elle n’avait jamais utilisé d’arc mais pourquoi ne pas essayer.

Déterminée à apprivoiser cette nouvelle discipline, Mathilde retourna vers son sac, en sortit son téléphone et ses écouteurs Bluetooth, puis fit une recherche rapide pour trouver des tutoriels sur l’art du tir à l’arc. Elle parcourut plusieurs vidéos, cherchant celle qui lui semblait la plus complète, avec des conseils clairs et techniques bien expliquées.

Une fois la vidéo parfaite trouvée, elle posa le téléphone, incliné contre sa gourde sur un tabouret près d’elle, de façon à pouvoir voir l’écran sans quitter sa posture. Les instructions résonnèrent dans ses écouteurs : des explications patientes, techniques, détaillant les gestes précis à suivre, la bonne posture à adopter, la manière d’aligner ses épaules, de tendre la corde sans trembler. Elle écoutait attentivement, absorbant chaque détail, prête à appliquer cette nouvelle connaissance.

Elle leva l’arc, ajusta sa position en suivant les conseils qu’elle venait d’entendre, et décocha une première flèche qui fila dans l’air mais s’écarta, déviant de la trajectoire idéale. Mathilde fronça les sourcils, reprenant sa position. Elle continua à tirer, écoutant et réécoutant les astuces partagées par l’instructeur à l’écran, trouvant d’autres vidéos lui prodiguant des conseils complémentaires, ajustant la tension de la corde, rectifiant la position de ses doigts, relâchant son souffle juste avant de tirer.

Les premières flèches volaient toujours de travers, certaines atterrissant loin de la cible en paille placée au fond du stand de tir. Une cible qui se trouvait probablement là justement pour l’entrainement à l’arc. Mais elle ne se découragea pas, affinant son geste peu à peu. Trouvant encore d’autres vidéos lui expliquant les mêmes gestes mais avec une approche différente. Elle absorbait chaque conseil, chaque astuce, et répétait patiemment les mouvements enchaînant tir après tir.

Au bout d’une trentaine de minutes, sa persévérance commença à porter ses fruits. Ses flèches se rapprochaient du centre de la cible, et finalement, après quelques essais et minutes supplémentaires, elle atteignit le centre. Trois fois de suite. Un sourire de satisfaction illuminant son visage. À court de flèches, elle baissa l’arc, observant sa progression entre les flèches au sol et celles au centre de la cible. Elle s’approcha de celle-ci pour les récupérer, décrochant celles qui s’étaient plantées dans la paille et ramassant celles de ses premiers essais, éparpillées au sol. Elle retournait tranquillement à sa position de tir quand elle aperçut une silhouette familière, adossée au montant de la porte de la salle d’entraînement. Kitty la regardait, un sourire en coin, comme amusée de la voir s’entraîner si tôt.

Mathilde, un peu surprise de ne pas l’avoir entendue arriver, probablement trop concentrée sur sa tâche, retira un de ses écouteurs en souriant.

« Salut ! », lança-t-elle.

Kitty lui fit un léger signe de la main et lui répondit :

« Salut, toi. Tu es bien matinale… »

Mathilde, amusée, répliqua aussitôt en lui renvoyant la remarque en se rappelant les exploits de danse de cette dernière lors de la mission au Night Dance d’hier soir qu’elle avait vus en vidéo sur les écrans de Marine et Clémence.

« C’est plutôt toi qui es bien matinale… la reine du dancefloor. », ajouta-t-elle avec un sourire taquin.

Kitty secoua la tête en lui répondant.

« Et si on ne parlait plus jamais de ça ! En plus j’ai un marteau-piqueur dans le crâne. »

« Le marteau-piqueur dans le crâne, ça c’est normal. Et tu peux compter sur moi pour qu’on en parle encore longtemps. », lui répondit Mathilde, très amusée de taquiner son amie.

Kitty, visiblement décidée à détourner l’attention de sa propre prestation au Night Dance, s’approcha d’un pas léger, un sourire espiègle aux lèvres.

« Et si on parlait plutôt de toi… et de John ? »

Mathilde cligna des yeux, prise de court par la question.

« Comment ça, moi et John ? », répondit-elle en haussant un sourcil, essayant de dissimuler sa surprise.

Kitty laissa échapper un petit rire, se penchant un peu plus vers elle, ravie de la voir déstabilisée.

« Allons, on a tous remarqué vos petits regards. Et puis, cette après-midi passée tous les deux dans le Jurassique… Tu veux m’en dire un peu plus ? »

Mathilde, cherchant une échappatoire, se tourna vers la cible, banda l’arc avec une précision dont elle avait à peine conscience, et décocha une flèche en plein centre. Elle garda son regard fixé sur la cible, un sourire satisfait aux lèvres.

« Je ne vois pas de quoi tu veux parler. », répliqua-t-elle, espérant que ce tir parfait détournerait le sujet.

Elle sentait pourtant une chaleur monter en elle, ses pensées brièvement ramenées à la veille, aux rires et au calme qu’elle avait partagés avec John. Mais elle préférait garder cela pour elle, au moins pour le moment.

Kitty, notant la précision de sa flèche, esquissa un sourire impressionné.

« Eh bien, tu sais tirer à l’arc, on dirait. Tu as appris ça où ? »

Mathilde pointa du doigt le téléphone posé sur le tabouret, où une vidéo tutorielle défilait encore. Elle haussa les épaules, en affichant un air détaché.

« YouTube, ce matin. Une fois qu’on a pigé la posture et la technique, ce n’est pas si compliqué. », dit-elle en souriant.

Kitty secoua la tête, surprise, admirant une fois de plus la vitesse d’apprentissage de son amie.

« Impressionnant… Franchement, tu deviens une vraie touche-à-tout. », dit-elle en souriant, sincèrement admirative.

Le bourdonnement mécanique de l’ascenseur résonna dans le silence de l’étage, interrompant l’échange complice entre les deux jeunes femmes. Owen en costume sombre qui en sortit avançait d’un pas décidé, la mâchoire serrée et le regard concentré. Il se dirigea immédiatement vers l’armoire, où il ouvrit la porte métallique à l’aide du scanner digital pour y récupérer une arme, ses gestes précis et rapides trahissant une urgence inhabituelle.

Sans un regard pour les deux femmes, il déclara d’une voix glaciale, en s’adressant directement à Kitty :

« Appelez l’équipe. On va avoir besoin de tout le monde sur le pont. »

Elle fit quelques pas en avant, croisant les bras et arquant un sourcil, visiblement peu impressionnée par son empressement. D’un ton faussement détendu, elle lança :

« Bonjour, Owen ! Ça va bien, merci de demander… et vous ? »

Il se retourna vers elle, ses yeux sombres étincelant de frustration. Son expression pressée ne laissait aucun doute quant à l’urgence de la situation.

« On n’a pas le temps pour ça. On a une prise d’otage en ville ! », rétorqua-t-il.

« On s’occupe des prises d’otages maintenant ? », lui fit Kitty, perplexe.

« Oui, en particulier quand le preneur d’otages utilise des technologies comme des boucliers énergétiques, étrangement similaires aux technologies aliens qu’utilise John dans ce truc qu’il a de greffé sur le bras. Et encore plus quand le type menace de faire exploser un immeuble dans lequel il a enfermé des dizaines de personnes avec ce bouclier. », répondit Owen froidement.

L’ombre de tension qui flottait dans l’air retomba comme un couperet. D’un simple échange de regard, la reine du dancefloor d’hier et sa compagne archère du matin comprirent la gravité de la situation. Le ton froid de l’homme en costume et l’arme qu’il emportait faisaient comprendre que cette mission demandait la mobilisation de chacun.

« Alors appelez tout le monde et allez me débusquer ce preneur d’otages. », reprit-il.

« Vous allez avoir besoin de moi sur ce coup ? », demanda Mathilde, pressée de faire ses preuves sur le terrain.

Owen la fixa et lança avec un petit air de méchanceté dans la voix tout en la pointant du doigt.

« C’est hors de question. Vous n’êtes pas une agent du CRA, encore moins une agent de terrain. Vous ne devriez même pas être là ! »

Puis il se tourna vers Kitty et lui dit, tout en appuyant sur le bouton de l’ascenseur :

« Je vais m’occuper de gérer les autorités locales et éviter qu’il n’y ait trop de fuite sur les technologies qu’il utilise. Vous retrouvez-le et sauvez ces otages ! »

L’homme pressé avait déjà rejoint l’ascenseur, laissant derrière lui un silence tendu. Kitty, malgré le mépris évident qu’elle éprouvait pour ses manières abruptes, prit un instant pour respirer. L’urgence était palpable, et elle savait que son dédain pour l’attitude d’Owen ne pouvait surpasser la gravité de ce qui les attendait. Si la description de Owen était juste, la situation pouvait vite empirer.

Elle franchit la petite pièce à l’entrée du CRA, son pas rapide résonnant dans le calme matinal du centre. En arrivant devant la porte de la salle des opérations, celle-ci s’ouvrit automatiquement, et la lumière de la grande pièce s’intensifia pour accueillir sa présence. Elle entra, les écrans de contrôle activés illuminaient les consoles et le large plan de travail. Elle pianota sur le clavier pour envoyer un message à toute l’équipe et se tourna vers Mathilde, encore en tenue de sport, l’observant un instant avec une expression résolue.

« Allez, change-toi et équipe-toi. », lança-t-elle d’un ton sans appel.

La novice, légèrement déconcertée, marqua une pause.

« Euh… Owen m’a consignée à la base. Non ? »

Elle haussa les épaules, ses yeux brillants d’une défiance tranquille.

« Je me fiche de ce que ce type a dit, et je pense que John aussi. Si la situation est aussi grave qu’il l’a décrite, on aura besoin de tout le monde. Moi, je pense que tu es prête. »

Les paroles avaient l’effet d’un déclic. Un mélange de fierté et de détermination illumina les traits de Mathilde, qui se dirigea sans un mot vers la salle d’entraînement pour quitter sa tenue de sport. Elle referma la porte derrière elle, le cœur battant plus fort, consciente de l’enjeu et de l’opportunité qui s’offraient enfin.

Lorsque Mathilde revint dans la salle des opérations, désormais en tenue plus adaptée pour partir en mission, elle fut saisie par le contraste saisissant avec le calme qui régnait quelques minutes plus tôt. La pièce, autrefois plongée dans une ambiance feutrée et presque silencieuse, était maintenant animée d’une activité fébrile. Les écrans de contrôle diffusaient une lueur intense, projetant des reflets changeants et nerveux sur les murs, tandis que des données en tous genres défilaient rapidement, créant une atmosphère de tension palpable. Elle sentit son rythme cardiaque s’accélérer légèrement, ressentant cette effervescence comme une plongée directe dans l’urgence de la mission.

Marine et Clémence étaient à leurs postes, les yeux rivés sur leurs écrans. Leurs doigts dansaient sur les claviers alors qu’elles recoupaient toutes les informations disponibles sur la prise d’otage. Les écrans montraient des images satellites de la zone, des extraits d’émissions d’information en direct et des relevés de données numériques en constante mise à jour. Un murmure concentré émanait de leur coin, chacune échangeant rapidement des informations à voix basse, scrutant et analysant chaque détail pour en tirer un maximum de renseignements utiles.

De l’autre côté de la salle, John, Kitty, Rita et Jéjé, debout devant le grand écran accroché au mur près de la table au centre de la pièce, discutaient de la marche à suivre, tous les quatre visiblement absorbés par la préparation de l’opération. La jeune femme aux cheveux bruns attachés en queue de cheval expliquait à ses compagnons le peu d’informations que lui avait fourni Owen pendant son passage éclair, chaque mot pesé pour ne rien laisser au hasard. Mathilde s’avança, se glissant dans cette effervescence, prête à jouer son rôle.

John, la remarquant, lui fit signe de s’approcher. Elle traversa la salle jusqu’au petit groupe qui se tenait prêt à élaborer leur prochain mouvement.

« Salut, comment ça va ? », lui demanda John, son ton calme, mais attentif.

Elle haussa les épaules, prenant un air nonchalant.

« On s’est fait aboyer dessus par Owen, mais à part ça, tout va bien de bon matin. », répondit-elle avec un sourire amusé.

Il acquiesça, déjà informé des détails.

 « Oui, Kitty nous a tout expliqué. Entre la prise d’otage et l’apparition furtive de notre cher Owen, il ne faut pas trop faire attention à son comportement. »

Puis, en prenant un air sérieux, il ajouta :

« Cela dit, cela fait un peu mal de l’admettre, mais je dois avouer qu’il a raison sur un point… »

Mathilde, qui ne s’attendait pas à cela, arqua un sourcil, attentive à ses mots.

« Je pense qu’il est encore un peu tôt pour que tu ailles sur le terrain. », poursuivit-il, ses mots lents, comme pour éviter un refus direct.

Elle ne se laissa pas démonter et, avec une assurance tranquille, affirma :

« Je suis prête. Je veux vous aider. »

Kitty, se tenant non loin, hocha la tête, lui montrant son soutien. John fronça légèrement les sourcils, l’observant en silence, hésitant. Même s’il restait sceptique, il ne voulait pas lui refuser une chance sans considérer toutes les options. Après tout, voulait-il vraiment la tenir éloignée du terrain parce qu’il pensait qu’elle n’était pas prête ? Ou était-ce quelque chose de plus profond, un instinct inconscient qu’il refusait d’admettre ? Peut-être tenait-il davantage à elle qu’il ne le réalisait lui-même, et l’idée de la voir exposée au danger réveillait en lui une réticence qu’il ne parvenait pas à justifier pleinement. Cette dualité troublait ses pensées, alors qu’il tentait de se convaincre que son jugement reposait uniquement sur l'expérience. Après un instant, il préféra dévier la discussion.

« Avant tout, on doit préparer un plan d’action. On discutera du reste ensuite. »

L’ombre d’un sourire traversa les lèvres de Mathilde, qui savait qu’elle venait peut-être de gagner un point dans cette bataille silencieuse. Alors que John s’apprêtait à organiser la mission, la voix de KIT résonna dans la salle d’opérations, brisant le court silence tendu.

 « Le preneur d’otages diffuse un message en direct sur toutes les chaînes de télévision. »

L'ambiance dans la salle se fit encore plus lourde, chaque membre du CRA sentant la gravité de la situation s’intensifier.

« Mets-le sur l’écran. », répondit John d’un ton ferme.

Instantanément, le grand écran mural s’illumina, basculant vers une image visiblement piratée. L’image était instable, parcourue de grésillements et de petites interférences. Un homme masqué occupait le centre du cadre, son visage dissimulé derrière un masque noir sans expression et une capuche qui couvrait ses cheveux, plongeant le haut de son visage dans l’ombre. La caméra, fixée à hauteur d’épaule, créait une prise de vue rapprochée et inquiétante.

Le fond derrière lui était baigné de tons rouges, comme si une lumière vive projetait une lueur écarlate sur les murs d’un espace confiné. Quelques éléments indistincts apparaissaient en arrière-plan, probablement des tuyaux ou des câbles, et la texture métallique de la pièce renforçait l’impression d’un lieu industriel ou souterrain.

Toute l’équipe se rapprocha de l’écran. Marine et Clémence, jusque-là absorbées par leurs écrans, se retournèrent, pivotant leurs chaises pour mieux observer le message. Un silence lourd s’installa dans la salle alors que chacun retenait son souffle, en attente des paroles de l’individu qui semblait avoir soigneusement préparé sa mise en scène.

L’homme masqué s’approcha légèrement de la caméra, et sa voix déformée résonna, grave et menaçante, dans les haut-parleurs. Une caricature d’un grand méchant dans un film d’action n’aurait pas pu s’approcher plus de ce qui était diffusé actuellement. La tonalité artificielle, presque mécanique, donnait une aura inquiétante à son discours, tandis que l’image sautait par moments, entrecoupée de grésillements, confirmant la nature pirate de la diffusion.

« Vous êtes probablement nombreux à me rechercher et à chercher mon identité en ce moment. Vous ne saurez qu’une seule chose : mon nom est Jenko. », commença-t-il.

Un silence suivi de quelques interférences sembla accentuer le poids de ses paroles.

« Je n’accepterai aucune négociation. Je sais que le gouvernement et les militaires ont développé trois prototypes d’armes nucléaires extrêmement puissantes et compactes. Nom de code : Horizon. »

Les mots résonnaient dans la salle, et l’équipe retenait son souffle, probablement comme des millions d’autres téléspectateurs, chaque syllabe de l’homme masqué tombant comme un ultimatum.

« Je veux ces trois prototypes. Sans condition. Vous avez jusqu’à midi précisément pour les apporter dans un camion à ces coordonnées. »

Les coordonnées apparurent en bas de l’écran, écrites en lettres blanches, leur précision ne laissant aucun doute sur la préparation minutieuse de l’homme.

« Bien entendu, le conducteur devra être seul, non armé, et partir immédiatement une fois le camion arrivé à la position. Si je détecte une seule autre personne dans un rayon de vingt kilomètres, ou si les ogives ne sont pas là avant midi… »

Une pause, puis le masque inclina légèrement la tête, comme pour appuyer la menace.

« … je fais exploser cet immeuble avec tous ces pauvres gens à l’intérieur. Il vous reste moins de quatre heures. Ne tardez pas ! »

À la fin de ce sinistre avertissement, l’image de l’homme disparut, remplacée par un compte à rebours en lettres rouges clignotantes, soulignant l’urgence de la situation. À peine l’écran s’éteignit-il, laissant place au compte à rebours implacable, que John se tourna vers l’équipe, son regard aiguisé par l’urgence de la situation. Il n’y avait pas une seconde à perdre, et chacun devait agir avec précision.

« Clémence, trouve où pointent ces coordonnées et tout ce qu’on sait sur ce lieu. Et trouve-moi aussi des infos sur ces ogives et sur ce pseudonyme : Jenko. », lança-t-il sans hésitation.

L’analyste hocha la tête, et se retourna vers son poste de travail. Déjà concentrée sur les données défilant à l’écran, ses doigts agiles tapant les requêtes nécessaires pour trouver les informations.

« Kitty, Rita, allez en ville. Vous devez vous assurer que les autorités commencent l’évacuation de la zone. Si cet immeuble explose, on comptera bien plus de morts que ceux pris au piège à l’intérieur. »

Il marqua une pause, se tournant vers Kitty.

« Kitty, on aura besoin de toi pour évacuer les otages et passer ces gens à travers le bouclier en les faisant entrer en phase. »

Puis il se tourna vers Rita.

« Rita, localise cette bombe et désamorce-la le plus vite possible. »

Il se tourna ensuite vers Jéjé au regard concentré, prêt à se lancer dans l’action.

« Jéjé, il est temps de ressortir le FA-302. J’ai besoin de toi dans les airs pour couvrir la zone et suivre ce camion à distance si besoin. »

Enfin, il se tourna vers la responsable des communications.

« Marine, contacte Owen. On doit avoir toutes les autorisations nécessaires et garantir un champ d’action sans exposition du CRA. »

L’équipe accusa réception de ses ordres, chacun se dirigeant vers son poste ou rassemblant son équipement. Kitty s’approcha alors de lui, ses yeux reflétant une légère inquiétude.

« Écoute, si je dois phaser des dizaines de fois, ça va être compliqué. À chaque fois que j’entre en phase, ça me demande beaucoup d’énergie, tu le sais. Je ne pourrai pas tous les évacuer d’un coup. On devra le faire par groupes, mais ça prendra du temps. », lui dit-elle.

Il hocha la tête, comprenant parfaitement la contrainte, et lui posa une main sur l’épaule.

« Fais de ton mieux, mais ne te mets pas en danger. », répondit-il.

Puis il continua avec une touche d’humour et un léger sourire pour tenter de détendre l’atmosphère.

« Et prends un casse-croute au cas où. »

Elle eut un léger sourire à son tour mais cette remarque n’était pas purement humoristique. Si elle mangeait quelque chose de riche, elle aurait un peu plus de réserves d’énergie et pourrait peut-être entrer en phase une ou deux fois de plus, sauvant par la même occasion plus de personnes.

Pendant ce temps, Jéjé avait récupéré une balise et pris l’ascenseur pour descendre au garage, les portes se refermant derrière lui dans un sifflement métallique. L’agitation emplissait la salle, chacun absorbé dans ses préparatifs.

« Et moi ? Qu’est-ce que je fais ? », demanda Mathilde, un éclat d’espoir dans la voix.

Il la regarda, son expression bienveillante mais ferme.

« Tu restes ici avec moi pour l’instant. », répondit-il.

Déçue, elle accusa le coup, mais elle savait que cette décision n’était pas prise à la légère.

Rita et Kitty récupérèrent chacune une balise en sortant de la salle des opérations avant de se diriger vers l’armoire métallique où se trouvaient les armes. Rita posa son index sur le lecteur biométrique pour déverrouiller la porte grillagée. Elle inspecta l’intérieur, ses yeux scrutant chaque compartiment. Avec des gestes précis, elle récupéra ses sabres qu’elle glissa dans les étuis prévus à cet effet dans son dos avant de saisir une arme de poing, un pistolet 9mm. Elle attrapa l’arme, vérifiant le chargeur avec une habileté qui témoignait de son passé militaire, avant de la tendre à Kitty, qui la prit sans un mot.

Enfin, dans un compartiment de la section supérieure, un appareil singulier trônait, enveloppé d’un boîtier métallique argenté. Il s’agissait du dispositif de brouillage mémoriel que John avait utilisé sur le pont en Grèce, le flasheur comme il l’appelait, un appareil essentiel pour le CRA. Rita le prit délicatement, s’assurant que son mécanisme était en bon état, avant de le tendre à Kitty, qui le glissa avec précaution dans une pochette renforcée de sa ceinture.

Les deux femmes échangèrent un regard, un mélange d’appréhension et de confiance muette, puis se dirigèrent sans un mot vers l’ascenseur qui les mènerait au garage. Chacune savait que cette mission demanderait à la fois rapidité et précision. La porte de l’ascenseur s’ouvrit dans un chuintement familier. Elles entrèrent, côte à côte, leurs regards fixes. Alors que les portes se refermaient devant elles, l’ombre de leur détermination semblait emplir l’espace, les préparant pour le défi imminent.

Dans la salle des opérations, John jeta un regard attentif vers les écrans, où les différents flux de données s'entrecroisaient en un ballet complexe. Il se tourna vers l’image holographique de l’IA qui flottait au milieu de la table, projetée par un petit appareil qui était posé là en permanence.

« KIT, tu peux localiser l’origine du signal pirate ? », demanda-t-il, son regard fixe et concentré.

Une voix calme et posée résonna à travers les haut-parleurs de la salle.

« J’avais déjà commencé. Je scanne les réseaux et tente de remonter la piste. Mais l’individu a pris soin de masquer ses traces. Les relais sont dissimulés, et le signal passe par des dizaines de nœuds internationaux pour compliquer toute tentative de traçage. », répondit KIT avec cette précision propre aux machines.

Sur un des écrans de la salle, des lignes de code et de flux lumineux défilaient, représentant les efforts de l’intelligence artificielle pour naviguer à travers ce labyrinthe numérique. Le signal semblait glisser de serveur en serveur, passant par des connexions cryptées dans plusieurs pays, comme un fantôme insaisissable.

John hocha la tête, confiant dans les compétences de l’IA, mais conscient que le temps pressait. Le compte à rebours en rouge vif sur l’écran principal martelait l’urgence de la mission. Chaque minute serait exploitée pour approcher l’identité de cet homme masqué.

Occupée à son poste de communication, Marine tenta à plusieurs reprises de joindre Owen, ses doigts pianotant rapidement sur les commandes de liaison. Mais après plusieurs tentatives infructueuses, elle secoua la tête, exaspérée.

« Impossible de joindre Owen. », annonça-t-elle à John, les sourcils froncés, frustrée par ce contretemps inattendu.

John laissa échapper un soupir de lassitude, un sourire amer aux lèvres.

« Toujours là pour nous faire chier avec le protocole, mais jamais là quand on a vraiment besoin de lui ! », lança-t-il, son ton cinglant trahissant son agacement.

La critique de John semblait refléter le sentiment général, surtout en un moment aussi critique où l’absence d’Owen devenait plus qu’une simple contrariété. C’était son rôle de protéger les opérations du CRA, encore plus quand la situation nécessititait une intervention aussi médiatisée.

Clémence, concentrée devant ses écrans, terminait d’orienter le satellite vers les coordonnées données par Jenko. Les images en temps réel apparurent sur ses écrans, révélant un vaste champ, au beau milieu de nulle part. La plaine s’étendait à perte de vue, sans forêts ni constructions visibles à l’horizon. L’endroit semblait désertique, presque irréel sous la lumière du matin, comme si le monde lui-même avait laissé cet espace en marge, épargné par les routes, les constructions humaines ou même les zones forestières. Aucune grande route, aucune ville, ni même la moindre ferme n’apparaissait dans un rayon de plus de quinze kilomètres, renforçant le caractère solitaire du lieu. Même les ombres projetées par les rares buissons rabougris accentuaient cette impression de solitude absolue.

Marine, les yeux fixés sur les images, fronça les sourcils, ses doigts se crispant légèrement sur le bord de la console.

« Comment ils comptent récupérer les ogives ici sans qu’on puisse le retrouver ou le suivre ensuite ? », demanda-t-elle.

John, observant la scène d’un regard perçant, resta un instant silencieux. Le champ et la plaine dégageaient une atmosphère quasi postapocalyptique, comme si rien ni personne ne pouvait survivre là. Pourtant, ce choix de lieu en disait long sur la stratégie du preneur d’otages. Il savait pertinemment que toute présence serait aisément détectable, chaque mouvement trahissant immédiatement son origine. Et si ce Jenko avait opté pour ce terrain si isolé, c’était sans doute qu’il avait un plan pour échapper à leur surveillance une fois les ogives récupérées. Il se passa une main sur le menton, ses yeux fixés sur les coordonnées affichées en bas de l’écran, leur caractère énigmatique ajoutant une pression silencieuse.

« Aucune idée… Mais il a sûrement un plan. À nous de découvrir lequel pour le piéger. », répondit-il.

Chaque détail du paysage stérile semblait désormais chargé d’intentions cachées, transformant ce champ en une énigme à déchiffrer avant que le temps ne vienne à manquer.

Clémence, continuant ses recherches, tapait frénétiquement sur son clavier, ses yeux scrutant les écrans de données qui défilaient sans interruption.

« Par contre, aucune information officielle sur le projet Horizon. Mais, honnêtement, ce n’est pas surprenant. Avec la nature supposée top-secrète de ce genre de projet, il est probable qu’ils aient effacé toutes traces publiques. », lança-t-elle d’un ton sec.

Elle marqua une pause, avant de reprendre, son regard fixé sur ses collègues.

« J’ai déjà envoyé une requête officielle pour obtenir des informations, mais… sans l’appui d’Owen, je doute qu’on obtienne quoi que ce soit. Le CRA n’a pas d’existence officielle, tout est fait pour qu’on reste invisibles. »

Elle laissa sa phrase en suspens, ses lèvres se pinçant légèrement en signe de frustration. Tous avaient la même chose en tête : l’absence de ce cher superviseur devenait problématique. S’ils n’avaient pas toutes les informations, ils ne pourraient pas débusquer le preneur d’otages à temps.

Dans un coin de la salle, Mathilde écoutait attentivement, ses pensées s’activant en silence. Elle observa les autres un instant, absorbés par leurs tâches, avant de s’éclipser discrètement. Profitant de l’agitation générale, elle se glissa jusqu’au poste de travail au fond de la pièce, là où le bureau de Owen se trouvait. Ses doigts parcouraient déjà le clavier, comme si une idée précise venait de germer dans son esprit. Son regard déterminé témoignait d’une décision mûrement réfléchie : il était peut-être temps de contourner les règles pour obtenir ce qu’ils cherchaient.

Dans le vaste garage au niveau du dessous, les deux motos noires aux lignes anguleuses attendaient, prêtes à bondir. Rita et Kitty, équipées et concentrées, enfourchèrent chacune leur véhicule. Les moteurs électriques émirent un léger bourdonnement, presque imperceptible, qui tranchait avec la tension palpable de l’instant. Rita vérifia d’un geste sûr les sangles de son casque, ses yeux se tournant brièvement vers Kitty, qui lui rendit un signe de tête. Prêtes, elles s’engagèrent dans le long tunnel. Les phares des motos éclairaient les parois de béton brut du tunnel. Au bout de quelques minutes, la sortie apparut, baignée d’une faible lumière naturelle matinale. Kitty, en tête, activa son micro intégré à son casque pour s’adresser à l’IA.

 « KIT, on a besoin de l’itinéraire. »

Déjà occupé à remonter la source du signal pirate, KIT exécuta cette demande avec une efficacité remarquable. Il était multitâche. Devant leurs compteurs, une carte holographique se projeta en transparence, flottant au-dessus des tableaux de bord. L’itinéraire s’afficha avec une précision chirurgicale, balisant les rues et les virages nécessaires pour atteindre l’immeuble cible en un minimum de temps.

Pendant ce temps, en contrebas dans le garage, l’imposant FA-302 se tenait prêt, sa silhouette sombre et imposante contrastant avec le reste des équipements. Jéjé s’avança d’un pas assuré vers le chasseur intercepteur, ses bottes résonnant sur le sol en béton. Il grimpa sur la petite échelle placée sur le côté de l’appareil et, d’un mouvement précis, il s’installa dans le cockpit. L’espace était exigu, baigné de la lueur verte des écrans de contrôle qui illuminaient ses traits concentrés.

D’un geste expérimenté, il activa les systèmes un à un. Les moniteurs s’allumèrent, affichant des schémas du vaisseau, des données radar, et les flux d’énergie. Sa main glissa sur les commandes, ajustant les écrans de navigation et le tableau de bord tactique. Les indicateurs de carburant et de munitions apparurent en clignotant, tandis qu’il vérifiait chaque jauge et chaque connexion. La sensation du siège moulé autour de lui, le poids du harnais de sécurité qu’il attachait, tout rappelait la précision exigée par cette machine de guerre.

D’une touche, il activa les commandes des quatre canons montés à l’avant, les voyant s’aligner sur les écrans latéraux. Puis il fit défiler le système de missiles sous les ailes, assurant la disponibilité de chaque arme.

« Systèmes actifs, tous les voyants sont au vert. », dit KIT depuis le visage synthétique holographique qui était apparu à l’avant du cockpit.

La verrière se referma dans un sifflement léger, le coupant du monde extérieur. Le FA-302 ronronnait doucement, prêt à s’élancer dès qu’il recevrait l’ordre.

D’un geste assuré, Jéjé enclencha les moteurs. Un grondement profond résonna dans le cockpit, tandis que les systèmes de propulsion répondaient avec une puissance concentrée. La lumière verte sur le tableau de bord confirmait l’activation des moteurs principaux, et sans plus attendre, il tira sur les commandes, propulsant l’appareil dans le long tunnel d’accès du garage.

L’engin s’engouffra dans le passage étroit, les parois de béton défilant si près qu’elles semblaient caresser la coque métallique. Le tunnel, parfaitement ajusté à l’envergure du vaisseau, laissait à peine de l’espace de chaque côté, rendant cette manœuvre d’une précision extrême. À une vitesse folle, le FA-302 parcourait la pente ascendante, chaque infime mouvement de Jéjé sur les commandes maintenant l’appareil dans l’axe du passage. La sensation était grisante, l’adrénaline montant en même temps que le vaisseau approchait de la sortie.

À l’instant où le chasseur franchit l’extrémité du tunnel, Jéjé activa la commande furtive. Les lumières extérieures de l’appareil s’éteignirent, et une sorte de voile rendant l’engin invisible enveloppa la coque, le masquant aux radars et aux regards. Désormais invisible, il tira sur le manche et propulsa l’appareil en altitude, s’élevant en piqué à une vitesse fulgurante.

La force gravitationnelle se fit sentir, comprimant son corps dans le siège tandis que l’accélération le plaquait en arrière. Malgré l’intensité des G ressentis, un système sophistiqué compensait en partie la pression exercée, réduisant l’impact sur ses muscles et lui permettant de garder une vision claire et une concentration maximale. Les sensations de vol étaient incomparables : le FA-302 glissait dans les airs avec une fluidité déconcertante, chaque poussée le projetant plus haut dans l’atmosphère, le cockpit offrant une vue saisissante des bâtiments s’éloignant en contrebas.

Dans cet espace confiné, Jéjé ressentait une connexion presque instinctive avec l’appareil. La finesse des commandes, la réactivité immédiate du vaisseau sous ses doigts, et la sensation de liberté totale alors qu’il franchissait les couches denses de l’atmosphère terrestre rendaient ce moment unique, presque enivrant.

En quelques secondes, il était au-dessus des bâtiments de la ville, il ajusta ses radars en mode de surveillance. L’écran de contrôle projeta une carte détaillée, ses capteurs balayèrent la zone en contrebas, prêts à détecter toute anomalie ou mouvement suspect.

En bas, dans la ville, les deux motos noires surgissaient dans les rues presque désertées, leur approche silencieuse marquée seulement par le ronronnement doux des moteurs électriques. Tandis qu’elles se rapprochaient de l’immeuble cible, les sirènes de police et les lumières clignotantes envahissaient leur champ de vision. La scène était chaotique : un cordon de sécurité avait été mis en place autour du bâtiment, de lourdes barrières délimitant une zone où personne ne pouvait entrer sans autorisation. Des voitures de police stationnées formaient une sorte de rempart, leurs gyrophares jetant des éclats bleus et rouges contre les murs environnants, créant une ambiance tendue et irréelle.

Les deux femmes ralentirent, leurs motos s’arrêtant en douceur à l’orée de la zone bloquée. Elles coupèrent leurs moteurs en synchronisation parfaite, l’intensité de leur arrivée attirant les regards des agents sur place. Retirant leurs casques, les deux équipières dévoilèrent leurs visages concentrés, prêtes à faire face à la situation. Kitty passa une main dans ses cheveux pour les remettre en place et les rattacha en queue de cheval, son regard se posant sur le cordon de sécurité, l’évaluant d’un œil calculateur. À ses côtés, Rita, l’air concentré, posa son casque sur sa moto puis avança d’un pas assuré.

Les deux jeunes femmes s’approchèrent du cordon, là où un officier de police en poste surveillait l’entrée. Son visage montrait des signes évidents de fatigue, les traits tirés par l’inquiétude de l’opération. Rita plongea la main dans sa veste, en sortant une plaque métallique qu’elle brandit avec assurance. L’objet était semblable à une plaque de police, mais gravé des initiales C.R.A. et du sceau officiel du Centre de Recherche sur les Anomalies. Elle fixa l’agent d’un regard intense.

« CRA ! », dit-elle simplement, d’un ton qui ne laissait aucune place à l’hésitation.

L’agent de police scruta un instant la plaque, la perplexité se peignant sur son visage. Les lettres, bien qu’inconnues pour lui, semblaient suffisamment officielles pour qu’il hésite à poser des questions.

« CRA… Je ne connais pas ? », dit-il perplexe.

« Oui c’est voulu ! », lui répondit Kitty qui s’apprêtait à passer sous la rubalise.

Il hocha finalement la tête, haussa un sourcil et leva la rubalise pour les laisser passer.

« Et vous comptez faire quoi ? On ne peut pas rentrer dans l’immeuble. », demanda-t-il.

« On s’occupe de ça. Pendant ce temps, il faut accélérer l’évacuation de la zone. Si ce bâtiment explose, je ne veux plus aucun civil dans le secteur. », ajouta Rita comme si elle était sa supérieure.

Alors que les deux femmes franchissaient le cordon de sécurité, il les suivit du regard, se demandant de quelle agence elle pouvait bien venir, puis il contacta ses supérieurs par radio pour leur faire un rapport de la situation et demander l’accélération de l’évacuation du quartier. Sans perdre de temps, de leur côté les filles avancèrent, leurs pas assurés dans le chaos silencieux de la zone sécurisée. L’immeuble, imposant et sombre, se dressait devant elles, ses murs muets dissimulant les otages.

Les deux équipières approchaient de l’entrée principale du bâtiment. Lorsque Kitty tendit la main pour tester le passage, sa paume heurta quelque chose d’invisible, un obstacle intangible, mais bien réel. À l’instant où sa peau entra en contact avec la barrière, une lueur bleue éclata en vagues scintillantes, dessinant un motif lumineux à l’endroit précis où elle appuyait et qui se propageait comme une vague sur toute la surface du bâtiment recouvert de cette barrière invisible.

Ce bouclier d’énergie semblait vivant, vibrant sous son toucher, comme si chaque pulsation en bleu révélait la puissance concentrée derrière cette technologie. C’était une barrière alien, une matrice énergétique infranchissable qui ne laissait rien traverser, pas même les particules d’air ou de poussière. Le champ bleu, presque hypnotique dans sa danse lumineuse, recouvrait tout l’immeuble, sa surface lisse et implacable comme une mer de verre bleuâtre, rendant le bâtiment aussi impénétrable qu’une forteresse.

Kitty échangea un regard avec sa coéquipière, puis lui fit signe de se diriger vers une ruelle à l’abri des regards des agents de police. Là, dissimulée dans l’ombre, elle tendit la main à sa coéquipière en face d’elle. D’un geste assuré, cette dernière attrapa sa paume. Ce simple contact permettrait à Kitty d’étendre son pouvoir, lui permettant d’entrer en phase non seulement elle-même, mais aussi toute personne en contact direct avec elle.

Concentrée, elle activa son pouvoir. L’espace autour d’elles changea imperceptiblement de texture, elles faisaient désormais partie d’un monde où la matière devenait floue. À cet instant, Kitty et sa coéquipière étaient en phase, immatérielles, leurs corps capables de traverser les surfaces comme des ombres intangibles. Ensemble, elles avancèrent, unies par ce lien invisible, et franchirent le bouclier sans bruit. L’onde bleutée les effleura, puis les laissa passer, comme si elles faisaient partie d’un rêve. Elles traversèrent également le mur derrière, leurs silhouettes glissant à travers le béton compact sans heurts, pénétrant dans le bâtiment telles des spectres.

De l’autre côté du mur, elles émergèrent dans une petite pièce plongée dans l’obscurité, où l’air semblait chargé de poussière et de silence. L’espace exigu, visiblement un local de rangement ou de maintenance, ne comportait qu’une seule porte. D’un signe de tête, elles se concertèrent, puis Kitty ouvrit doucement la porte pour éviter d’alerter qui que ce soit.

Elles avancèrent dans un couloir faiblement éclairé, leurs pas silencieux sur le sol de béton. Après quelques mètres, un petit escalier apparut, chaque marche produisant un léger écho à leur passage. Au sommet, elles empruntèrent un autre couloir, où les murs gris et les néons vacillants donnaient à l’endroit une atmosphère presque oppressante. L’endroit semblait désert, mais le léger brouhaha de voix, de murmures inquiets et d’agitations montait progressivement à mesure qu’elles avançaient.

Elles atteignirent enfin le hall principal, débouchant sur une vaste pièce où la lumière froide des plafonniers illuminait une foule dense. Là, rassemblés en un groupe compact, se tenaient les otages. Leurs visages, marqués par la peur et l’inquiétude, se tournèrent immédiatement vers les deux femmes, une surprise incrédule se peignant sur leurs traits. Chacun d’eux semblait se raccrocher au moindre signe d’espoir, et l’apparition des deux inconnues attira immédiatement leur attention.

Deux agents de sécurité armés, en uniforme, se tenaient aux abords de la foule. Probablement les agents de sécurité du bâtiment. Ils observaient les otages d’un œil vigilant, leur présence imposante suffisant à maintenir un semblant d’ordre malgré l’agitation croissante. Les agents, visiblement dépassés par la situation, tentaient de canaliser la foule pour éviter toute explosion de panique qui pourrait transformer la situation en un chaos incontrôlable. Ils se tournèrent eux aussi vers les deux nouvelles arrivantes, leurs regards à la fois interrogatifs et méfiants. Kitty jeta un regard rapide à sa coéquipière.

« Va chercher la bombe, je m’occupe de les faire sortir. », lui dit-elle.

« Fais attention, ne t’épuise pas. », lui répondit Rita, sachant bien que faire sortir tous ces gens en entrant en phase allait pousser Kitty dans ses limites.

Sans un mot de plus, Rita s’éloigna, ses pas rapides et silencieux se perdant dans les couloirs sombres de l’immeuble.

Kitty se tourna vers la foule d’otages, qui l’observait avec des regards emplis de doute, de peur, mais aussi d’espoir. Elle s’avança calmement vers eux, levant légèrement les mains pour signifier qu’ils pouvaient lui faire confiance. Chaque mouvement était calculé, cherchant à apaiser leurs nerfs et à leur transmettre un sentiment de contrôle.

« Écoutez-moi bien. Je suis là pour vous faire quitter cet immeuble en toute sécurité. Mais pour que ça fonctionne, il va falloir me faire confiance. », dit-elle, sa voix claire et posée malgré la tension ambiante.

Elle s’arrêta un instant, sondant les visages tendus devant elle.

« Je vais vous faire traverser la barrière qui entoure tout le bâtiment, mais je vais avoir besoin de votre calme absolu. »

Les murmures dans la foule se dissipèrent lentement, chaque mot qu’elle prononçait semblant offrir une lueur d’espoir.

« Vous allez vous organiser en petits groupes, dix personnes maximum. », continua-t-elle, son ton ferme mais rassurant.

Quelques visages émus, des parents serrant leurs enfants et des amis se regroupant, témoignaient de leur volonté de suivre ses instructions. Kitty s’efforça de leur sourire, ses yeux reflétant une sincérité qui les apaisait malgré la situation critique. Elle sentait qu’ils avaient besoin d’être rassurés, et elle allait faire tout son possible pour les mener en sécurité.

Après l’annonce de Kitty, une certaine organisation commença à se dessiner parmi les otages. Mais la panique latente reprit bientôt le dessus. Poussés par l’urgence et la peur, certains commencèrent à perdre patience, leur envie de quitter cet endroit prenant le pas sur toute rationalité. Des voix s’élevaient, chacun voulant passer en premier, créant une agitation nerveuse qui se propagea rapidement dans la foule. Des gens se pressaient vers l’avant, cherchant à forcer le passage dans un chaos grandissant. Kitty, consciente de la situation critique, jeta un regard circulaire, cherchant un moyen de contenir cette escalade de panique.

Soudain, un coup de feu retentit, et la salle plongea dans un silence abasourdi. Kitty sortit instinctivement son arme, pivotant pour identifier la source. Devant elle, l’un des agents de sécurité de l’immeuble se tenait droit, l’arme levée vers le plafond. Il l’abaissa lentement et tourna son regard vers la foule, son expression déterminée imposant le calme autour de lui.

« Elle vous a demandé de rester calmes. Nous allons tous sortir mais les enfants avec leurs parents d’abord. », déclara-t-il d’une voix forte et autoritaire.

Kitty n’appréciait guère les méthodes de cet agent de sécurité mais il avait au moins le mérite d’avoir calmé la foule. Un homme, saisi par une vague de protestation, commença à contester. L’agent, sans hésiter, braqua son arme vers lui, ses yeux durs et impitoyables.

« Je sortirai avec le dernier groupe. Ceux qui veulent être sûrs de sortir en dernier, continuez de l’ouvrir. », reprit-il d’un ton glacial.

L’effet fut immédiat. Un silence lourd s’installa à nouveau, la tension redescendant peu à peu alors que chacun prenait conscience que la discipline était leur seul espoir de sortir de là en sécurité. Kitty baissa son arme, une étincelle de soulagement dans le regard, et observa alors que l’agent désignait les premiers groupes, guidant les parents avec leurs enfants vers elle.

À l’étage, Rita, qui fouillait méthodiquement chaque pièce, l’interrogea par radio.

« C’était quoi, ce coup de feu ?! »

Kitty répondit avec calme.

« Rien, la situation est sous contrôle. Des nouvelles de la bombe ? »

Il y eut une pause, suivie d’un léger grésillement, avant que Rita réponde.

« Rien pour l’instant, mais je continue les recherches. »

Dans les airs, le FA-302 effectuait une ronde méthodique autour de l’immeuble. Depuis le cockpit, Jéjé balayait les alentours, ses yeux scrutant l’écran principal qui projetait un plan détaillé de la zone. Les instruments de détection scannaient chaque recoin des rues environnantes, traquant la moindre activité suspecte. Pourtant, malgré l’avancée de l’opération, rien d’étrange à signaler. Aucune présence d’une bombe à l’extérieur. Les scanners étaient bloqués dès qu’ils tentaient de pénétrer le champ d’énergie entourant l’immeuble, empêchant toute lecture des niveaux internes. La barrière infranchissable brouillait tous les signaux, rendant impossible toute surveillance précise des étages ou des salles à l’intérieur. Jéjé appuya sur son communicateur, la voix grave et concentrée résonnant dans le canal.

« Toujours rien d’inhabituel à l’extérieur, aucune trace de bombe autour du bâtiment. Mais le bouclier bloque tous mes scans à l’intérieur. »

Il marqua une pause, observant les rues en contrebas où plusieurs civils étaient encore présents malgré les directives de sécurité.

« Et il reste pas mal de monde dans le quartier. L’évacuation des alentours est loin d’être terminée. »

Le silence de l’équipe sur la ligne traduisait la tension grandissante. Malgré leurs efforts, le temps filait, et l’échéance se rapprochait.

Kitty guida le premier groupe d’otages, composé de parents et d’enfants, vers la petite pièce exiguë où elle et Rita étaient arrivées en traversant le mur. Les visages des otages exprimaient une perplexité grandissante, certains échangeant des regards inquiets. Comment allaient-ils sortir par ici, dans ce réduit sans issue apparente ? Le murmure confus monta, mais Kitty leva la main pour réclamer leur attention, son expression calme imposant le silence.

« Écoutez bien. Tenez-vous tous la main et ne la lâchez sous aucun prétexte. », dit-elle d’une voix ferme.

Elle balaya le groupe du regard, s’assurant que chacun avait saisi l’importance de l’instruction.

« Quand je vous le dirai, avancez tous en ligne droite, vers le mur en face. Ne vous arrêtez pas, ne posez pas de questions, et surtout, ne vous lâchez pas les mains. », reprit-elle toujours d’une voix ferme.

Malgré leurs hésitations, les membres du groupe obéirent, les adultes tenant fermement les mains des enfants, leurs visages tendus par la concentration et la crainte. Kitty prit une inspiration et, tout en attrapant la main de la personne à côté d’elle qui se trouvait au début de la chaine, elle activa son pouvoir pour entrer en phase, lança le signal d’un ton calme et confiant.

« Maintenant, on avance. »

D’un seul mouvement, le groupe franchit le mur, chacun avançant avec l’angoisse de se heurter à la paroi. Mais le champ immatériel de Kitty les fit glisser à travers le béton comme des ombres, leur perception se brouillant un instant alors qu’ils traversaient la matière. En un clin d’œil, ils se retrouvèrent de l’autre côté, dans la rue déserte, le choc évident sur leurs visages.

Avant qu’ils ne puissent poser des questions ou céder à la panique, Kitty sortit le flasheur, le pointant vers le groupe pour leur effacer la mémoire. Un flash de lumière vive emplit l’espace, et, quelques instants plus tard, leurs yeux clignèrent d’incompréhension. D’une voix posée, elle leur donna une consigne, peu inspirée, qui devait remodeler leur souvenir.

« Vous vous trouviez dans la rue et avez entendu une alerte à la bombe. Vous cherchiez à quitter le secteur. Allez dans cette direction, et vous trouverez les secours. »

Ils restèrent immobiles un instant, l’air hébété, puis se dirigèrent vers la zone de sécurité comme elle l’avait indiqué, leurs souvenirs modifiés effaçant toute trace de ce passage étrange et Kitty repartit en sens inverse à travers le mur.

Pendant qu’elle s'occupait des otages, Rita progressait avec détermination dans les étages supérieurs de l’immeuble. Son regard acéré passait au crible chaque recoin, et son pas léger et silencieux trahissait une discipline innée. Ses mains vérifiaient méthodiquement chaque meuble, chaque placard et chaque recoin des appartements déserts. La moindre étagère, les tiroirs, et même les murs étaient inspectés avec minutie, aucun détail n'échappant à sa vigilance.

Malgré son efficacité, la tension montait peu à peu. Elle savait que chaque seconde qui passait rapprochait l’équipe de l'échéance. Mais, fidèle à son entraînement militaire, elle ne montrait aucun signe de panique. Sa respiration restait calme, et chaque geste témoignait de son contrôle absolu. Elle sondait chaque centimètre des pièces et des couloirs vides et écoutait le moindre bruit, à l'affût de la bombe introuvable. Elle avançait, pièce après pièce, avec une rigueur presque mécanique, ses sens aiguisés tendus comme un arc. Pourtant, malgré sa persévérance, l'engin restait introuvable, et un sentiment d’urgence de plus en plus palpable s'installait en elle.

Au CRA, Marine fronça les sourcils en voyant un message s’afficher sur son écran. C’était Owen qui n’avait même pas pris la peine de les contacter par radio ou de les appeler. Sa réponse était laconique mais explicite : le camion transportant les ogives était déjà en route vers les coordonnées données par Jenko. Ses instructions, fermes et sans ambiguïté, indiquaient de ne pas intervenir sur le trajet du camion, pour ne pas risquer de se faire repérer et éviter à tout prix de déclencher l’explosion de l’immeuble. Marine se tourna vers John, lui résumant brièvement la situation. L’information semblait surprendre ce dernier, ses yeux se plissant d’incrédulité.

« Pourquoi est-ce qu’ils acceptent les conditions de Jenko aussi facilement ? », murmura-t-il, son ton trahissant une inquiétude mêlée d’agacement.

Quelque chose dans toute cette affaire lui paraissait étrangement complaisant, comme si une pièce manquait à leur compréhension.

« Marine, renvoie un message à Owen. Informe-le que l’évacuation du bâtiment est en cours, et qu’il doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour que ce camion fasse demi-tour. », ordonna-t-il, sa voix se durcissant.

Sans attendre une réponse, il se tourna et appuya sur son oreillette, faisant fi des consignes de Owen et donna ses ordres.

« Jéjé, ici John. Je veux que tu suives ce camion. Surtout reste en mode furtif et suis-le de loin, mais sois prêt à intervenir si la situation l’exige. »

Jéjé, déjà en vol dans son FA-302, reçut l’ordre avec un léger sourire, appréciant la prise d’initiative de John.

« Reçu. », répondit-il.

Ses mains glissaient avec assurance sur les commandes de l’appareil, tandis qu'il manœuvrait avec précision pour virer de bord et prendre la direction du camion. Le vrombissement des moteurs résonnait dans le cockpit, créant une mélodie presque euphorique. À mesure que le chasseur accélérait, une poussée l’entraînait dans son siège malgré les compensateurs qui absorbaient une partie des G, un rappel tangible de la puissance brute de la machine qu’il pilotait. Le paysage défilait en dessous de lui, un flou de couleurs vives et de formes indistinctes, tandis que le ciel, d’un bleu profond, s’étirait à l’infini. La ville s’éloignait rapidement. Chaque virage était précis, chaque ajustement savamment calculé, le tout orchestré par l’adrénaline qui pulsait dans ses veines. Il pouvait presque sentir la chaleur des moteurs qui vibraient sous ses mains, lui rappelant que chaque seconde comptait dans cette course contre la montre.

Après avoir donné ses ordres, John se tourna vers l’écran, où les flux de données que KIT analysait continuaient de défiler.

« KIT, du nouveau sur l’origine du signal pirate ? », demanda-t-il, l’urgence perçant dans sa voix.

L’IA répondit d’une voix neutre, teintée d’une touche de concentration.

« Pas encore. Le signal est particulièrement difficile à remonter. Il utilise des relais cryptés à travers plusieurs pays et change constamment de nœud de connexion. Le pirate semble avoir prévu plusieurs couches de protection pour dissimuler son emplacement, ce qui complique la traçabilité. »

John soupira, la mâchoire crispée, son regard tourné vers Clémence.

« Et toi ? Des nouvelles sur le projet Horizon ? », demanda-t-il.

Clémence secoua la tête, visiblement frustrée et répondit :

« Rien de plus pour l’instant. Sans les accès et le soutien d’Owen, j’ai atteint une impasse. Je continue de chercher, mais ça pourrait prendre du temps. »

Un silence chargé de tension s’installa, jusqu’à ce qu’une voix s’élève discrètement depuis le fond de la pièce.

« Moi, j’ai quelque chose. »

Tous se retournèrent, surpris, comme s’ils avaient momentanément oublié la présence de Mathilde, discrète dans l’ombre. Elle se tenait au poste de travail d’Owen, son regard décidé, une étincelle de satisfaction mêlée de sérieux dans les yeux. Son visage était éclairé par la lueur bleutée de l’écran. D’un geste assuré, elle tapa quelques commandes, et plusieurs fenêtres s’affichèrent sur l’écran principal, montrant des captures de discussions animées sur divers forums conspirationnistes. Des titres accrocheurs, des phrases en majuscules et des symboles en tous genres envahissaient l’écran, chaque post débordant de théories et de spéculations enflammées.

« Dès que ce Jenko a mentionné le projet Horizon publiquement, les forums conspirationnistes et le dark web se sont enflammés. », commença-t-elle, ses yeux parcourant rapidement les messages.

« Ces gens pensent que le gouvernement leur cache tout un tas de trucs secrets… et on ne peut pas vraiment leur donner tort vu ce que j’ai appris ici… Mais bref, ce n’est pas le sujet. », poursuivit-elle.

Elle pointa un fil de discussion particulièrement animé où les utilisateurs débattaient furieusement sur le projet et commenta :

« Les informations commencent à circuler. Ils disent que ce projet visait à développer des armes surpuissantes… des ogives d’une puissance de plusieurs centaines de mégatonnes. »

À ces mots, le silence se fit dans la salle, chaque membre de l’équipe mesurant l’ampleur de la révélation. Mathilde continua, son ton devenant plus grave.

« Et il est question d’un minerai spécial qui augmenterait la puissance des bombes, un minerai qu’ils appellent du Naquadah. »

John resta figé un instant, la mention de ce minerai éveillant un éclat d’inquiétude dans son regard. Il se tourna lentement vers Mathilde.

« De Naquadah, vraiment ? C’est un minerai d’origine extraterrestre, capable de délivrer une puissance sans commune mesure. », dit-il inquiet.

Il leva son bras droit, montrant l’appareil greffé à son avant-bras.

« C’est le Naquadah qui alimente cet appareil. Ce métal est rare et hautement instable, mais sa capacité énergétique dépasse tout ce qu’on peut trouver sur Terre. Si ces ogives sont réellement enrichies avec ce minerai, la destruction qu’elles peuvent causer est inimaginable. Je me demande comment ils ont mis la main là-dessus. », dit-il avec gravité.

La simple mention de ce minerai avait convaincu John que ces pseudos enquêteurs sur ces forums avaient des informations importantes sur ces armes. Les visages autour de lui s’assombrirent, les expressions autrefois concentrées se durcissant sous le poids de la réalité. Chacun, plongé dans ses pensées, prenait soudain pleinement conscience de la menace que représentaient de telles armes. Bien plus que des dispositifs de destruction, c’étaient des instruments de terreur capables de réduire à néant des vies et des lieux en un instant. La tension dans la pièce devenait presque palpable, chaque membre de l'équipe réalisant que l'échec n'était tout simplement pas une option. Ils devaient récupérer ces ogives avant Jenko.

« Jéjé, ne lâche pas ce camion ! Suis-le ! Quoi qu’il arrive ! », dit John dans la radio.

« Bien reçu. », répondit-il, déjà à la poursuite du camion qui se dirigeait vers les coordonnées données par Jenko.

En ville, Rita descendait l’escalier d’un pas rapide, les échos de ses pas résonnant dans le silence oppressant des lieux. Son esprit était préoccupé, chaque pensée guettant un détail qu’elle aurait pu manquer. Elle avait passé en revue chaque étage, scruté chaque pièce, exploré chaque recoin du bâtiment, mais sans le moindre indice sur l’emplacement de la bombe ou même du dispositif qui générait ce bouclier. Les murs gris et nus, faiblement éclairés par les rares néons, paraissaient soudain plus hostiles. Une pensée insidieuse s’immisça alors dans son esprit, formant un nœud d'inquiétude dans son ventre : et si cette menace d’explosion n’était qu’un leurre, une diversion savamment orchestrée pour les tenir à l’écart, tandis que Jenko mettait son véritable plan en œuvre ailleurs ?

En atteignant les dernières marches, Rita aperçut Kitty près de l’entrée du hall, affaissée sur le sol. La jeune femme semblait exténuée, ses traits tirés et son regard voilé par la fatigue. Elle respirait avec difficulté, et des mèches de cheveux, collées par la sueur, encadraient son visage épuisé. Chaque sauvetage avait exigé d’elle une énergie phénoménale : pour chaque groupe d’otages, elle avait dû phaser deux fois. Une première fois pour les faire sortir à travers le mur et le bouclier en étendant son pouvoir à dix personnes et une seconde fois pour retourner dans le bâtiment chercher les suivants. Le poids de l’effort paraissait accablant. Kitty leva les yeux vers Rita, essuyant une goutte de sueur sur son front, et tenta un sourire fatigué, son souffle encore irrégulier, tandis que ses épaules retombaient, signe de l’épuisement accumulé. Rita s’approcha sans hésitation, ses pas fermes, et posa une main compatissante sur l’épaule de sa coéquipière.

« Ça va ? », demanda-t-elle d’une voix calme, tout en l’évaluant du regard, cherchant à mesurer son état.

Kitty leva les yeux vers elle, ses traits fatigués mais déterminés.

« Ça va… C’est juste… que ça fait beaucoup de fois à entrer en phase en peu de temps. Encore un groupe et on aura terminé l’évacuation. », répondit-elle en esquissant un faible sourire.

Rita posa un regard empreint de compassion sur Kitty, comprenant mieux que quiconque ce que l’usage intensif de son pouvoir pouvait infliger au corps d’un alpha. Elle se souvenait trop bien de ses propres expériences, de la fatigue dévorante qui suivait chaque usage prolongé de son propre pouvoir. D’un geste rapide, elle fouilla dans une poche de sa combinaison et en sortit une barre énergétique qu’elle tendit à sa collègue, ses yeux brillants d’une lueur à la fois encourageante et ferme.

« Tiens, mange ça et prends cinq minutes pour te reposer. », dit-elle d’un ton qui se voulait conciliant, mais avec une autorité indéniable, presque comme un ordre adouci par la bienveillance.

Kitty acquiesça sans discuter, acceptant la barre avec un faible sourire reconnaissant, trop épuisée pour refuser ce répit bien mérité. Alors qu’elle reprenait son souffle et que Rita l’observait avec une attention protectrice, un homme sortit du hall, son visage marqué par l’irritation et l’impatience. C’était le même individu qui avait déjà protesté plus tôt, mais cette fois, il semblait encore moins disposé à patienter. Il s’approcha des deux femmes d’un pas lourd, sa voix agacée résonnant dans le hall.

« C’est bien joli, votre repos, mais moi, je veux sortir d’ici, et tout de suite ! », lança-t-il, ses yeux lançant des éclairs, indifférent à l’épuisement visible de Kitty.

Rita, d’un geste instinctif et précis, dégaina l’un de ses sabres, le maintenant à quelques centimètres du visage de l’homme. D’ordinaire impassible et maîtrisée, sa réaction cette fois-ci trahissait une intensité inhabituelle, presque disproportionnée. La tension accumulée depuis le début de la mission, l’urgence de la situation et son désir ardent de protéger sa coéquipière et amie semblaient se mêler dans un même élan. Elle avait besoin d’agir, et peut-être aussi d’évacuer un peu de la frustration née de son incapacité à localiser la bombe malgré ses recherches méticuleuses. La lame étincelait sous la lumière blafarde, son acier poli renvoyant une froide lueur qui parut figer l’homme sur place.

« Écoutez-moi bien. On est les gentilles de l’histoire, mais si vous voulez que votre tête et vos pieds quittent ce bâtiment en même temps, je vous conseille de retourner dans le hall et d’attendre votre tour. », dit Rita d’une voix dure et tranchante, son regard perçant le scrutant sans ciller et le visage impassible.

L’homme, déstabilisé, ses yeux rivés sur la lame pointée vers lui, sentit la peur le gagner. L’assurance qui avait guidé ses mots se volatilisa en un instant. Face à la détermination impitoyable dans le regard de Rita, il resta silencieux, sa bouche entrouverte, avant de faire demi-tour, battant en retraite sans un mot, visiblement ébranlé. Rita rangea son sabre avec un calme imperturbable, jetant un regard entendu à Kitty, qui esquissa un sourire discret, soulagée de ce soutien infaillible.

« Je crois que tu l’as fait se pisser dessus. », lui dit Kitty en souriant.

Au CRA, John, Mathilde, Clémence et Marine échangeaient leurs hypothèses sur le projet Horizon et les intentions de Jenko. Clémence et Marine, malgré leur implication dans la discussion, restaient concentrées sur leurs écrans, leurs doigts dansant sur les claviers alors qu’elles continuaient d’éplucher des informations et surveillaient les mouvements en ville et ceux du camion transportant les ogives à travers les images satellites en temps réel.

Soudain, KIT intervint d’un ton posé mais pressant, captant l’attention de tous.

« J’ai pu remonter et localiser l’origine du signal pirate. »

Les regards se tournèrent immédiatement vers l’écran où la carte de la ville s’afficha. Un point clignotant marquait une zone industrielle à la périphérie, un hangar isolé entouré d’entrepôts et de friches. La carte détaillée montrait la position exacte du hangar, accompagné de données géographiques. John observa l’emplacement avec un froncement de sourcils, évaluant la situation.

« Bien joué, KIT ! », dit-il, une étincelle de détermination dans le regard.

La tension monta d’un cran, chaque membre de l’équipe conscient que la localisation de ce hangar pourrait bien être la clé pour stopper Jenko et récupérer les ogives avant qu’il ne mette son plan en œuvre.

« Si Jenko est là-bas, alors il est temps de lui rendre une petite visite. », ajouta John.

Il se tourna lentement vers Mathilde. Un sourire à peine esquissé se dessina sur son visage, un sourire de connivence, celui qui ne nécessitait aucune parole pour être compris. Son regard était un mélange d’assurance et de complicité, un message silencieux : J’ai besoin de toi sur ce coup. On part en mission.

Mathilde, assise devant le bureau d’Owen, perçut immédiatement la signification de ce sourire. Son expression se transforma en un écho du sien, un léger sourire en coin qui marquait son assentiment. Sans un mot, elle se leva, le regard déterminé, les épaules droites, prête à affronter cette nouvelle épreuve à ses côtés. L’échange silencieux entre eux, empreint de respect et de confiance, disait tout de la relation naissante entre eux.

L’heure était venue d’agir, et pour Mathilde, cette mission représentait bien plus qu’une simple opération. Depuis son arrivée au CRA, elle avait accumulé les entraînements, les épreuves, les défis. Cette mission, c'était l’occasion de prouver qu’elle avait sa place parmi eux, qu’elle n’était plus seulement une recrue mais une véritable membre de l’équipe. Elle sentait une légère nervosité dans sa poitrine, mêlée à une détermination intense, cette sensation unique d’être sur le point de faire ses preuves. Mais plus encore, elle ressentait une profonde gratitude envers John, qui lui offrait enfin l’opportunité de prouver sa valeur sur le terrain. Cette confiance qu’il plaçait en elle allégeait la pression de ses épaules, remplaçant la tension par une chaleur douce et stimulante. Elle se sentait prête, et savoir qu’elle allait partager cette première mission avec lui la rendait d’autant plus enthousiaste. C’était comme si, au-delà de la mission, un lien supplémentaire se tissait entre eux, un lien qu’ils semblaient être les deux seuls à ne pas avoir remarqué au CRA…


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