Sous le masque d'Hedora

📖 ASCENDIUM Cycle I Hedora ville de merveilles ! ✍️ DreamSky 📝 3468 mots

Leurs pas les menèrent jusqu’à un hôtel enchâssé dans une tour élancée de verre et de titane. L’entrée, vaste et épurée, baignait dans une lumière froide. Un silence solennel y régnait, presque religieux.

Le hall était immaculé, surfaces blanches, lignes parfaites, aucun grain de poussière, aucun défaut. Quelques passants s’y croisaient sans bruit, certains rentrant d’une journée de labeur, d’autres commençant leur service nocturne. Des plantes sculpturales, rares et parfaitement entretenues, tentaient de briser la glace… en vain.

Au fond, un immense escalier menait à une unique rangée de portes encastrées, des ascenseurs, probablement. À côté, un petit comptoir, minuscule îlot dans la froideur géométrique du lieu.

L’humaine s’approcha du comptoir. Le droïd réceptionniste se redressa, ses capteurs clignotant d’une lueur incertaine. Une micro-étincelle grésilla dans son torse métallique.

— Bonsoir. Nous aurions besoin de deux chambres pour la nuit. Il vous reste de la place ? demanda Seyra posément.

Le droïd vibra. Un son strident s’échappa de son module vocal, comme un souffle déchiré.

— Crrr… cr-rr… Analyse en cours… Deux chambres disponibles. Secteur 8-Y et 8-W.

Sa voix saccadée sonnait presque douloureuse.

— Parfait, on prend. répondit-elle sans hésitation.

— Procédez… crrr… au paiement.

Seyra sortit un petit cube translucide qu’elle fit glisser devant le terminal. Une douce teinte vert jade s’illumina : validation.

— Transaction approuvée. Bonne… crrR… stase réparatrice.

Adam observa la machine, fronçant les sourcils. Alors qu’ils s’éloignaient vers les ascenseurs, il souffla :

— Sérieusement… ils sont tous en mauvais état, ici ? On dirait qu’il agonisait.

Seyra eut un petit rire — pas amusé, mais lucide.

— Pas tous. Juste ceux qu’on cache. Les droïds de façade brillent comme des joyaux. Ceux-là… elle jeta un bref regard par-dessus son épaule vers le réceptionniste qui tremblait encore imperceptiblement… disparaissent quand la vitrine n’a plus besoin d’eux.

Adam soupira. — Hedora… la perfection en surface.

— Et la rouille dessous, répondit Seyra calmement. Bienvenue au cœur du Consortium.

Ils s’arrêtèrent devant deux portes adjacentes. Seyra posa une main sur la poignée de la sienne.

— Repose-toi. Tu vas en avoir besoin. Elle marqua une pause avant d’ajouter, presque complice : — Je connais un restaurant humain pas loin. Très discret. On y mange dans trois heures. D’accord ?

Adam acquiesça, un mince sourire aux lèvres.

— Marché conclu. Et… merci.

— Ne me remercie pas. murmura-t-elle avant d’entrer.

Adam hocha la tête, reconnaissant pour l’organisation sans faille de Seyra. Alors qu’elle tournait le bouton de la porte de sa chambre, il se surprit à apprécier ce moment de calme avant la tempête. La journée avait été intense, et il savait que les défis à venir seraient encore plus redoutables. Mais pour l'instant, un bon repas et une nuit de repos étaient exactement ce dont ils avaient besoin pour recharger leurs forces.

Il entra dans sa chambre modeste, simple mais fonctionnelle. Un lit unique trônait au centre de la pièce, accompagné d'une table de chevet, d'une petite table avec une chaise dans un coin, et d'une porte menant à une salle de bain exiguë. Le confort n’était pas au rendez-vous, mais Adam savait que dans sa situation, le luxe était un luxe qu’il ne pouvait pas se permettre.

Il se déshabilla et se dirigea vers la douche. L'eau s'écoulait en une cascade régulière du plafond, enveloppant la salle de bain d'une vapeur apaisante qui embuait les murs et le miroir. Sous le jet chaud, Adam laissa la chaleur pénétrer ses muscles fatigués, apaisant les douleurs accumulées au fil de la journée. Les événements récents défilèrent dans son esprit : son arrivée sur Hedora, la grandeur intimidante de la ville, et cette sensation persistante de décalage qui le troublait.

Tout dans cette ville semblait si parfait, si impeccablement orchestré, que cela en devenait presque inquiétant. L'éclat et la propreté de chaque recoin contrastaient violemment avec les réalités plus sombres et plus rudes des autres mondes qu’il avait parcourus. Pourquoi cette impression persistante que tout n'était qu'une façade, un masque soigneusement construit pour dissimuler quelque chose de moins reluisant ? Était-ce simplement le choc de découvrir une ville d'une telle envergure et sophistication pour la première fois, ou y avait-il quelque chose de plus profond qui échappait encore à sa compréhension ? Une inquiétude sourde continuait de résonner en lui, malgré le calme apparent de son environnement.

Après avoir pris le temps de se laisser aller à la détente, Adam sortit de la douche, sa peau encore chaude et légèrement rougie par la vapeur. Il enfila des vêtements propres, puis se glissa sur le lit. Bien que le matelas ne fût pas des plus confortables, il offrait néanmoins un répit bienvenu. La fatigue accumulée tout au long de la journée finit par l'emporter, et Adam s'endormit rapidement, ses pensées se dissipant peu à peu dans le brouillard du sommeil, emportant avec elles, au moins pour un temps, les inquiétudes qui l'avaient tourmenté.

De nouveau, Adam se retrouva plongé dans cet univers étrange, où chaque sensation semblait amplifiée, chaque son résonnant avec une intensité presque surnaturelle. Un bourdonnement lointain, à la fois apaisant et angoissant, envahissait ses oreilles, se fondant dans un murmure planant qui semblait émaner de toutes parts. Il se tenait à nouveau dans cette pièce obscure, une semi-obscurité oppressante l'enveloppant. Une lueur vacillante commença à émaner d'une console, ses lumières pulsant doucement comme un cœur mécanique s'éveillant lentement à la vie.

À mesure que la console s'illuminait, révélant des symboles inconnus gravés sur ses surfaces métalliques, une porte s'ouvrit avec un léger grincement qui résonna dans le silence épais de la pièce. Une silhouette mystérieuse, floue et insaisissable, apparut dans l'embrasure, lui faisant signe de la suivre d'un geste lent et presque hypnotique.

Sans hésitation, mais avec une étrange sensation d'inéluctabilité, Adam s'avança vers la silhouette. Chaque pas résonnait sous ses pieds comme un écho lointain, accentuant son appréhension. En franchissant le seuil de la porte, un voile lumineux l'enveloppa, et il se sentit soudain projeté dans un tunnel d'hyperespace. Le passage était une tornade de couleurs tourbillonnantes, chaque nuance s'entrechoquant pour créer une symphonie visuelle qui semblait engloutir le temps lui-même. Les secondes s'étiraient, se transformant en minutes, puis en heures, alors que les symboles étrangers défilaient devant ses yeux, se multipliant et s’entrelaçant jusqu'à envahir totalement son champ de vision.

Puis, sans prévenir, il émergea brusquement de cet hyperespace oppressant. Il se retrouva debout sur une plateforme rectangulaire et métallique, suspendue au-dessus d'un océan d'un gris infini, où l'horizon se fondait dans le ciel morne. La pluie s'abattait en gouttes lourdes et glaciales, martelant la plateforme avec une régularité sinistre. Le vent hurlait autour de lui, mêlant les rugissements de la mer déchaînée aux claquements métalliques de la structure. Chaque vague qui se brisait contre les bords de la plateforme envoyait des éclaboussures salées dans l'air, ajoutant à la sensation de froid mordant qui pénétrait ses vêtements et s'infiltrait jusqu'à ses os.

Adam était seul. La silhouette avait disparu, ne laissant derrière elle que le souvenir de sa présence éphémère. Il se tenait là, perdu au milieu de cette étendue d'eau interminable, une minuscule île de métal ballotée par les éléments, comme un radeau abandonné dans une mer sans fin.

Le son étrange qui l'avait accompagné jusque-là s'intensifiait, venant des profondeurs insondables de l’océan. C'était un mélange de murmures lancinants et de grondements sourds, un appel irrésistible qui semblait s'insinuer dans son esprit, lui dictant des actions contre sa volonté. Ses pieds commencèrent à bouger d'eux-mêmes, le portant inexorablement vers le bord de la plateforme. Il tenta de résister, mais son corps ne répondait plus à sa volonté. L’appel devenait de plus en plus insistant, plus intense, jusqu'à ce qu'il soit contraint de plonger dans l'eau noire et glaciale.

L'instant où il pénétra dans l'océan, le froid le saisit avec une violence brutale. La morsure du gel pénétra sa peau, se propageant dans ses veines comme un poison. L'eau dense et sombre l'enveloppait, l'engloutissant dans une étreinte mortelle. Le poids de l'eau comprimait sa poitrine, et chaque battement de son cœur résonnait dans sa tête comme un tambour assourdissant. Il sentait son souffle se raréfier, tandis qu'il s'enfonçait inexorablement vers les ténèbres sous-marines, attiré par une force invisible et indomptable. Le son étrange, désormais un rugissement assourdissant, le conduisait toujours plus profondément, jusqu'à ce que tout devienne noir, et que le silence absolu le prenne dans ses bras glacés.

L'alarme du réveil résonna brusquement, extirpant Adam de son rêve récurrent, toujours identique, toujours troublant. D'un mouvement brusque il se redressa instinctivement d'un sursaut, son corps secouait, traversait de frissons comparable à ceux provoqué par un bain glacial. Le contraste de température, le désorientait, chaleur réconfortante dans la chambre et froid glacial d'un lieu rêvait ou cauchemardait, il ne savait trop quoi en penser. Que pouvais signifier ce rêve revenant sans cesse, tel une boucle : un monde océanique, sensation de perte écrasante et surtout cet appel mystérieux résonnant encore dans son esprit, comme l'écho d'un autre monde.

Brutalement ses réflexions furent interrompues par le fracas d'un tambourinement sur la porte de sa chambre. Ce bruit fort désagréable était entrecoupé de la voix douce et énergétique de Seyra

—Allez debout ! DEBOUT ! Réveil-toi Adam ! C'est l'heure de partir, nous avons une réservation dans le restaurant dont je t'ai parlé, allez ne trainons pas !

Encore sous le choc de son rêve, Adam se leva lentement, son esprit engourdi par les images vives de l'océan sombre et de la silhouette énigmatique. Chaque pas vers la porte était un effort pour se défaire de l'emprise de ce cauchemar, se demandant si ce qu'il avait vécu pendant son cours sommeil était simplement un rêve ou si quelque chose de plus profond, de plus inquiétant, se cachait derrière cette expérience troublante.

En ouvrant la porte, il tenta de chasser ces pensées, mais l'inquiétude continuait de murmurer à l'arrière de son esprit. Les mystères de la nuit pesaient sur lui, et il savait qu'ils ne le quitteraient pas de sitôt. Mais pour l'instant, il devait se concentrer sur l'instant présent et sur ce que le reste de la soirée lui réservait, même si le spectre de son rêve continuait à le hanter.

La nuit enveloppait Hedora, seulement illuminé par le halo dorée de la cascade et les lumières scintillantes de la ville, telles des étoiles artificielles, créaient un ciel urbain qui masquait l'immensité véritable au-dessus. Seules les deux lunes de la planète brillaient dans l'obscurité, leur éclat pâle se reflétant sur les surfaces métalliques des bâtiments, comme des lanternes silencieuses veillant sur la cité. Au loin, le vaisseau, stationné sur la lune d’arrivée, n'était plus qu'un petit point lumineux, presque imperceptible.

Adam, plongé dans ses pensées, ruminait encore le rêve étrange qui continuait de le hanter. L'image de cet océan infini, et l'appel irrésistible qui l'avait entraîné dans les profondeurs, restaient gravés dans son esprit, insaisissables mais omniprésents. Seyra, à ses côtés, percevait son trouble sans oser interrompre le flot de ses réflexions, respectant le silence qui les accompagnait.

Ils arrivèrent enfin au restaurant humain après une courte marche depuis l'hôtel. L'endroit, modeste mais accueillant, dégageait une atmosphère chaleureuse et nostalgique. Les murs, recouverts de panneaux en bois vieilli, étaient ornés de photos en noir et blanc immortalisant des scènes de la vie française du XXe siècle. Des néons décolorés, en forme de palmiers et de voitures anciennes, ajoutaient une touche de charme rétro, projetant une lumière douce et diffuse sur les tables en Formica brillant, soigneusement espacées pour créer une ambiance intime.

À l'entrée, une clochette tinta doucement lorsque la porte s'ouvrit, libérant un mélange irrésistible d'arômes : des effluves de viande grillée, de sauces mijotées, et d'herbes fraîches emplirent l'air. Cette odeur réconfortante de cuisine traditionnelle baignait le restaurant, enveloppant les clients dans une chaleur familière. Le léger cliquetis des assiettes et des couverts, mêlé aux conversations animées des convives, ajoutait une vivacité discrète à l’atmosphère accueillante.

Les tables, décorées simplement avec des nappes à carreaux rouges et blancs, arboraient de petits pots de condiments, accentuant l'ambiance rétro du lieu. Des chaises en cuir usé, confortables et légèrement rembourrées, invitaient les clients à s’installer et à se détendre, oubliant pour un moment le monde extérieur. Les serveurs, vêtus de tabliers et de chemises à rayures, se déplaçaient avec une efficacité fluide, échangeant des sourires amicaux avec les clients, contribuant à l'impression d'un endroit où le temps semblait s’être arrêté, permettant à chacun de savourer l'instant présent.

Lorsque Adam et Seyra s’installèrent à leur table, ils furent immédiatement enveloppés par l'atmosphère chaleureuse du restaurant. Le contraste entre la sophistication moderne de la ville et le charme rustique de cet endroit était saisissant, offrant un refuge douillet loin de l’agitation extérieure. Le bœuf bourguignon d’Adam, recommandé avec enthousiasme par la serveuse, dégageait une odeur riche et envoûtante, tandis que les pâtes au pesto de Seyra libéraient un parfum d'herbes fraîches et d'ail, embaumant l'air de notes réconfortantes.

Le restaurant, bien que modeste, affichait des prix raisonnables à 25 Consors par plat.

Alors qu'ils attendaient leurs plats, Seyra brisa le silence, son visage empreint de sérieux.

—Adam, demain sera une journée chargée. Nous devons récupérer Kiran dès que possible, puis nous irons acheter de l'équipement. Tes vêtements d’archéologue ne sont plus adaptés, ils attirent trop l’attention, et il en va de même pour Kiran. Nous commencerons donc par le quartier commercial pour nous équiper : vêtements appropriés, armes, trousses de soins, et tout ce dont nous aurons besoin. Ensuite, vers 20h, nous nous rendrons dans le quartier de ZETA HEAVEN pour retrouver mon contact au pub du Roosevelt.

Adam écoutait attentivement, acquiesçant à chaque détail avant de proposer

— Si tu es d'accord et que nous avons un peu de temps, j’aimerais qu’on se rende à l’immense bibliothèque historique du Consortium. Peut-être que je pourrais y découvrir quelque chose sur les Esthérian's.

Seyra, tout en savourant une bouchée de ses pâtes, acquiesça.

— Pourquoi pas, si cela peut nous être utile. Nous verrons comment organiser ça.

Alors qu’Adam continuait à réfléchir, une question restait dans son esprit, insistant pour être posée. -Seyra, cette ville… elle semble tellement parfaite. Est-elle vraiment ainsi dans son ensemble ?

Seyra prit un instant pour formuler sa réponse, ses pensées pesant la complexité de la vérité.

— Non, pas exactement. La ville est en réalité construite en forme de vasque, composée de trois niveaux, trois plateaux distincts. En fait, cette vasque s’enfonce dans un immense cratère d’impact et plonge même sous la surface. Nous sommes actuellement sur le plateau supérieur de la ville, le quartier idyllique réservé aux plus riches et aux puissants. Ici se trouvent le quartier médical, touristique, politique, culturel, ainsi que les hôtels de luxe. C'est le visage public de Hedora, le plus beau, le plus prospère, celui que le Consortium aime exhiber.

Elle fit une pause, son ton devenant plus grave, son regard s’assombrissant.

— Mais il y a plus bas, d’autres niveaux. Le plateau d’habitation, Résidentia qui se trouve juste en dessous, est le cœur battant de la ville. C'est là que réside la majorité des habitants. On y trouve aussi un quartier commercial, un quartier d'affaires, des zones industrielles, et des établissements médicaux et culturels, mais c’est déjà moins brillant, plus fonctionnel, plus identiques aux autres mondes, sales et gangrené par la pauvreté grandissante. On y trouve aussi une immense forêt sombre ou la pluie ne s'y arrête jamais !

— La cascade...

— Exact.. Et puis, il y a le dernier plateau… les bas-fonds de la ville sur urbanisé. C'est là que nous devons nous rendre demain, pour retrouver mon contact.

Elle marqua une nouvelle pause, pesant la gravité de ce qu'elle s’apprêtait à dire.

— Les bas-fonds, c’est le véritable antre des vices : trafics de drogues, d’esclaves, prostitution, commerce d’armes, de corps, d'organes. C’est une zone où la déchéance règne, peuplée de clubs, de boîtes de nuit, et d'établissements douteux. Le Consortium laisse cette pourriture se répandre volontairement. La mafia y règne en maître, contrôlant la majorité des activités illégales. C’est un endroit dangereux, Adam. Nous devrons être extrêmement prudents.

Adam hocha lentement la tête, assimilant l'information. L'image idyllique de Hedora se fracturait sous le poids de la réalité, révélant une ville bien plus complexe et sombre qu’il ne l’avait imaginé. Le lendemain, ils devraient affronter cette face cachée de la ville, et il savait que cela demanderait toute leur vigilance.

Adam, profondément absorbé par les informations que Seyra venait de lui révéler, ne pouvait s'empêcher de réfléchir à la dualité de cette ville si brillamment façonnée. Comment un endroit aussi magnifique pouvait-il dissimuler des ténèbres aussi profondes ? Pour l'instant, il choisit de se concentrer sur le repas et sur les préparatifs pour la journée à venir, sachant que le contraste entre les deux visages de Hedora allait inévitablement marquer leur aventure de manière significative.

— Comme toute perfection, il y a toujours un revers. Depuis notre arrivée ici, j’ai l’impression que tout n’est qu’une façade , confia-t-il à Seyra, dévoilant enfin les inquiétudes qui le tourmentaient.

Seyra prit un moment pour peser ses mots avant de répondre.

— Je comprends ce que tu ressens, mais je ne dirais pas que tout est une simple illusion… Hedora est véritablement une ville de merveilles. Les fontaines, les musées d’art, le théâtre des songes, l’architecture, tout cela fait d’elle un lieu exceptionnel. Et les paysages, n'en parlons pas, ils sont à couper le souffle. Mais il est vrai qu'il existe une autre face, moins reluisante, derrière cette splendeur. Pour certains, ce royaume des vices pourrait même représenter une forme de beauté perverse, une fascination pour ceux qui recherchent l’interdit, le brut, le non-civilisé.

Adam acquiesça, mais l’inquiétude restait palpable dans son regard. Il prit une bouchée de son bœuf bourguignon, tentant de dissiper les pensées sombres qui l'assaillaient.

— Peut-être, mais il y a quelque chose d’étrange qui me dérange… Peut-être que c’est juste la fatigue, ajouta-t-il, pensif. Après une courte pause, il changea de sujet, une question plus pragmatique venant à l’esprit.

— Ton informateur est en place depuis longtemps ?

Seyra, consciente du besoin de le rassurer, hocha la tête.

— Oui, il est sur le terrain depuis plusieurs mois. Nous attendions simplement le bon moment pour passer à l’action. Il y a eu un moment où nous avons craint qu’il ait été démasqué et qu’il soit en danger, mais c’était une fausse alerte. Je ne peux pas encore tout te dire sur notre mission, mais sache qu’il est fiable, et c’est ce qui compte pour l’instant. Kiran devrait aussi être mis au courant de la situation.

Adam se détendit légèrement, réconforté par la confiance que Seyra affichait en leur informateur.

— Je te fais confiance. Nous verrons bien demain. Pour l’instant, une bonne nuit de sommeil est essentielle. Je commence vraiment à sentir le poids de ces derniers jours.

Il fit signe au serveur pour demander l’addition, sentant la fatigue l’envahir un peu plus. L'idée de se glisser dans un lit et de laisser ses pensées se dissiper dans le sommeil lui paraissait de plus en plus attirante. Le lendemain les attendait avec son lot de défis, mais pour l’instant, Adam savait que le meilleur moyen de les affronter était de se ressourcer, mentalement et physiquement, pour être prêt à faire face à ce que la journée allait leur réserver.

En sortant du restaurant, Adam fut soudain attiré par une affiche holographique qui scintillait dans l'obscurité. Les caractères lumineux rouges projetaient un message qui fit l'effet d'une décharge électrique : « Mort ou vif ». Le texte détaillait que trois archéologues étaient activement recherchés pour des crimes considérés comme de la haute trahison envers le Consortium. La récompense pour toute information menant à leur capture s’élevait à 100 000 Consorts, tandis que celui ou celle qui parviendrait à livrer les fugitifs, vivants ou morts, toucherait la somme colossale d’un million de Consorts.

Les mots de l’affiche résonnèrent dans l’esprit d’Adam comme un coup de tonnerre. Les fugitifs, c’était eux ! La raison du contrôle strict à leur arrivée sur Hedora devenait soudainement limpide. Une sueur froide perla sur son front alors qu’il réalisait l'ampleur de la situation. Seyra avait peut-être raison après tout : les coordonnées enregistrées à leur arrivée pourraient bien avoir été celles de ce monde, et non de Neuror, comme ils l’avaient supposé. L’armée du Consortium avait probablement prévu leur venue, prête à les arrêter dès qu’ils poseraient pied sur cette planète.

Une vague d'angoisse monta en lui alors qu'il comprenait à quel point ils étaient en danger. Leur couverture, aussi discrète qu’elle ait pu paraître, risquait d’être rapidement compromise. Chaque personne dans la rue, chaque visage croisé, pouvait être un ennemi potentiel, attiré par la récompense alléchante. Adam échangea un regard chargé de tension avec Seyra, conscient que leur situation venait de devenir infiniment plus périlleuse.


💬 Commentaires 0

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
💬

Aucun commentaire pour le moment

Soyez le premier à partager vos impressions !