Prologue

📖 Bon voyage, capitaine Glenn ✍️ CharlyZarkov 📝 488 mots
Vivez votre voyage, car tout départ n’est qu’une porte ouverte sur une autre destination.

(dicton éternien)


Ça ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait vu jusqu’alors.

Ce n’était pas le noir de l’espace infini. Ce n’était pas un néant. Ce n’était pas quelque chose non plus.

C’était une potentialité.

Cela pouvait être… tout.

Pour l’instant, et depuis toute éternité peut-être, cela n’avait tout simplement pas encore décidé quoi.

Elle se sentait mal à le regarder à travers l’écran qui simulait la baie vitrée du cockpit. Mais elle ne pouvait en détacher les yeux.

À présent, elle distinguait des couleurs – des couleurs qui n’existaient pas. Elle n’aurait pas dû pouvoir les percevoir, elle le savait. Pourtant, elles étaient là, dansant devant elle comme des volutes mouvantes.

Elle sentait poindre une signification derrière elles.

Une intention.

Des mots.

Marlena Glenn. Bienvenue.

C’était comme si des centaines de haut-parleurs avaient hurlé à l’unisson. Elle plaqua ses mains sur ses oreilles. Quelque chose coula entre ses doigts. Sur sa langue, elle sentit un goût de fer.

“Arrêtez !” cria-t-elle, sans entendre sa propre voix.

C’est mieux ainsi.

C’était une observation, pas une question. Et en effet, la douleur fulgurante qu’elle avait ressentie s’était évanouie, si soudainement qu’elle aurait pu douter de sa réalité. La voix était calme, apaisante comme un bruit blanc.

Elle la reconnut.

“Papa ?”

Oui, ma petite chérie.

Une pause.

Mon cœur, il ne va rien t’arriver de mal.

Cette fois, c’était la voix de sa mère.

Elle était consciente que les deux étaient morts et enterrés depuis des années. Elle savait que ce ne pouvait en aucun cas être eux qui s’adressaient à elle. Mais une partie de son cerveau, celle sur laquelle l’intellect n’avait que peu de prise, était convaincue de la réalité de ce qui se produisait.

“Je suis… morte ? C’est ça ? C’est…”

Ce n’est pas l’Au-Delà, non. Pas au sens où tu l’entends, en tout cas. Il n’y a rien ici, sinon ce que tu y apportes.

La voix était à présent celle de Mrs Zohar, son institutrice de l’école élémentaire. Une femme brillante, apparemment omnisciente, qu’elle avait beaucoup aimé.

Elle aussi était probablement décédée.

Tu te demandes ce que je veux. Il y a un problème intrinsèque à ta question non-formulée : tu présupposes qu’il y a un “je” en face de toi. C’est une hypothèse hardie. Tu manques de faits pour la soutenir, chère enfant.

Elle se sentit prise en défaut, incapable de trouver quelque chose à répondre. Là où la foi et la raison sont impuissantes, des émotions peuvent s’épanouir. Les plus anciennes, celles que des millions d’années d’évolution n’ont pu faire disparaître.

Marlena Glenn se sentit soudain terrifiée.

Elle appuya frénétiquement sur tous les boutons devant elle, en pure perte. Le vaisseau était comme mort. Elle se demanda combien de temps elle avait devant elle avant que l’oxygène ne s’épuise.

Ses yeux allaient et venaient des commandes désormais inutiles à l’écran qui continuait inexplicablement à scintiller devant elle.

Désormais, elle y devinait une forme.

Quelque chose qui surgissait dans l’existence.

Quelque chose de béant, qui ouvrait grand ses mâchoires pour l’avaler.

Comme un gigantesque crâne ricanant.

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