Saison 3 - Épisode 3 - THE NORTHERN WOLF
La pluie tombait sur Caparica. Pas une pluie d'été. Pas une pluie chaude. Une pluie grise. Froide. Venue du nord. Luna détestait cette pluie. Parce qu'elle lui rappelait quelque chose que sa grand-mère répétait toujours. "Quand une terre étrangère vient jusqu'à toi, ce n'est jamais la météo qui voyage." Depuis l'arrivée de Klaudija... elle avait cette sensation. Comme si quelque chose de très ancien venait de poser le pied sur la plage. Comme si l'Atlantique lui-même retenait son souffle. Le soir. La cabane était vide. Pour une fois. Pas d'Alex. Pas de Joe. Pas de Nicky. Pas de Diana. Juste Emmanuel. Et Klaudija. Une bouteille de whisky. Deux verres. Le bruit des vagues.
Et vingt ans de fantômes. Personne ne parlait. Puis Emmanuel finit par sourire. — Tu te souviens de Vilnius ? Klaudija éclata de rire. — Quelle partie ? — Celle où on a failli mourir. — Ça ne réduit pas beaucoup les possibilités. Vilnius. Neige. Glace. Froid. Le vrai froid. Celui qui tue les hommes. Celui qui transforme la respiration en fumée. Celui qui transforme les rues en champs de bataille. Il revenait du Japon. Et pour la première fois depuis longtemps... il était perdu. Tokyo lui avait appris le clan. Le Mexique lui avait appris la survie. Mais il n'avait toujours pas trouvé sa place. Alors il travaillait. Pour qui payait. Protection. Escorte. Renseignement. Le genre de boulot qui n'apparaît jamais sur un CV.
C'est là qu'il la vit. Dans une cathédrale. Pas une vraie cérémonie. Un enterrement. Un enterrement mafieux. Et tout le monde avait peur d'elle. Même les hommes armés. Même les vétérans. Même les tueurs. Klaudija Griks. Cheveux blonds. Manteau noir. Yeux de glace. Et déjà cette façon de regarder les gens comme si elle savait exactement combien de temps ils allaient vivre. Emmanuel comprit immédiatement. Cette femme était dangereuse. Pas physiquement. Pire. Mentalement. La famille Griks n'était pas une mafia ordinaire. Les journaux parlaient de contrebande. De trafic. De marchés noirs. Les journaux racontaient des conneries. La vérité était plus ancienne. Beaucoup plus ancienne. La famille Griks existait avant la Lituanie moderne.
Avant l'Union Soviétique. Avant les guerres mondiales. À l'époque où les Baltes priaient encore les forêts. Les loups. Le feu. Les étoiles. Des chrétiens. Des païens. Les deux à la fois. Comme souvent dans le Nord. Le Christ dans une main. Les anciens dieux dans l'autre. Et toujours un couteau quelque part entre les deux. Klaudija appartenait à cette vieille noblesse criminelle. Ces familles qui ne disparaissent jamais. Parce qu'elles ne contrôlent pas seulement l'argent. Elles contrôlent la mémoire. Les dettes. Les secrets. Les tombes. Puis vint Tokyo. Encore. Toujours Tokyo. Parce que le monde est plus petit qu'on le croit. La famille Griks faisait affaire avec certains clans japonais. Les vrais. Pas les idiots tatoués qui jouent aux gangsters. Les anciens.
Les silencieux. Les dangereux. Et Emmanuel servait parfois d'intermédiaire. Parce qu'il parlait les deux langages. Le langage des Européens. Et celui du clan. C'est là que tout bascula. Une mission. Simple. En théorie. Elle ne l'était jamais. Une embuscade. Un piège. Des hommes armés. Des tirs. Le chaos. Puis le silence. Quand tout fut terminé... Emmanuel était blessé. Et Klaudija aussi. Les deux assis contre un mur. Du sang partout. Des douilles partout. La neige tombait. Et pour la première fois... ils rirent. Parce que parfois la mort est tellement proche qu'elle devient absurde. Et parfois l'amour commence exactement là.
Retour au présent. Le whisky était presque vide. La pluie frappait les vitres. Klaudija regardait l'océan. Puis : — Tu sais pourquoi Atlas veut les enfants ? Le regard d'Emmanuel changea. Enfin. Le vrai sujet. — Dis-moi. Long. Très long. Puis Klaudija répondit. D'une voix que Luna n'avait jamais entendue chez elle. Une voix presque inquiète. — Parce qu'ils ne cherchent pas des enfants. Ils cherchent une continuité. Le vent souffla dehors. Plus fort. — Atlas a passé vingt ans à essayer de comprendre ce qui faisait de toi... toi. Emmanuel ne répondit pas. — Ils ont étudié tes missions. Tes décisions. Tes réflexes. Ton cerveau. Tes relations.
Ton histoire. Puis : — Et ils n'ont jamais réussi. — Alors ils ont regardé tes enfants. Le whisky sembla soudain amer. Très amer. — Pourquoi ? Klaudija le regarda. Et pour la première fois depuis son arrivée... on aperçut une peur véritable. — Parce qu'ils pensent que ce n'est pas toi le phénomène. Ils pensent que c'est la lignée. Absolu. Puis elle termina : — Et s'ils ont raison... Alors, Atlas ne poursuivra jamais seulement tes enfants. Il poursuivra tous ceux qui viendront après eux. Dehors. La pluie continuait de tomber sur Caparica. Et quelque part dans la cabane... pour la première fois depuis le début... Emmanuel comprit que la guerre qui arrivait ne concernait plus son passé. Elle concernait l'avenir.
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