Saison 3 - Episode 7 - CONVERGENCE
La nuit était tombée sur Lisbonne comme une nappe de pétrole.
Depuis le pont du 25 Avril, les lumières de la ville semblaient flotter sur le Tage. Les ferries traversaient lentement l'eau noire tandis que les néons des bars et des hôtels se reflétaient dans les vitres des immeubles modernes.
Caparica vivait sa deuxième vie.
La vie nocturne.
La plus dangereuse.
La plus honnête.
Dans son triplex, Diana travaillait depuis près de douze heures sans interruption.
Des cartes couvraient les écrans.
Des photos.
Des ports.
Des routes.
Des comptes bancaires.
Des visages.
Des noms.
Et soudain...
elle comprit.
Pas Atlas.
Le mécanisme.
Elle zooma.
Puis encore.
Puis encore.
Les cargos.
Les enfants.
Les avocats.
Les sociétés écrans.
Les comptes offshore.
Les ports.
Tout pointait vers une même ligne.
Toujours la même.
Comme les branches d'un arbre qui finissent par rejoindre le même tronc.
— Oh merde...
murmura-t-elle.
Pour la première fois depuis longtemps, Diana sentit son cœur accélérer.
Elle attrapa immédiatement son téléphone.
— Emmanuel.
Silence.
— Je crois qu'on regardait au mauvais endroit.
Au même moment.
Dans les docks de Lisbonne.
Nicky observait toujours le camion.
Cela faisait maintenant deux heures qu'elle le suivait.
Deux heures à travers les quartiers industriels.
Les entrepôts.
Les terminaux portuaires.
Les zones abandonnées.
Et le camion ne s'arrêtait jamais.
Comme s'il tournait volontairement.
Comme s'il attendait quelque chose.
Ou quelqu'un.
Puis enfin.
Le portail s'ouvrit.
Immense.
Métallique.
Sans aucun logo.
Le camion entra.
Et Nicky sentit immédiatement quelque chose.
Cette sensation.
La même qu'avant les missions qui tournent mal.
Elle photographia rapidement les lieux.
Puis transmit les images à Diana.
Quelques secondes plus tard.
Le silence tomba dans le triplex.
— Nicky...
— Oui ?
— Recule immédiatement.
— Pourquoi ?
— Parce que ce n'est pas un entrepôt.
Silence.
— Alors c'est quoi ?
Diana agrandit une vieille photo satellite.
Puis une autre.
Puis encore une autre.
— C'est un ancien site Atlas.
Pendant ce temps.
Salazar venait de quitter l'hôtel d'Almada.
Le vent marin soufflait sur la promenade.
El Cuervo venait de disparaître.
L'avocate aussi.
Mais les photos étaient bonnes.
Très bonnes.
Et surtout...
elles confirmaient enfin quelque chose.
Tout le monde travaillait ensemble.
L'avocate.
El Cuervo.
Les cargos.
Le même réseau.
Le même cercle.
Le même poison.
Puis son téléphone vibra.
Luna.
— J'ai trouvé quelque chose.
dit-elle.
— Moi aussi.
répondit Salazar.
Puis il hésita.
Longtemps.
Très longtemps.
— Luna...
— Quoi ?
— Je crois qu'on n'est plus en train de chercher Atlas.
Silence.
— Je crois qu'on est en train de trouver ce qui contrôle Atlas.
Capuchos.
Le golf était vide.
Depuis longtemps.
Mais Emmanuel et Alex étaient toujours là.
Assis sur une terrasse.
Deux whiskys.
Une vue sur toute la baie.
Lisbonne brillait au loin.
Alex faisait tourner un jeu de cartes entre ses doigts.
— Tu sais ce qui me dérange ?
— Beaucoup de choses.
— Merci.
Emmanuel sourit.
— De rien.
Alex regarda les lumières de la ville.
Puis :
— Depuis le début...
on court après Atlas.
— Oui.
— Et si Atlas courait après nous ?
Pour la première fois...
Emmanuel leva les yeux.
Parce qu'Alex venait peut-être de poser la meilleure question de toute l'enquête.
Puis le téléphone sonna.
Diana.
Et le ton de sa voix fit immédiatement disparaître les sourires.
— Tout le monde au beach bar.
Maintenant.
Vingt minutes plus tard.
Le clan était réuni.
Comme toujours.
Cabane.
Océan.
Bières.
Ordinateurs.
Sauf que cette fois...
personne ne buvait.
Personne ne riait.
Personne ne plaisantait.
Diana affichait une carte géante sur l'écran.
Les cargos.
Les routes.
Les enfants.
Les sociétés.
Les avocats.
Les comptes.
Les photos.
Puis elle traça une ligne rouge.
Une seule.
Qui reliait tout.
Absolument tout.
Et qui terminait toujours au même endroit.
Le silence devint total.
Parce que l'endroit affiché sur l'écran n'était ni une ville.
Ni un pays.
Ni un port.
C'était un nom.
Un seul.
ORIGIN
Même Klaudija pâlit.
Même Joe.
Même Luna.
Et Emmanuel comprit immédiatement.
Parce qu'il avait déjà vu ce mot.
Dans les Pyrénées.
Chez Voss.
Dans les dossiers.
Partout.
Comme une ombre.
Comme une signature.
Puis Diana murmura :
— Atlas n'est qu'une branche.
Le vent souffla contre les vitres.
— Origin est le tronc.
Au loin.
Très loin dans l'Atlantique.
Un cargo avançait dans la nuit.
Dans une cale verrouillée.
Des dizaines d'enfants dormaient.
Et dans une pièce privée.
Un homme observait leur photo de groupe.
Le clan.
Puis il sourit.
Un sourire calme.
Presque paternel.
Avant de murmurer :
"Enfin...
Ils commencent à regarder dans la bonne direction."
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