Saison 4 - Épisode 8 - THE BLACK SORCERESS OF CAPARICA
La route de Sintra disparaissait dans le brouillard.
Pas le brouillard de Lisbonne.
Le brouillard de Sintra.
Celui qui semble vivant.
Celui qui transforme les arbres en géants.
Les pierres en ruines oubliées.
Les chemins en légendes.
Même Alex refusait de venir.
— Hors de question.
— Pourquoi ?
demanda Nicky.
— Parce que cet endroit est hanté.
— Tu crois aux fantômes ?
— Non.
— Alors ?
— Je crois aux Portugais qui construisent des châteaux dans des forêts maudites.
C'est déjà assez bizarre.
Du coup.
Emmanuel et Luna étaient seuls.
Comme souvent lorsque quelque chose d'important devait être appris.
Le vieux sentier serpentait entre les arbres.
Les racines traversaient le sol.
La mousse recouvrait les pierres.
Le Palais de Pena apparaissait parfois entre les branches.
Puis disparaissait.
Comme un rêve.
Comme un souvenir.
Comme le passé d'Emmanuel.
Ils marchèrent pendant presque une heure.
Sans parler.
Le rosaire noir tournait lentement entre les doigts de Luna.
Puis elle s'arrêta.
Au milieu de nulle part.
Une clairière.
Silencieuse.
Presque irréelle.
— Voilà.
— Voilà quoi ?
— Aujourd'hui tu apprends.
Emmanuel regarda autour de lui.
— Tu m'emmènes dans une forêt hantée pour un cours de religion ?
— Non.
— Ah.
— Pour un cours de survie.
Elle s'assit sur une vieille pierre.
Puis posa le rosaire sur sa paume.
Le vent semblait avoir disparu.
Même les oiseaux s'étaient tus.
Comme si la forêt écoutait.
— Ma grand-mère disait toujours que les gens voient le rosaire comme un objet.
Elle leva les yeux.
— C'est une erreur.
— Alors c'est quoi ?
— Une carte.
Silence.
— Une carte de quoi ?
— De toi.
Elle prit le rosaire.
Puis referma complètement sa main dessus.
— Première position.
Le poing fermé.
— Protection.
Elle tendit le poing.
— Quand tout devient trop fort.
Quand le monde fait trop de bruit.
Quand la peur arrive.
Elle ferma les yeux.
— Tu fermes la main.
— Et ?
— Tu te rappelles que ton centre est à l'intérieur.
Pas à l'extérieur.
Emmanuel hocha lentement la tête.
Puis elle laissa une seule perle tomber hors de sa main.
Une seule.
Suspendue.
— Deuxième position.
Le vent revint légèrement.
— J'écoute le monde.
Elle ferma les yeux.
— Pas les mots.
Pas les gens.
Pas les pensées.
— Alors quoi ?
— Le mouvement.
Silence.
— Le courant.
Leçon numéro deux.
Emmanuel sourit.
Évidemment.
Tout revenait toujours au même endroit.
Puis Luna prit la croix.
Et la tourna vers son cœur.
— Troisième position.
Elle posa doucement la croix contre sa poitrine.
— Je vois le monde.
— Ça ne veut rien dire.
— Exactement.
Puis elle continua.
— Parce qu'on ne voit jamais vraiment le monde.
— On voit quoi alors ?
— Nous.
Silence.
— Toujours.
Elle retourna ensuite la croix vers l'extérieur.
Comme si elle la présentait à l'univers.
— Quatrième position.
Le vent traversa la clairière.
— Je m'ouvre au monde.
— Différence ?
— Immense différence.
Puis elle désigna Emmanuel.
— Toi tu regardes toujours.
— Oui.
— Mais tu écoutes rarement.
— C'est faux.
— C'est totalement vrai.
Puis elle prit la dernière pièce.
Le cristal noir.
Le plus ancien élément du rosaire.
Le plus étrange aussi.
Une pierre sombre.
Presque translucide.
Comme de l'obsidienne.
— Le cristal du néant.
— Le nom est rassurant.
— J'aime les noms inquiétants.
Elle le plaça vers elle.
— Cinquième position.
Elle inspira profondément.
— Concentration.
Le silence devint étrange.
Très étrange.
Comme si le monde reculait légèrement.
Comme si les sons s'éloignaient.
Comme si la forêt retenait son souffle.
Puis elle tourna le cristal vers l'extérieur.
— Sixième position.
Et ouvrit la main.
— Pouvoir.
Le vent se leva.
Les arbres frémirent.
Les feuilles dansèrent.
Et Emmanuel fronça les sourcils.
— Tu fais ça exprès ?
— Peut-être.
— Luna.
— Peut-être pas.
Puis elle lui tendit le rosaire.
Le vrai moment.
Le moment interdit.
— Tiens.
Silence.
— Sérieusement ?
— Deux minutes.
— Pourquoi seulement deux ?
— Parce que tu es Emmanuel.
— Et ?
— Tu casses tout ce que tu touches.
Emmanuel prit le rosaire.
Et quelque chose arriva.
Pas une vision.
Pas de magie.
Quelque chose de plus étrange.
Le bruit.
Il disparut.
Les pensées.
Les siennes.
Les peurs.
Les souvenirs.
Les questions.
Tout ralentit.
Comme lorsqu'il conduisait.
Comme lorsqu'il surfait.
Comme lorsqu'il combattait.
Mais en beaucoup plus profond.
Puis soudain...
il sentit la forêt.
Pas avec ses yeux.
Pas avec ses oreilles.
Autrement.
Le vent.
L'eau.
Les oiseaux.
Les racines.
La vie.
Partout.
Comme un immense réseau invisible.
Et au milieu.
Luna.
Calme.
Comme un phare.
Puis tout disparut.
D'un coup.
Le rosaire retomba dans la main de Luna.
Emmanuel resta immobile.
Longtemps.
Très longtemps.
Puis finalement :
— Bordel.
— Voilà.
— Tu ressens ça tous les jours ?
— Plus ou moins.
— Et tu arrives à dormir ?
— Mal.
Ils éclatèrent de rire.
Puis le soleil traversa finalement le brouillard.
Les arbres dorés apparurent autour d'eux.
Et pendant quelques secondes...
Sintra ressemblait réellement à un autre monde.
Un monde ancien.
Un monde oublié.
Un monde qui semblait connaître Emmanuel depuis bien plus longtemps qu'il ne le pensait.
Et quelque part...
très loin au fond de lui...
une certitude naquit.
Peut-être que le premier mensonge ne concernait pas seulement son passé.
Peut-être qu'il concernait aussi ce qu'il était devenu.
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