C'est rien...Et le voyage ?
A l'hôpital, qui était pourtant réputé dans les pathologies cardiovasculaires (entre autres), il fallut attendre, beaucoup… Toute la nuit.
Sa mère fume fume fume, comme si cela devait être la dernière du condamné…
"Maman, si on te disait que pour guérir et aller mieux il faudrait arrêter tu le ferais ?" demanda Julia. "Oh, non, plutôt crever" elle répondit.
"Si tu meurs, alors je n'aurai jamais d'autres enfants" dit Julia.
En effet, cette année avait déjà été terrible, elle avait perdu un embryon le soir de la Saint-Valentin. On lui avait expliqué que c'était lui ou elle. Le choix était vite vu, elle avait une petite fille à élever, elle ne pouvait pas sacrifier sa vie pour ce second enfant qui ne naitrai jamais. Première épreuve de femme sans doute. L'envie de partir, plus la force de continuer sans l'espoir perdu mais la conviction qu'il ne fallait pas s'arrêter là dans cette réalité.
"Il est tard, Lola m'attend pour s'endormir. J'espère que tu seras rapidement prise en charge, j'ai peur pour toi !" dit Julia.
"Rentre, appelle un taxi, on se tient au courant par téléphone" rassura sa mère.
"Je ne veux pas rentrer sans toi ! Tu crois qu'on trouvera ce que tu as ?"
"Allez ! Vas-y rentre, t'inquiète pas pour moi".
Elle est rentrée en taxi en pleine nuit. Elle a raconté au chauffeur sa peine, ses pressentiments ou alors elle a rêvé de l'avoir fait. Elle a dormi, Julia, près du téléphone glissé sous l'oreiller pour ne réveiller personne.
A sept heures, il sonna enfin ! "Alors, tu en es où ?"
Sa mère dit : " Rien, nulle part ! Il me laisse sortir ! J'ai hâte de rentrer !
"T'es sûre ? Mais comment ça se fait que tu n'aies rien ? Tes symptômes, ils ne sont pas descendus du ciel comme par magie ?"
Sa mère : "S'il me laisse sortir c'est que j'ai rien ! Alala, tu t'inquiètes pour rien, je vais bien ! En plus j'ai une coronographie à faire dans quinze jours trois semaines, ça ira…"
"Bon si tu le dis ! Rentre vite te reposer".
Le lendemain, E (la sœur de Julia), téléphona (enfin !!!) mais ce fut houleux comme d'habitude, elle savait mieux que tout le monde et sur tout.
"Comment ça se fait que Maman soit sortie des urgences de l'hôpital sans rien ? C'est bizarre ça quand même. Tu veux pas prendre rendez-vous chez un autre cardiologue ? Celui que je connais pour papa est très bien. (sous-entendu il est toujours mieux que celui que tu as vu toi...)"
"Ok comme tu veux, mais je ne le connais pas, tu veux bien t'occuper de prendre le rendez-vous ? J'irai avec Maman".
"Pfff, non Julia ! Tu sais bien que moi, je ne lui parle plus à maman ! Je lui prendrai le rendez-vous que si c'est elle qui me le demande. Tu vas pas partir en Italie avec elle dans cet état hein ? C'est pas raisonnable !"
"C'est un voyage prévu depuis longtemps, ça m'embête d'y renoncer. Elle me dit qu'elle se sent bien. Je ne pense pas que cela soit une bonne idée de la laisser seule à la maison en ce moment et j'ai déjà pris les billets. Je crois que Papa aussi tient à ce voyage sur leur terre natale, c'est là-bas qu'ils se sont rencontrés."
"Comme tu veux ! Je crois qu'elle y va plus pour toi que pour elle comme d'habitude ! C'est pour te contenter toi ! Tout le monde le sait, mais personne n'ose te le dire, même notre frère pense pareil ! Quel égoïsme !"
Voilà ! L'égoïste s'est levée tôt pour prendre l'avion avec sa famille et la compagnie de ses deux parents vieillissants.
Julia, se rappellera toujours du visage de sa mère dans la voiture à l'arrivée :
"Tu m'as emmenée en Italie !"
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