Les racines...et le début de la fin

📖 Cio che resta ✍️ TraLeOnde 📝 1223 mots

C'était magnifique ! Les paysages étaient à couper le souffle !

Ces petits alluvions déposés par l'eau sur le sable. Ce fleuve avec son lit en tresses multiples du nord de l'Italie. Le Tagliamento. L'entrée vers la route du cœur et des origines. Elle s'en rappelait enfant, lorsqu'elle allait s'y baigner. Attenta  alla corrente !

La quiétude du soir, le vent calme et doux, l'odeur de la terre après la pluie, le chant des oiseaux et celui des cloches avec la maison qui se trouvait en face de l'église.

Ces fameuses cloches qui avaient vu des générations d'ancêtres écrire leurs noms sur celle-ci. Elles paraissaient faire peur de par leur immensité de bois et de métal. Elles sonneront pour la naissance des petits-enfants de E. mais elles ne sonneront pas pour ceux de Julia, oubliée, depuis des années, déracinée.

C'était fabuleux, de revoir des membres de la famille oubliée. Des personnes qui ne prenaient jamais de nouvelles mais dont on les retrouvait comme si nous ne les avions jamais quitté.

Julia était dans une quête de sens de ses origines, elle avait été consulté la sage du village, celle qui connaissait les histoires. Elle voulait réhabiliter le nom de sa mère. C'est vrai, ses deux parents venaient de ce village et il n'y avait plus de raison que E. se soit appliquée à effacer les traces de leur mère.

Ce soir là, il plu fort.

"Mince ! J'ai oublié mon sac chez la sage du village. On part demain en plus !" dit Julia.

"Va le chercher …"

Elle ouvrit la porte sous une pluie battante. Soudain, une silhouette.

C'était émouvant cette vielle dame qui ramenait son sac, alors qu'on l'avait dérangé dans son quotidien de solitude pour y entendre ses histoires d'antan.

"Grazie" dit Julia

Le soir-même, il y avait une mouche dans la chambre de sa mère. Elle s'appliquait à manger les miettes du paquet de bonbons sur la table de nuit.

"Maman ! Tu crois qu'on va trouver ce que tu as ?"

"Oui, j'espère !"

"J'enregistre les billets pour demain ? Ou j'attends ?"

"Mais oui ! Que veux-tu qu'il se passe ?"

C'était la dernière fois qu'elles s'adressaient la parole.

Le lendemain, les cloches sonnèrent pour sa mère (comme E. l'avait dit, quand les parents mourront les cloches honoreront leur disparition). Il se trouve que se fut un hasard total mais celles-ci étaient en train de sonner quand Julia ouvrit les yeux.

Elle entendit un cri, le cri affreux de son père. Celui qu'il lui adressait enfant lorsqu'il était en colère contre elle. "Julia, Julia…" Ce cri incessant, impérieux qui appelle Immédiatement.

Alors Julia descendra l'escalier en marbre en prenant pour la dernière fois son innocence par la main. Et en bas des marches...elle vit le corps vraisemblablement sans vie de sa mère sur le canapé en cuir rouge.

Le corps relâché vers l'arrière, bouche ouverte, yeux figés vers le ciel, des images qui resteront et feront trauma.

"Maman ! Maman !" Elle frappa sa mère sans relâche, la giflant bien que cela soit inutile. Se relevant, criant, se remettant à sa hauteur.

"Qu'est ce qu'il s'est passé papa ? Raconte moi ? Elle a déjeuné ?" demanda Julia

Et lui de répondre inlassablement sans se lever de son fauteuil et en larmoyant "Je ne sais pas ! Je ne sais pas !"

"Comment tu ne sais pas ? Tu étais avec elle ? !!"

De toute façon, il n'avait jamais su ! Il n'avait jamais su l'aimer ! Il n'avait jamais eu aimer cette femme, ni ses enfants. Il ne savait pas, il n'était jamais là.

Cette homme qui disait-on appelait en secret de son banquier pour vérifier auprès de sa femme si les enfants étaient scolarisés, dans quelle école et dans quelle classe ?

Il avait démissionné sans doute à bien des égards et à bien des endroits de la mission sacré et divine qui lui était confié. Il passait sans doute à coté de sa vie, trainant sa dépression et sa colère contre un père qui n'avait lui-même pas su l'aimer et lui montrer le chemin de l'amour.

Soudain une main, celle de Cédric. Il s'approche, il a entendu les cris.

Il démarre immédiatement un bouche à bouche et un massage cardiaque qui dure de terribles secondes, puis minutes… sans succès malgré un râle sortant de sa mère. On appelle cela un Gasp, elle l'apprendra plus tard Julia. Cette respiration bizarre faisant croire qu'il existe encore un espoir, qu'il y a juste un doigt, une cacahuète n'importe quoi gênant la respiration. Il suffit de l'enlever, puisque l'air semble encore passer. La vie semble être à un cheveu…

Julia ira chercher de l'aide. On la verra courir comme une folle pieds nus sous cette pluie battante. Les voisins la prendront pour folle, mais personne n'ouvrira, entre les absents et les surpris, le destin était scellé.

Les secours viendront sous les insultes du père impuissant, de la fille qui soudain rassure mais qui sait déjà que le cerveau de sa mère ne répondra plus et que s'en est fini d'elle, de leurs souvenirs, de leur vie.

Et Lola ?! Oh Lola, sa fille à l'étage, tout faire pour qu'elle ne voit pas sa grand-mère comme ça sans vie sur le sol, sa chemise de nuit déchiré, ses seins bien connus, à l'air, sous les yeux des inconnus. Le déchocage dus aux électrodes sur sa poitrine, l'électrocardiogramme qui restera désespérément vide aussi plat qu'aurait pu l'être l'horizon, le dentier dans un verre afin de laisser la gorge la plus dégagée possible.

Julia se saisit de son téléphone. Elle appelle son frère qui dira plus tard avoir cru à une blague. Comment peut-on blaguer quand sa mère est morte sous ses yeux !

Et cet étrange coup de fil à E.

"E., je t'appelle parce que maman elle, est...presque morte !"

"Ca veut dire quoi presque morte ?"

"Ca veux dire, presque morte…" Julia n'en savait rien, elle, elle ne pouvait que décrire la scène sous ses yeux.

Et soudain...parmi les silences de ses voix étrangères venues de son enfance…

Sous les yeux des secouristes italiens, l'électrocardiogramme bouge et se met à bipper !

Alors que restera t'il de cette mère ? Est- elle morte ? Est-elle vivante ? L'espoir existe t'il toujours ?

"Respira da sola" ! disent t'ils. (*elle respire seule)

Julia tenait la boîte contenant le tracé du cœur de sa mère dans les mains afin que les secouristes mettent sa mère sur le brancard qui la conduira à l'hôpital.

Julia retrouvant cette langue du tréfond de sa mémoire d'enfant dira :C'é tutta la mia vita quà !"* (c'est toute ma vie, il y a toute ma vie ici)

L'ambulance mettra du temps à partir ? Ou va t'on ? Ou la mènera t'on ? Ce sera Le Santa Della Misericordia à Udine, l'hôpital qui l'aura vu naitre il y a 72 ans. Comment ne pas y voir un clin d'œil, de cette boucle de temps achevé, de cette culpabilité de l'avoir amené sur les traces de ces racines et peut-être e l'avoir amené vers ce destin inéluctable ? Comment ne pas en prendre cette responsabilité de plein fouet ?

Les ambulanciers diront qu'ils ne peuvent prendre personne dans le véhicule, il faut rejoindre l'établissement par ses propres moyens.

Une question reste obsédante : Si maman respira da sola, alors pourquoi ne se réveille t'elle pas ? Pourquoi est-elle encore inconsciente ?

La pluie, elle s'était arrêtée également.



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