XIII - Facile
Mya ne demanda pas ce que ça voulait dire. Elle n'en ressentit pas le besoin. Enfoncée dans son siège, elle posa une main sur son cœur qui battait à tout rompre. Elle regarda la route se dérouler sous les phares.
La Defender s'engagea sur un petit sentier, puis les arbres du parc apparurent de chaque côté. Ava s'arrêta devant l'orangerie et coupa le moteur.
La pluie continuait de tomber en trombe, régulière, têtue.
Après quelques secondes, Ava ouvrit la portière et Mya la suivit en silence.
Mya sentit une sorte de pesanteur au creux de son ventre, tandis qu'Ava refermait la lourde porte derrière elle. Il faisait bon à l'intérieur, ça sentait la cire, la terre et, en note de fond, la térébenthine.
L'atelier semblait figé, hors du monde et hors du temps.
Dégoulinante de pluie, elle n'osa pas avancer.
Elle regarda Ava allumer quelques lampes. La pièce fut aussitôt baignée d'une lumière chaude et dorée. Les ombres des sculptures s'étirèrent, immenses, sur le sol.
C'était donc ça, l'orangerie.
« C'est ici que vous travaillez.
— Oui. »
Ava disparut quelques secondes dans une pièce voisine, puis revint avec deux épaisses serviettes éponges. Elle en déposa une entre les mains de Mya puis détacha son chignon, laissant échapper sa cascade de boucles fauves qu'elle épongea lentement, avec application.
Par mimétisme, Mya en fit autant. Elle essorait ses cheveux, troublée par ce moment d'intimité partagée avec Ava, par le ballet de ses gestes.
Ava ouvrit une commode et en sortit deux pulls. Elle ôta le sien avec naturel pour enfiler le sec, et fit signe à Mya d'approcher.
Le spectacle avait laissé la gorge de Mya complètement sèche. Elle obtempéra.
À quelques centimètres du corps d'Ava, elle se retrouva engourdie, incapable de mettre de l'ordre dans ses pensées. Leurs respirations se mêlaient ; elle sentait le souffle chaud d'Ava sur son visage.
Avec la même lenteur qu'elle avait mise jusque-là dans chaque geste, Ava entreprit de défaire un à un les boutons du chemisier de la jeune femme.
Les yeux fermés, Mya se laissa faire.
Le chemisier tomba au sol et elle sentit l'air sur sa poitrine nue. La main d'Ava effleura son épaule, puis dessina une ligne imaginaire sur son bras. Une décharge fine courut le long de son épiderme. Sa respiration se bloqua quand les doigts reprirent leur danse sur son buste. Elle se cambra quand la caresse accompagna la courbe de sa poitrine pour arrêter sa course sur la pointe durcie de son sein.
Quand Ava retira sa main pour lui enfiler le pull, comme on le ferait à une poupée, Mya laissa échapper un râle de frustration.
« Tu es belle, Mya. Je ne t'apprends rien, tu le sais déjà... »
Tout ce que savait Mya en cet instant, c'est qu'elle se consumait de fièvre. Elle cherchait le regard d'Ava pour le lui faire comprendre. Elle voulait la toucher, la goûter.
C'était pour ça qu'elle l'avait emmenée ici, pour mettre fin à ce supplice, n'est-ce pas ?
« Viens. »
Elles traversèrent l'atelier pour arriver dans un petit salon. Ava l'invita à prendre place. Elle s'arrêta devant un secrétaire et entrouvrit un tiroir avant d'arrêter son geste, comme si elle avait changé d'avis. Puis, elle vint s'installer dans le grand fauteuil capitonné juste en face de Mya.
Elle la toisa quelques secondes, semblant peser ses mots.
« Qu'est-ce que tu attends de moi, Mya ? Qu'espères-tu ? »
La question était purement rhétorique. Mya baissa les yeux.
« Ne m'imagine pas un seul instant en épouse délaissée, insatisfaite. Les rapports sensuels seuls n'ont que peu d'attraits à mes yeux... J'ai passé l'âge de courir après les aventures pour me rassurer sur mon pouvoir de séduction. J'ai besoin de connexion, d'une vraie connexion. »
Mya déglutit.
« C'est aussi ce que je veux... »
Ava secoua doucement la tête, un demi-sourire aux lèvres.
« Non, Mya, tu te mens à toi-même. Ce que tu veux, c'est un moment de plaisir volé. L'assouvissement immédiat de ton désir. »
Mya se sentit jugée, vulnérable. Elle se leva pour protester contre cette vérité tronquée. Mais elle n'eut pas le temps d'émettre le moindre mot.
Ava s'était également dressée devant elle, comme un oiseau de proie ayant anticipé le mouvement. Elle avait posé son pouce sur la bouche de Mya. Le geste n'intimait pas forcément le silence, mais elle se tut. Le doigt caressa ses lèvres avant d'en forcer l'ouverture. La jeune fille écarquilla les yeux.
Quand la bouche d'Ava vint se poser délicatement sur la sienne, le sol sembla se dérober sous elle. Ses jambes se mirent à trembler. Elle s'agrippa aux épaules d'Ava, le corps arqué. Mya laissa déferler la vague de désir qu'elle contenait depuis trop longtemps.
Leur baiser se fit impérieux, vorace. Les mains d'Ava parcouraient son corps comme s'il lui appartenait déjà totalement. Mya laissa échapper un long gémissement plaintif quand Ava les glissa sous sa jupe. Elle s'ouvrit sous ses doigts, complètement offerte.
Ava avait dû fournir un réel effort de volonté pour s'extraire de cette étreinte. Elle mit quelques secondes à reprendre son souffle, plus qu'elle ne l'aurait voulu. Elle avait laissé Mya plantée là, haletante, interdite.
« Tu es toujours aussi facile ? »
La réplique moqueuse fit monter le sang au visage de Mya.
Ava attrapa un chiffon avec lequel elle s'essuya les doigts ostensiblement sous les yeux de Mya. Puis elle reprit place sur son fauteuil, les jambes croisées.
« Tu n'as pas le moindre contrôle sur toi-même. »
Mya resta debout, incrédule, les poings serrés. Elle espérait encore que ce n'était qu'une mauvaise plaisanterie.
« Je pense qu'on devrait en rester là, Mya. Je n'ai que faire d'une gamine incapable de dominer ses pulsions. »
Le corps de Mya se raidit sous l'effet de la sentence, accusant le coup de cette humiliation supplémentaire.
« C'est complètement injuste, je... »
Ava l'interrompit.
« Moi non plus, je ne suis pas celle que tu crois ! »
Le silence fut ponctué par un grondement de tonnerre.
Ava ne savait plus très bien pourquoi elle avait dit ça.
Elle se leva sans un regard pour Mya et se dirigea vers l'entrée.
« Je te raccompagne... »
Mya regardait autour d'elle, cherchant à quoi se raccrocher. La frustration et le ressentiment avaient remplacé l'excitation. Elle n'était ni facile, ni docile. Si son premier réflexe avait été de ramasser sa dignité et de partir, son instinct lui intima de rester.
« Non ! »
Ce « non » avait retenti dans l'atelier comme le bruit d'un couperet.
« Non ? »
Ava, qui venait de prendre son trousseau de clefs, suspendit son geste.
« Non, Ava, je ne partirai pas. Je ne suis ni faible, ni... facile.
— L'ego... »
Mya releva le menton et planta son regard dans celui d'Ava.
« L'ego, peut-être... Une chose est certaine, je n'ai jamais laissé personne me traiter de la sorte. »
Ava eut un petit rire dédaigneux.
« Quel besoin de faire durer cette mascarade, petite Mya... Tu t'es déjà livrée pieds et poings liés. Si je t'ordonnais de te mettre à genoux devant moi, tu le ferais.
— Je suis plus combative que vous le pensez. Je ne suis pas un jouet. »
Ava passa rapidement la langue sur ses lèvres devenues sèches. Cette gamine obstinée qui refusait de partir alors qu'elle lui offrait la porte de sortie — c'était précisément ce qu'elle avait craint : pas la résistance en elle-même, mais l'envie que ça résiste. Les choses auraient pu s'arrêter là...
« Et si c'est ce que je désire, Mya ? Que tu te livres à moi sans défenses et sans armes ?
— Et si je refuse ? »
Ava ne répondit pas, se contentant de faire tinter le trousseau de clefs au bout de ses doigts.
Mya recula, stupéfaite.
Alors ça sera à ses conditions ou rien...
« À genoux, Mya. »
Tremblante, le souffle court, Mya se laissa glisser sur le sol à genoux, les mains posées à plat sur ses cuisses.
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