Sic transit intestinal
Petite pensée émue pour les victimes de l'épidémie outre-Atlantique de diarrhée explosive.
Aura-t-on jamais vu si déplorable lice,
Où l’homme volontiers revient à son supplice ?
Hier, ventre insurgé contre ton souverain,
Tu fis d’un trône en marbre une gouille nankin
Quand ton boyau, vibrant d’un éréthisme rare,
La doline inonda d’un diluvien catarrhe.
Rien ne fut épargné, le sol, ni les cloisons ;
Tout suinte désormais des traces de l’affront,
Mais je ne fuirai point l’heure eschatologique
De ce siège abjuré par la poliorcétique.
Armé de détersif, d’une brosse, un baquet.
J’étrille la grenaille, étouffant un hoquet.
Mes bras tout agités d’un branle plein de spume
Mondent le cabinet des plus gros apostumes.
Le crin s’acharne et bruit sur l’émail outragé
Comme la mer tourmente un marin naufragé ;
Et cent fois, j’y reviens, l’acte propitiatoire
N’acquérant de valeur tant que l’eau tourne noire.
Bien que las de frotter, les bras gardent vigueur,
Car le devoir allume une secrète ardeur,
Et peu à peu le marbre embrené par l’offense
Recouvre les vestiges de sa lactescence.
On dirait qu’un rayon presque surnaturel
A fait d’un lieu d’opprobre un siège éternel.
J’avais cédé, dit non aux grasses abondances,
Aux sauces, aux ragouts, aux mondaines licences,
On m’avait seriné : “Le vert, c’est l’avenir !”
Mais la cyclosporose a tué ce désir.
Ô maudite, salade, objet de ma colère,
Je t’exclus pour ma paix et mon orbiculaire.
💬 Commentaires 5
Mon poème en alexandrins pétulants !
Et pour pétuler, ça pétule...
C'est un véritable passage à la sulfateuse. Littéralement.
C'est excellent, c'est très formateur pour moi. J'apprends !
Si j'osais une comparaison, je crois que l'alexandrin est au Verbe, ce que la fission nucléaire est à l'atome. Il libère toute la puissance au coeur du Verbe tout comme elle libère toute celle du coeur de l'atome.
Mais franchement, ce qui me sidère le plus, c'est la rapidité avec laquelle tu as mis ton poème en ligne ! Je ne peux pas croire que tu avais une pièce pareille sous le coude, prêt à faire feu ?
Comment fais-tu ? Tu parles en alexandrins ? Tu penses en alexandrins ? Mieux encore : tu rêves en alexandrins ?
Dans tous les cas, c'est cérébral. C'est une certitude. Tu dois avoir un nombre conséquent de neurones dédiés à la construction des alexandrins.
Une dernière chose, plus personnelle, et inattendue. Je me suis retrouvé à mes dix ans, ou avant, lorsque je lisais les Goncourt que je piquais dans la bilbliothèque de mes parents. J'aimais ces textes, mais ils étaient truffés de mots que je ne connaissais pas. Il y en avait tant ! Comme des boîtes noires dans chaque page. Alors pour les ouvrir, j'avais mon gros dictionnaire avec moi...
Eh bien, je me suis retrouvé quarante ou quarante-cinq ans en arrière... Mais là, c'est pas le Larousse ou le Robert que j'ai dégainé ! Je suis carrément aller chercher le Littré hérité de mon père. Celui en six volumes plus le supplément, qui trône fièrement dans le grand meuble de la salle à manger pour impressionner le visiteur...
Merci beaucoup pour ton investissement dans cette grande et noble quête.
PS : je continue à bidouiller sur le Ruy Blas. J'ai trouvé comment contourner la limitation qui me bloquait avec Lumo. Je suis content, cela m'a permis de gagner en maîtrise de l'outil. Et je suis en train de travailler à quelques ajustages... en parallèle à l'épilogue de ma dixième saison des chroniques de la princesse Sylvie.