Sic transit intestinal

📖 Si tu ne viens pas à la poésie, la poésie ne va pas trop se bouger non plus, mais bon, en garde ! ✍️ billetcognitif 📝 209 mots

Petite pensée émue pour les victimes de l'épidémie outre-Atlantique de diarrhée explosive.


Aura-t-on jamais vu si déplorable lice,

Où l’homme volontiers revient à son supplice ?

Hier, ventre insurgé contre ton souverain,

Tu fis d’un trône en marbre une gouille nankin

Quand ton boyau, vibrant d’un éréthisme rare,

La doline inonda d’un diluvien catarrhe.


Rien ne fut épargné, le sol, ni les cloisons ;

Tout suinte désormais des traces de l’affront,

Mais je ne fuirai point l’heure eschatologique

De ce siège abjuré par la poliorcétique.

Armé de détersif, d’une brosse, un baquet.

J’étrille la grenaille, étouffant un hoquet.


Mes bras tout agités d’un branle plein de spume

Mondent le cabinet des plus gros apostumes.

Le crin s’acharne et bruit sur l’émail outragé

Comme la mer tourmente un marin naufragé ;

Et cent fois, j’y reviens, l’acte propitiatoire

N’acquérant de valeur tant que l’eau tourne noire.


Bien que las de frotter, les bras gardent vigueur,

Car le devoir allume une secrète ardeur,

Et peu à peu le marbre embrené par l’offense

Recouvre les vestiges de sa lactescence.

On dirait qu’un rayon presque surnaturel

A fait d’un lieu d’opprobre un siège éternel.


J’avais cédé, dit non aux grasses abondances,

Aux sauces, aux ragouts, aux mondaines licences,

On m’avait seriné : “Le vert, c’est l’avenir !”

Mais la cyclosporose a tué ce désir.

Ô maudite, salade, objet de ma colère,

Je t’exclus pour ma paix et mon orbiculaire.

💬 Commentaires 5

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Cyr_Roivan • 2 semaines, 4 jours
Bon, je l'ai cherché, je l'ai eu.
Mon poème en alexandrins pétulants !
Et pour pétuler, ça pétule...
C'est un véritable passage à la sulfateuse. Littéralement.
C'est excellent, c'est très formateur pour moi. J'apprends !
Si j'osais une comparaison, je crois que l'alexandrin est au Verbe, ce que la fission nucléaire est à l'atome. Il libère toute la puissance au coeur du Verbe tout comme elle libère toute celle du coeur de l'atome.
Mais franchement, ce qui me sidère le plus, c'est la rapidité avec laquelle tu as mis ton poème en ligne ! Je ne peux pas croire que tu avais une pièce pareille sous le coude, prêt à faire feu ?
Comment fais-tu ? Tu parles en alexandrins ? Tu penses en alexandrins ? Mieux encore : tu rêves en alexandrins ?
Dans tous les cas, c'est cérébral. C'est une certitude. Tu dois avoir un nombre conséquent de neurones dédiés à la construction des alexandrins.
Une dernière chose, plus personnelle, et inattendue. Je me suis retrouvé à mes dix ans, ou avant, lorsque je lisais les Goncourt que je piquais dans la bilbliothèque de mes parents. J'aimais ces textes, mais ils étaient truffés de mots que je ne connaissais pas. Il y en avait tant ! Comme des boîtes noires dans chaque page. Alors pour les ouvrir, j'avais mon gros dictionnaire avec moi...
Eh bien, je me suis retrouvé quarante ou quarante-cinq ans en arrière... Mais là, c'est pas le Larousse ou le Robert que j'ai dégainé ! Je suis carrément aller chercher le Littré hérité de mon père. Celui en six volumes plus le supplément, qui trône fièrement dans le grand meuble de la salle à manger pour impressionner le visiteur...
Merci beaucoup pour ton investissement dans cette grande et noble quête.

PS : je continue à bidouiller sur le Ruy Blas. J'ai trouvé comment contourner la limitation qui me bloquait avec Lumo. Je suis content, cela m'a permis de gagner en maîtrise de l'outil. Et je suis en train de travailler à quelques ajustages... en parallèle à l'épilogue de ma dixième saison des chroniques de la princesse Sylvie.
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billetcognitif Auteur • 2 semaines, 4 jours
> Comment fais-tu ? Tu parles en alexandrins ? Tu penses en alexandrins ? Mieux encore : tu rêves en alexandrins ?

La principale raison est l'habitude. Je crois qu'à force de penser en vers, ça vient assez vite quand j'active le mode pouet. Ça s'applique aussi à ce que j'appelle les mots compte-triple, en partie parce que j'ai plusieurs fois animé des ateliers avec ces gros mots, que j'ai même à un moment mis en place un générateur de mots abscons et qu'à force d'avoir un œil sur un dico de rimes ou des œuvres poussiéreuses, ça finit par s'imprimer.

Pour ce qui est de la rapidité, la réponse est assez simple (je ne dis pas qu'elle est facile). S'il y a deux, trois vers ou des expressions qui viennent sans besoin de réfléchir, je tente de broder quelque chose autour d'eux. Là, c'est parti du diluvien catarrhe que j'ai d'abord fait rimer avec propitiatoire ; et qui dit "caca apocalyptique" dit "obligé de placer eschatologique". J'avais aussi torcheculatif ou trouducun(e) en réserve, plus pas mal de mots d'argot pour désigner le prose, mais comme toujours, je coupe énormément au montage.

En résumé, parfois (rarement) ça vient tout seul. Dans ces cas-là, je laisse couler, mais le plus souvent, je peine à la tâche et je me range du côté de cette phrase de Flaubert : “Que je crève comme un chien plutôt que de hâter d'une seconde ma phrase qui n'est pas mûre.”
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Pomlamouette • 2 semaines, 5 jours
Excellent !
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phillechat • 3 semaines, 1 jour
C'est dit avec tant de poésie !!
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vis9vies • 3 semaines, 1 jour
Et penser à éviter les fast-foods au moins durant les prochaines semaines ! :)
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