préface

📖 FORGOTTEN WORLD ✍️ Splinter 📝 915 mots


Bon.

Nous y voilà.

Forgotten World.

Dixième épisode d’Elga.

Ce qui signifie d’abord une chose assez inquiétante : il y a des gens qui ont lu les neuf précédents.

Je tiens à leur présenter mes excuses.

Pas parce qu’ils étaient mauvais. Faut pas déconner non plus. J’ai encore un minimum d’estime personnelle et, accessoirement, des livres à vous faire lire.

Non.

Je m’excuse parce qu’au départ, tout ça devait rester relativement simple.

Enfin… « relativement ».

Il y avait un gamin à Nice dans les années 90, des potes, des motos, des bastons, des filles, des Russes, des bornes d’arcade, du Metallica et quelques problèmes familiaux.

C’était raisonnable.

Puis j’ai commencé à ajouter des trucs.

Un peu de tuning.

Un peu de mafia.

Un peu de MacGyver.

Un peu de western.

Un peu d’espionnage.

Un peu d’assassinat.

Des organisations secrètes.

Des artefacts.

Des civilisations disparues.

Des expériences génétiques.

Des Japonais.

Des Mexicains.

Des Portugais.

Des gens qui auraient objectivement dû consulter un psychiatre mais qui, pour des raisons scénaristiques, ont préféré créer des organisations clandestines.

Et à un moment donné, quelqu’un aurait dû me retirer le clavier.

Personne ne l’a fait.

Vous êtes donc en partie responsables.

J’ai violé à peu près tous les genres littéraires disponibles.

Le polar m’a demandé d’arrêter de l’appeler.

Le thriller a changé de numéro.

La science-fiction a déposé une main courante.

Le roman historique nie désormais m’avoir rencontré.

Quant à la fantasy, elle pensait avoir été épargnée.

La pauvre.

Parce que pour le dernier, je me suis dit : tiens, si on mettait des Dieux ?

Voilà.

Normal.

Après neuf épisodes, il fallait bien finir sobrement.

Donc bienvenue à Mu.

Une civilisation si avancée que même ses ruines feraient passer notre technologie pour le rayon bricolage d’un Lidl un dimanche matin.

Il y aura des Dieux.

Des Anges.

Des cités gigantesques.

Des pouvoirs absurdes.

Des combats où l’immobilier local va probablement beaucoup souffrir.

Des secrets vieux de plusieurs millénaires.

Des réponses à des questions que j’ai eu l’indécence de laisser traîner pendant neuf bouquins.

Et Emmanuel Elga.

Surtout Emmanuel Elga.

Parce qu’il y a un problème avec Manu.

Pendant neuf épisodes, je vous l’ai essentiellement montré de l’extérieur.

Et manifestement, vous vous êtes fait une idée.

J’ai lu certains commentaires.

« Calculateur. »

« Froid. »

« Machiavélique. »

« Toujours trois coups d’avance. »

« Impossible à lire. »

Alors déjà : merci.

Ça m’a beaucoup fait rire.

Parce que je n’ai jamais vraiment dit ça.

C’est vous qui avez rempli les blancs.

Il regarde quelque chose pendant trente secondes.

Il ne parle pas.

Son œil bouge légèrement.

Il dit :

— Intéressant.

Et résultat :

Mon Dieu.

Quelle intelligence.

Il a tout compris.

Il doit être en train de calculer trente-sept scénarios simultanément.

Oui.

Enfin…

Pas exactement.

Il est temps que vous sachiez.

Pendant neuf livres, vous avez regardé la façade.

Dans Forgotten World, malheureusement pour vous, on va rentrer dans le bâtiment.

Et je préfère vous prévenir : les normes de sécurité n’ont pas été respectées.

Dans la tête d’Emmanuel Elga se tient en permanence une sorte de conseil d’administration clandestin composé de monkeys intellectuellement suréquipés, culturellement instables et absolument incapables de se mettre d’accord.

Il y en a toujours un pour proposer une solution.

Un autre pour expliquer que c’est une connerie.

Un troisième pour rappeler qu’on a déjà essayé en 1998 et que ça s’est terminé avec une voiture dans un mur.

Un quatrième pour citer un philosophe.

Un cinquième pour parler de mécanique.

Un sixième pour demander si ça ne ressemble pas à un truc dans Zelda.

Et quelque part, quelqu’un finit généralement par taper du poing sur la table :

Bon ! Ça suffit Manu. Arrête de dire des conneries.

Ce qui fonctionne approximativement trois secondes.

Parce qu’un autre vient de se souvenir d'un épisode des chevaliers du zodiaque.

Et le plus emmerdant…

c’est que parfois, c’est lui qui a raison.

Voilà votre génie machiavélique.

Désolé.

Kafka s’y perdrait.

Jung demanderait probablement à sortir.

Jean-Claude Van Damme, en revanche, pourrait étonnamment tenir quelques réunions.

Et pourtant, ne vous méprenez pas.

Tout ce qu’Emmanuel a accompli est réel.

Son intelligence est réelle.

Ses connaissances sont réelles.

Son expérience est réelle.

Sa capacité à observer, comprendre, relier et improviser est réelle.

C’est simplement beaucoup moins propre à l’intérieur que ce que vous imaginiez.

Parce qu’une idée ne naît pas toujours d’une autre idée intelligente.

Parfois elle naît d’une connerie.

D’un dessin animé.

D’un jeu vidéo.

D’une phrase entendue trente ans plus tôt.

D’une erreur.

D’un ami.

D’un ennemi.

D’un père.

D’une grand-mère.

D’un maître.

D’un enfant que nous avons été et que nous avons eu, parfois, la bonne idée de ne pas assassiner en devenant adultes.

Et c’est probablement là que Forgotten World raconte réellement quelque chose.

La mémoire.

Pas celle qu’on met sous verre.

Pas celle qu’on transforme en vérité officielle parce que les morts ont toujours l’immense avantage de ne plus pouvoir nous contredire.

La mémoire vivante.

Celle qui se trompe.

Qui mélange.

Qui associe.

Qui ressort au mauvais moment.

Qui nous fait penser à une chose parfaitement stupide devant un problème parfaitement sérieux.

Puis qui ouvre une porte.

Parce que la mémoire ne sert à rien si elle devient un dogme.

Elle ne sert que si quelqu’un peut encore la prendre, la retourner, l’engueuler, la confronter au présent et en faire quelque chose que celui qui l’a transmise n’avait même pas imaginé.

C’est aussi ça, transmettre.

Pas fabriquer quelqu’un qui pense comme nous.

Lui donner suffisamment de choses pour qu’un jour il puisse penser sans nous.

Alors oui, Forgotten World sera grand.

Probablement beaucoup trop.

J’ai arrêté de me soigner.

Mu sera immense.

Les Dieux seront sérieux.

Les Anges aussi.

Les combats feront parfois passer les problèmes de voisinage des épisodes précédents pour une réunion de copropriété.

Et au milieu de tout ça, Emmanuel Elga qui devra découvrir ce qu’il est devenu, ce qu’on lui a transmis, ce qu’il porte, ce qu’il doit encore apprendre et ce qu’il pourra un jour transmettre à son tour.

Tout cela serait formidablement noble…

si nous n’étions pas obligés d’être dans sa tête pendant qu’il le fait.

Et ça, croyez-moi :

c’est votre problème maintenant.

Vous vouliez comprendre Emmanuel Elga ?

Très bien.

Entrez.

Mais ne venez pas vous plaindre.

Vous avez eu neuf livres pour faire demi-tour.

Bienvenue dans Forgotten World.

Bienvenue à Mu.

Et surtout…

bon courage là-dedans.


💬 Commentaires 6

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
Lana • 4 semaines, 1 jour
Ah bah oui, j'espère que tu ne vas pas partir tout de suite car il est important de continuer son histoire.
As-tu pensé que tu en aurais peut-être marre avant même que Manu ait terminé ses épopées ?
👍 0
Splinter Auteur • 4 semaines, 1 jour modifié
Je pense que oui. 😅
En fait, les dix sont déjà plus ou moins écrits dans ma tête. Je sais où je vais, comment ça commence, comment ça finit, et surtout pourquoi chaque épisode existe. Là, je suis surtout en train de mettre tout ce bordel au propre dans Scribonautes : chronologie, personnages, liens entre les bouquins, progression de Manu… histoire de vérifier que la montée en puissance tient debout jusqu’au bout.
J’ai déjà écrit de gros morceaux de plusieurs épisodes, notamment Caparica Sins, et pas mal de choses qui ne sont même pas encore publiées. Maintenant, je peux presque me permettre de passer d’un bouquin à l’autre : écrire une scène ici, revenir ailleurs, raccorder un détail, corriger une chronologie… Et bizarrement, ça rend le truc beaucoup plus agréable à écrire. Je ne suis plus en train de chercher l’histoire. Je suis en train de la construire proprement.
Et tu verras aussi que j’ai refait toutes les couvertures pour leur donner une vraie cohérence visuelle. Maintenant, les dix ressemblent enfin à ce qu’ils sont : les dix morceaux d’une même histoire.
À la base, tout ça est parti de Caparica Sins, presque comme un délire. Pourtant, plus j’avance, plus je pense que 52 Sins est probablement ce que j’ai écrit de plus abouti. Derrière les conneries, les années 90, les voitures, les bastons, les voyages et tout le bordel, j’y retrouve finalement beaucoup de sujets dont je parle depuis longtemps dans des textes beaucoup plus sérieux : le temps, la transmission, ce qu’on devient, ce qu’on garde, ce qu’on laisse aux autres.
Donc oui, ceux-là, je veux vraiment les terminer. Après les dix ? Je pense que j’en aurai tellement plein le cul que Manu et moi prendrons une retraite bien méritée. 🤣
Mais les dix, oui. Ceux-là, je veux aller jusqu’au bout.
👍 1
Lana • 4 semaines, 1 jour
C'est une très bonne chose. Et tu es super motivé.
Quand tu vois le temps que je mets à écrire un chapitre, je suis émerveillée parce que tu fais, mais aussi ce que font les autres auteurs qui écrivent presque un chapitre par jour.
👍 1
Splinter Auteur • 4 semaines, 1 jour
En vrai, je n’écris pas tous les jours. 😅 Il y a des jours où ça me gonfle, des jours où je bloque, et parfois je peux passer une semaine sans écrire parce que je suis simplement en train de réfléchir.
Ce qui est assez génial avec 52 Sins, par contre, c’est que j’ai découvert une autre manière de travailler. Comme j’ai maintenant structuré toute la saga, quand je bloque sur Foster, je peux avoir une idée pour Riviera et partir l’écrire. Je coince sur The Last Wolves ? Je passe sur Fallen. Et parfois c’est même l’inverse : je suis obligé de finir une scène rapidement parce qu’une putain d’idée pour un autre épisode est déjà en train de me bouffer le cerveau. 😂
De l’extérieur, une saga paraît beaucoup plus compliquée à écrire à cause de la chronologie, des personnages et de tous les liens à respecter. Et elle l’est. Mais paradoxalement, je trouve ça beaucoup plus dynamique qu’un roman classique : quand une porte se ferme dans un récit, il y en a neuf autres ouvertes à côté.
Donc non, je n’ai pas la discipline admirable d’écrire religieusement un peu chaque jour. 🤣 J’ai plutôt appris à ne plus confondre « ne pas écrire » avec « ne pas travailler ». Parfois je tape des pages. Parfois je structure. Parfois je réfléchis. Et parfois… j’en ai juste marre. Ça aussi, ça fait partie du boulot. 😅
👍 1
Lana • 4 semaines, 1 jour
Tu le fais admirablement bien. C'est génial de faire comme ça.
Je vis lentement, au rythme des bateaux et des marées alors j'écris pareil.
Plein de choses sont en attente de reprise et réécriture mais je ne trouve pas le temps. Alors souvent c'est la nuit, quand je ne m'endors pas. 🤣
Je me réveille et je ne me souviens plus où je voulais en venir.
👍 1
Splinter Auteur • 4 semaines, 1 jour
Oh putain m'en parles pas moi aussi j'oublie donc je dois trouver la parade
👍 1