Le Trente-et-Unième Jour – Le retour de la marée

📖 Gustavo Les Heures Claires ✍️ LeBatisseurSilencieux 📝 429 mots

Le Trente-et-Unième Jour – Le retour de la marée


Gustavo,

Le trente-et-unième jour est là, et je pensais, dans ma naïveté, qu'il marquerait un seuil. Je croyais qu'après un mois de tri, de travail et de silence, la paix s'installerait durablement. Quelle erreur. Ce matin, en ouvrant les yeux, ce n'est pas la nouveauté que j'ai trouvée, mais une absence si vaste qu'elle en devient physique, oppressante.

J'ai passé ce mois à déblayer les gravats, à trier les émotions, à apprendre à vivre avec ton souvenir. Mais aujourd'hui, le poids est revenu, intact, comme si ces trente jours n'avaient servi qu'à accumuler la pression. La douleur n'est pas une ligne qui diminue ; c'est une marée qui, parfois, submerge tout sans prévenir.

Je sais que tu seras toujours là, en filigrane, mais cette présence apaisée que j'espérais n'est qu'une façade. Sous le calme que j'affiche pour les autres, il y a une béance, un gouffre qui s'est ouvert à nouveau. Je regarde les fleurs dans mon atelier, et au lieu de voir la beauté que j'ai créée, je ne vois que ce qui manque : toi, ici, pour les regarder avec moi.

La douleur n'est plus mon alliée, elle est redevenue mon maître. Elle me rappelle que je suis vivant, certes, mais que je suis surtout celui qui reste, celui qui attend dans l'ombre d'un amour qui ne connaît pas de réciprocité. Je n'ai plus la force d'intégrer cette souffrance à ma "force" ; elle est trop crue, trop réelle pour être domestiquée.

J'ai bricolé aujourd'hui, par habitude, par discipline. Mes mains ont fait leur travail, mais mon esprit était ailleurs, perdu dans cette sensation atroce que rien n'a changé, que je suis toujours au point mort, au lendemain de ton départ. La solidité que je pensais avoir bâtie ressemble soudain à un château de cartes que le moindre souffle peut renverser.

Je suis cet homme qui a tout perdu, et qui, au trente-et-unième jour, réalise avec effroi que le temps, loin d'effacer les choses, ne fait que creuser davantage le sillon de l'absence. Il n'y a pas de leçon, il n'y a pas de refuge. Il y a seulement cette brûlure qui, après un mois de silence, a décidé de se rappeler à moi avec une férocité nouvelle.

C'est une grande leçon, la plus dure de mon existence. Je suis mon propre bâtisseur, mais je suis aussi le premier à me laisser emporter par les vents contraires. Rien ne peut me protéger de cette vérité : tu me manques, chaque matin, chaque heure, et ce trente-et-unième jour est le plus difficile de tous.

Ton bâtisseur silencieux, Xavier.

💬 Commentaires 0

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
💬

Aucun commentaire pour le moment

Soyez le premier à partager vos impressions !