Chapitre 4 : Oui

📖 Hors-Jeu · Épilogue · Cinq ans après ✍️ qwed2001 📝 1308 mots

L'adjoint au maire prit la parole. Sa voix était grave, posée, habituée à ces moments qui marquent une vie. Il parla d'amour, d'engagement, de fidélité. Des mots que j'avais entendus des dizaines de fois, dans des films, dans des livres, dans des cérémonies. Mais aujourd'hui, ces mots prenaient un sens nouveau. Ils n'étaient plus des abstractions. Ils étaient ma vie.

Je regardai Kai. Il se tenait face à moi, ses mains dans les miennes. Ses doigts tremblaient légèrement. Pas de peur. D'émotion. Ses yeux brillaient, ce bleu-gris qui m'avait fait perdre la tête au premier entraînement, ce bleu-gris qui contenait toute la Méditerranée, toute ma vie, tout mon avenir.

— Hugo Léon Pommier, dit l'adjoint au maire, déclarez-vous vouloir prendre pour époux Kai Aurélien Serra ici présent ?

Le silence se fit dans la salle. Un silence plein, habité, chargé de tous ceux qui nous regardaient, de tous ceux qui nous avaient accompagnés jusqu'ici.

Je pensai à tout. À Parcoursup, aux refus, à ce neuvième choix qui avait changé ma vie. À Montpellier, à la résidence étudiante, aux bords du Lez. Au gymnase, aux vestiaires, à cette première fois où j'avais vu Kai, torse nu, à la Rauze. À Perpignan, à la chambre 103, à ce premier baiser qui avait tout fait basculer. À Barcelone, ce trajet pour le retrouver. À Sète, à sa famille, à son père dans le coma, à cette main que je n'avais pas lâchée. À Paris, à cette porte que j'avais enfin osé ouvrir.

Je pensai à nos nuits, à nos matins, à nos rires, à nos silences. À ses absences, à ses retours. À chaque fois qu'il posait sa main sur ma nuque et que le monde s'apaisait. À chaque fois qu'il me regardait et que je me sentais à ma place.

Je pensai à la phrase latine que je m'étais répétée tant de fois. Diversitas amoris amplectenda est, non toleranda. La diversité de l'amour n'est pas à tolérer. Elle est à embrasser.

Aucune question dans le monde n'avait de réponse aussi claire, aussi évidente.

— Oui, dis-je. Ma voix était claire. Posée. Définitive. Oui, je le veux.

Kai sourit. Une larme glissa sur sa joue. Il ne l'essuya pas. Il la laissa couler, libre, comme une offrande.

— Kai Aurélien Serra, reprit l'adjoint au maire, déclarez-vous vouloir prendre pour époux Hugo Léon Pommier ?

Il me regarda. Ses yeux étaient humides, mais son sourire était radieux. Il prit une inspiration, comme s'il voulait graver cet instant dans sa mémoire.

— Oui, dit-il. Sa voix était rauque, chargée d'émotion. Oui, je le veux. Depuis le premier jour. Depuis toujours.

Un frisson me parcourut. Je serrai ses mains plus fort. Il serra les miennes en retour.

— Je vous déclare unis par les liens du mariage.

L'adjoint au maire nous invita à échanger les alliances. Je sortis la bague de ma poche. Un petit cercle d'or, simple, élégant. Je la glissai au doigt de Kai. Ma main tremblait. Mes doigts maladroits cherchaient le bon geste. Il m'aida, doucement, un sourire aux lèvres.

— Avec cette bague, je te donne mon aujourd'hui, mon demain, et tous les jours qui viendront après. Et je sais que, quoi qu'il arrive, nous serons plus forts ensemble.

Puis il prit la sienne, et la glissa à mon doigt. L'anneau était froid contre ma peau, puis il se réchauffa, comme s'il prenait vie.

— Avec cette bague, je te donne mon cœur, mon âme, et tout ce que je suis, murmura-t-il, sa voix rauque d'émotion. Et je sais que, ensemble, nous sommes invincibles.

— Vous pouvez vous embrasser, dit l'adjoint au maire.

Je me penchai vers lui. Nos lèvres se trouvèrent. Un baiser doux, profond, qui avait le goût des larmes et de la promesse. Le goût de cinq ans d'amour. Le goût de toute une vie à venir.

La salle explosa en applaudissements. Des cris, des rires, des sifflets. Les dix survêtements bleu marine se levèrent d'un coup, comme une vague. Nathan hurlait, les mains en porte-voix. Laura pleurait, souriante. Mes parents se tenaient par la main, les yeux brillants.

Kai s'écarta, juste assez pour me regarder. Ses yeux magnifiques.

— On l'a fait, murmura-t-il.
— On l'a fait, répétai-je.

Il rit, un rire léger, presque enfantin. Puis il m'embrassa à nouveau, plus longuement cette fois, comme s'il voulait rattraper tous les baisers que nous n'avions pas pu échanger la veille.

Les invités se pressèrent autour de nous. Nathan fut le premier. Il me serra dans ses bras, fort, longtemps.

— Je suis tellement heureux pour toi, dit-il, la voix brisée. Tu mérites tout ça.

Je ne trouvai qu'un mot.

— Merci.

Il essuya discrètement une larme avant de rire.

— Arrête. Tu vas me faire pleurer devant tout le monde.

Laura nous rejoignit ensuite. Elle embrassa son frère, puis moi.

— Bienvenue dans la famille. Officiellement.

Les cousins de Lunel arrivèrent à leur tour. Tante Sophie pleurait. Oncle Marc me tapa dans le dos avec cette force affectueuse qui le caractérisait. Léo, Sofiane, Emma, Théo, Clara, Monsieur Martinez, le coach de Montpellier, Julien… Tous passèrent devant nous. Tous portaient un morceau de notre histoire. Certains avaient été là au début. D'autres étaient arrivés en chemin. Aucun n'était de trop.

Puis vinrent nos parents.

Mon père me prit dans ses bras sans un mot. Sa main resta quelques secondes de plus dans mon dos, comme lorsqu'on accompagne quelqu'un avant de le laisser partir. Ma mère pleurait, souriait, pleurait encore.

— Tu es magnifique. Tu as toujours été magnifique. On est tellement fiers de toi.
— Je vous aime.

Les parents de Kai s'approchèrent ensuite. Sa mère me serra contre elle dans une longue étreinte. Son père me tendit d'abord la main, puis m'attira dans une accolade maladroite, comme les hommes de sa génération savent le faire.

— Prends soin de lui.

Je regardai Kai avant de répondre.

— Je le ferai.

Kai glissa alors ses doigts entre les miens, comme au premier jour. Il m'entraîna doucement vers la sortie. Les invités s'écartèrent sur notre passage, formant une haie d'honneur tandis que les applaudissements nous accompagnaient jusqu'au perron.

Le soleil de septembre nous enveloppa. Les platanes dessinaient leurs ombres sur la place. Des passants continuaient leur chemin sans savoir qu'au même instant deux vies venaient de changer.

Kai se tourna vers moi. Ses cheveux étaient toujours un peu en bataille. Il était beau de cette beauté vivante.

— Alors, monsieur Serra-Pommier ?

Je ris.

— Alors, monsieur Serra-Pommier, répondis-je.
— C'est étrange, dit-il. On porte le même nom maintenant.
— C'est pratique.
— Oui. On ne se perdra plus.

Je levai les yeux vers le ciel. Je repensai au garçon de seize ans dans sa photo de classe. À celui qui croyait devoir cacher son cœur. Je repensai au jeune homme qui descendait du train à Montpellier sans savoir que sa vie l'attendait dans un gymnase. Je repensai aux bords du Lez. À cette phrase de Kai.

« Je ne sais pas. Mais est-ce qu'on est obligé de savoir tout de suite ? »

Il avait eu raison. Nous n'avions jamais eu besoin de connaître l'arrivée pour avancer.

Kai posa son front contre le mien. Je sentis son souffle. Son cœur battait vite. Le mien aussi. Derrière nous, les portes de la mairie Devant nous la vie. Le vent souleva doucement les feuilles des platanes.

Pendant une seconde, j'eus l'impression de reconnaître ce souffle. Le même vent qui avait couru sur les rives du Lez. Le même qui nous avait accompagnés à Perpignan. Le même qui semblait nous suivre depuis le premier regard.

Kai serra un peu plus fort ma main.
Je serrai la sienne.

Deux alliances brillaient dans la lumière.
Deux mains.
Deux battements de cœur.
Une seule route.

Nous descendîmes ensemble les marches du perron. Non pas vers une fin. Mais vers cette première page que la vie écrit lorsqu'on ose enfin répondre « oui » à l'amour.


Diversitas amoris amplectenda est, non toleranda.

💬 Commentaires 4

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bcome • 2 semaines, 2 jours
Cet épilogue finit superbement le récit principal.
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lampertcity • 2 semaines, 3 jours modifié
Et voilà que cette histoire est définitivement close ! Enfin, on ne sait jamais ! Personnellement, je trouve qu'il y a peut-être un peu trop de rappels sur l’œuvre principale (c'est parfois légèrement redondant). Mais ça a le mérite de parfaitement achever le récit.
Et je suis content car tu as souligné que Hugo faisait l'amour à Kai ^^
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Paul.Koipa • 2 semaines, 4 jours
Très joli complément à Hors Jeu, tu as su une fois encore y mettre beaucoup de délicatesse et de tendresse.
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Passiflore • 2 semaines, 4 jours
Merci pour cet épilogue joyeux et émouvant.
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