Chapitre 11 – Le bruit après le rêve | 11 skyrius – Triukšmas po sapno

📖 JE PARS AVEC TOI ✍️ Splinter 📝 990 mots


Lorsque Gabriel quitta la Lituanie, il emporta avec lui quelque chose qu'il n'avait pas prévu.

Ce n'était pas un souvenir.

Ce n'était pas une photographie.

Ce n'était même pas cette semaine passée auprès d'Ieva.

C'était une certitude.

Une certitude discrète.

Silencieuse.

Mais profondément ancrée.

La réalité avait rejoint le virtuel.

Et elle ne l'avait pas détruit.

Pendant des années, une petite partie de lui avait toujours gardé un doute. Un doute raisonnable. Un doute que n'importe qui aurait eu à sa place.

Et si tout cela n'existait que parce qu'un écran les séparait ?

Et si la distance embellissait tout ?

Et si la réalité révélait des différences impossibles à surmonter ?

Et si ce lien n'était finalement qu'une illusion particulièrement réussie ?

Cette semaine avait répondu à toutes ces questions.

Et aucune des réponses ne l'avait rassuré.

Parce qu'elles étaient toutes les mêmes.

Tout était réel.

Ieva était réelle.

Le lien était réel.

Les sentiments étaient réels.

Et soudain, cela rendait tout beaucoup plus compliqué.

Lorsqu'il rentra en France, il retrouva une vie qui ressemblait encore à la sienne sans être tout à fait la même.

Il venait de traverser une séparation importante.

Une partie de son existence venait de s'effondrer.

Une autre essayait encore de comprendre ce qui restait debout.

Il y avait ses enfants.

Son travail.

Ses responsabilités.

Les habitudes accumulées pendant des années.

Et au milieu de tout cela, une question qu'il n'arrivait pas à faire taire.

Que faire maintenant ?

Pour la première fois depuis longtemps, Gabriel ne savait plus.

Alors il fit ce que beaucoup d'êtres humains font lorsqu'ils sont perdus.

Il continua d'avancer.

Sans direction précise.

Sans véritable plan.

Avec l'espoir secret que le temps finirait par lui montrer le chemin.

C'est durant cette période qu'il rencontra Virginia.

Elle n'était pas arrivée comme une tempête.

Ni comme une révélation.

Elle était simplement apparue dans sa vie.

Naturellement.

Comme certaines personnes savent le faire.

Elle était gentille.

Intelligente.

Drôle.

Présente.

Et surtout, elle appartenait à un monde simple.

Le même pays.

La même langue.

Les mêmes repères.

Aucune frontière.

Aucun avion.

Aucun fuseau horaire.

Aucune incertitude géographique.

Tout semblait plus facile.

Plus raisonnable.

Plus logique.

Et pendant quelque temps, Gabriel se laissa porter par cette logique.

Parce qu'après le chaos, la simplicité possède un pouvoir de séduction immense.

Mais quelque chose résistait.

Pas contre Virginia.

Contre lui-même.

Chaque soir, ou presque, il continuait de parler avec Ieva.

Comme avant.

Ou du moins il essayait.

Car quelque chose avait changé.

Pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, il ne se sentait plus entièrement libre dans leurs conversations.

Il y avait désormais une zone d'ombre.

Une partie de sa vie qu'il ne racontait pas vraiment.

Une vérité qu'il repoussait à plus tard.

Non par malveillance.

Non par calcul.

Mais parce qu'il ne savait pas lui-même ce qu'il était en train de faire.

Comment expliquer quelque chose que l'on ne comprend pas encore ?

Comment nommer une situation dont on ignore l'issue ?

Alors il gardait certaines choses pour lui.

Et cette retenue inhabituelle créait parfois un inconfort qu'il n'aimait pas.

La culpabilité n'était jamais loin.

Pas une culpabilité écrasante.

Une culpabilité plus subtile.

Comme une petite pierre dans une chaussure.

Pas assez importante pour empêcher d'avancer.

Mais suffisamment présente pour rappeler son existence à chaque pas.

Le plus étrange était ailleurs.

Lorsqu'il pensait à Virginia, il pensait au présent.

Aux jours qui venaient.

Aux semaines suivantes.

À quelque chose qui pouvait exister.

Lorsqu'il pensait à Ieva, il pensait plus loin.

Sans le vouloir.

Sans même s'en rendre compte.

Elle apparaissait dans des endroits où personne ne l'avait invitée.

Dans des projets.

Dans des hypothèses.

Dans des rêves.

Comme si son esprit avait commencé à lui réserver une place avant même qu'il ait pris la décision de la lui offrir.

Et cela le troublait.

Parce qu'il n'était pas encore prêt à regarder cette vérité en face.

Il sortait d'une histoire.

Il essayait d'en reconstruire une autre.

Et pourtant, une partie de lui continuait à regarder vers Kaunas.

Vers cette femme blonde rencontrée derrière une porte d'aéroport.

Vers cette voix devenue familière.

Vers ce sourire qui avait traversé des milliers de kilomètres avant de traverser sa vie.

Gabriel ne comprenait pas encore ce qui était en train de se produire.

Il croyait encore qu'il avait du temps.

Que les choses finiraient naturellement par trouver leur place.

Mais certaines histoires avancent en silence bien avant que ceux qui les vivent acceptent de les voir.

Et sans le savoir, il était déjà en train de s'approcher d'un choix qui changerait le reste de sa vie.


11 skyrius – Triukšmas po sapno

Kai Gabrielius išvyko iš Lietuvos, jis išsivežė kažką, ko nesitikėjo.

Tai nebuvo prisiminimas.

Ne nuotrauka.

Net ne savaitė, praleista su Ieva.

Tai buvo tikrumas.

Tylus.

Diskretiškas.

Bet giliai įsišaknijęs.

Realybė susitiko su virtualiu pasauliu.

Ir jo nesugriovė.

Daugelį metų maža jo dalis vis dar abejojo. Abejonė buvo logiška. Tokia, kokią turėtų kiekvienas jo vietoje.

O jeigu visa tai egzistuoja tik todėl, kad juos skiria ekranas?

O jeigu atstumas viską pagražina?

O jeigu realybė atskleis skirtumus, kurių neįmanoma įveikti?

O jeigu šis ryšys tėra graži iliuzija?

Ta savaitė atsakė į visus klausimus.

Ir nė vienas atsakymas jo nenuramino.

Nes visi buvo vienodi.

Viskas buvo tikra.

Ieva buvo tikra.

Ryšys buvo tikras.

Jausmai buvo tikri.

Ir staiga tai viską pavertė daug sudėtingiau.

Kai jis grįžo į Prancūziją, jo gyvenimas vis dar atrodė pažįstamas.

Tačiau jis jau nebuvo toks pats.

Jis ką tik buvo išgyvenęs svarbų išsiskyrimą.

Dalis jo pasaulio sugriuvo.

Kita dalis dar bandė suprasti, kas liko stovėti.

Buvo vaikai.

Darbas.

Atsakomybės.

Metų metus kurtos rutinos.

Ir tarp viso to – klausimas, kuris nenorėjo nutilti.

Ką daryti dabar?

Pirmą kartą per ilgą laiką Gabrielius nežinojo atsakymo.

Todėl jis darė tai, ką daro daugelis pasimetusių žmonių.

Jis tiesiog ėjo pirmyn.

Be aiškios krypties.

Be plano.

Tikėdamasis, kad laikas pats parodys kelią.

Tuo metu jo gyvenime atsirado Virginia.

Ji neatėjo kaip audra.

Ne kaip didžiulis jausmas.

Ji tiesiog atsirado.

Natūraliai.

Ji buvo gera.

Protinga.

Linksma.

Ir svarbiausia – priklausė paprastam pasauliui.

Tai pačiai šaliai.

Tai pačiai kalbai.

Tiems patiems orientyrams.

Jokių sienų.

Jokių lėktuvų.

Jokių laiko juostų.

Jokių didelių nežinomųjų.

Viskas atrodė lengviau.

Logiškiau.

Racionaliau.

Ir kurį laiką Gabrielius leido sau tuo tikėti.

Tačiau kažkas priešinosi.

Ne Virginiai.

Jam pačiam.

Ir kiekvieną vakarą jis vis dar grįždavo prie Ievos.

Kaip visada.

Arba bent jau stengdavosi.

Nes kažkas pasikeitė.

Pirmą kartą jų istorijoje jis nebesijautė visiškai laisvas.

Atsirado šešėlis.

Dalis gyvenimo, apie kurią jis nekalbėjo.

Tiesa, kurią vis atidėliojo.

Ne iš blogos valios.

Ne dėl apgaulės.

Bet todėl, kad pats nesuprato, ką išgyvena.

Kaip paaiškinti tai, ko pats dar nesupranti?

Todėl kai kuriuos dalykus jis pasiliko sau.

Ir tai jį slėgė.

Ne stipriai.

Bet nuolat.

Tarsi mažas akmenukas bate.

Per mažas, kad sustabdytų.

Pakankamai didelis, kad jį nuolat jaustų.

Keisčiausia buvo tai, kad galvodamas apie Virginią jis galvojo apie dabartį.

O galvodamas apie Ievą – apie ateitį.

Net nesąmoningai.

Ji atsirasdavo jo planuose.

Jo svajonėse.

Jo mintyse apie rytojų.

Tarsi jo širdis būtų jau priėmusi sprendimą, kurio protas dar nedrįso pripažinti.

Ir jis dar nežinojo, kad būtent ši tyli tiesa netrukus pakeis visą jo gyvenimą.

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