La découverte du vétérinaire
Je n'avais jamais connu autre chose que mon territoire. Je n'étais jamais sorti au-delà du grillage avant de connaître mes nouveaux maîtres.
Je monte dans la voiture, je tousse, respire difficilement. Cela fait seulement une journée que je suis sorti de l'enfer de la cage en métal et du couloir de l'agonie.
Retourner dans cet habitacle roulant m'angoisse encore plus. Je monte malgré tout et suis docilement les humains qui m'ont sorti du refuge. L’angoisse me prend et chaque seconde intensifie cette dernière. Je respire difficilement, je les regarde, implorant. Où vont-ils me déposer ? J’ai sûrement été un mauvais chien, encore. Ils n’ont pas levé la main sur moi mais j’ai pleuré toute la nuit. Je n’ai eu que des cauchemars et des crises incontrôlables. Ils ont dû en avoir marre de mon comportement. Ils ne m’avaient pas lâché la veille. Aujourd’hui, j’ai eu droit à une balade en laisse. J’ai tiré de toutes mes forces car je ne connaissais pas l’extérieur et tout était si excitant et intriguant. Ma maîtresse n’arrivait que peu à suivre derrière moi. Elle soufflait, essayait de me canaliser, me grondait, m’appelait… J’ai merdé. C’est sûr, j’ai merdé.
Le trajet ne fut pas très long.
On arrive dans un endroit puant comme l'endroit que j'ai visité la première journée de mon abandon car parlons avec les bons mots.
Retourner là, me faire manipuler cela m'angoisse.
Je ne reste pas en place, je tourne, tire, veux partir.
Je capitule un minimum pour ne pas trop souffrir lors de cet échange.
La dame me manipule de manière brusque. Je suis secoué, trituré dans tous les sens.
J'aime pas ça.
Mes intestins me font une misère.
Je lâche donc une grosse diarrhée sur le carrelage de la salle de consultation. La dame n'est pas contente, l'humain ramasse pendant que l'humaine me rassure. On me met un bout de plastique autour de la truffe pour vérifier d'autres choses. La chose qui entrave ma truffe ne me permets plus d’ouvrir la gueule en grand et d’attraper l’humaine qui m’osculte.
J'essaie de partir, je ne comprends toujours pas mon prénom. N'oubliez pas que j'ai débarqué dans cette famille il y a moins de 24 heures. Alors, comprendre ce qu’ils me veulent est impossible, encore plus dans l’état dans lequel j’étais.
La dame ne comprend pas et n'accepte pas mon comportement. Elle se fâche, devient plus brusque. Elle ose même réprimander mes maîtres sur mon manque d’éducation… Je les entends se défendre, dire que je viens d’un refuge, qu’ils m’ont depuis hier seulement. La main de ma maîtresse est devenue plus rude sur ma laisse. Je ne comprends pas si c’est à cause de mon comportement ou celui de la femme que nous venons de rencontrer.
" Il n'a pas la toux du chenil" annonce la véto sans trop d'empathie.
L'humaine est ultra stressée. Je le sens dans sa manière d'agir. Son cœur bat la chamade. Peut-être qu'elle s'énerve aussi, un peu je pense.
La vétérinaire m'a enlevé la muselière, ils parlent de mes hanches douloureuses et cette doctoresse de toutou tire sur mes pattes arrières. Je me retourne malgré les mains de mon humaine pressant mon crâne. Ma mâchoire s'ouvre et son avant bras se trouve entièrement dans ma gueule...
Elle n'hurle pas. J'ai eu peur d'avoir un cou. Je lâche prise, oreille en arrière et yeux embrumés. Je ne veux pas blesser mais ça m'a fait trop mal. ll fallait que je le fasse comprendre et je ne savais pas comment faire d'autre. La femme qui a tiré mes hanches a été brusque et tellement fort ! La douleur lancinante ne s’est arrêtée que plusieurs heures après.
L'humaine me caresse, me rassure. Au lieu des coups, je reçois de la tendresse malgré mon geste. Je suis perdu.
Je ne comprends pas trop mais je suis rassuré pour cela.
L'angoisse me pèse encore. Ma respiration augmente encore d'une vitesse. Mes humains sont toujours stressés de me voir dans cet état. J'ai du mal à faire rentrer l'air dans mes poumons. C'est compressés, serrés... Douleur intense qui m'oppresse et accentue mon mal être de ce double changement. Je suis obligé de respirer par la gueule, langue bien pendante.
La vétérinaire rassure sur mon état de santé, prévient qu'il faudra prochainement m'opérer. Je n'avais pas encore connaissance de ce mot. Je connaissais très peu de choses en fait à cette époque.
Les humains débattent sur le trajet du retour. Ils sont colères. J’ai peur de me retrouver roué de coup. Mais la colère est envers la dame que nous avons rencontré plus qu’envers mon comportement. De temps en temps, ils jettent un coup d’oeil dans ma direction. Je suis dans le coffre, la tête dépassant et posée sur les sièges arrières.
Mon jardin me manquait. Mon territoire aussi me manquait … L’inconnu de ma nouvelle vie m'oppresse trop, les agressions de mon ancien propriétaire était prévisible ou presque et cela me manque de savoir à quoi m’attendre.
Après l'abandon, ce passage chez le vétérinaire fut la pire journée. Ce que je ne savais pas c'est que j'allais revivre des journées comme ça et dans une honte la plus totale. Pour la seconde visite, on va ailleurs, plus loin. Le trajet en voiture est long !
Ma deuxième visite… on analysa mes crottes qui sont molles, regarde mes oreilles sales, ma température par mes fesses, mes dents limées, mon bassin douloureux… Mais cela se déroule dans une ambiance plus détendue, la nouvelle dame qui m’osculte est douce, me caresse, attends parfois quelques secondes lorsque je montre que je ne suis pas d’accord avec ce qu’elle va faire.
On planifie une troisième visite pour une opération. Me castrer.
Que cela signifie-t-il ?
Je l’ai appris à mes dépends.
Cela fait un peu moins d'un mois que je suis avec mes nouveaux humains à l’époque. Je m'adapte. Je n'oublie pas mon ancien maître. Je continue d'agir comme si j'étais chez lui malgré les contradictions que les nouveaux m'imposent.
Ne mange pas tes crottes, va dans le panier, va sur la couverture, tu peux manger, tu peux boire, couche toi, calme toi, viens faire des câlins.
Ne comprenant pas ces ordres ni l'utilité, ce n'est pas en un mois que je les ai exécutés.
Il m'a fallu du temps... Heureusement, les humains étaient patients et doux.
Enfin, je tergiverse.
Voilà arrivée la troisième visite chez le vétérinaire... Je stress un peu moins même si je ne connais pas le nom qu'ils ont mentionné la fois précédente.
Je rentre, renifle les odeurs des autres animaux et attends patiemment comme demandé. Mes humains sont assis sagement à côté de moi. Ils me laissent une légère liberté, la distance de la laisse et je marche donc en rond, la peur aux tripes. Je scrute chaque petit centimètre de carrelage. Chaque détail que je peux voir ou entendre mais rien n’est reconnaissable pour moi donc je stress.
On rentre dans la salle, la même que la dernière fois. OK. Là, je connais.
Je monte sur la table, suis sage puis... Mes humains partent... Ils s'en vont, disparaissent de ma vue et m'abandonnent. Qu'ais-je fait ? J'ai été sage, j'ai encore suivi tous leurs ordres bon parfois il en a fallu une dizaine avant que je l’exécute mais c’est déjà un bon début... Je ne comprends pas. L'angoisse m'assaille à nouveau. Les vétérinaires me retiennent difficilement et m'emmènent dans une autre pièce qui pue fort plein d'odeurs désagréables.
Ils m'endorment rapidement. Finalement, je suis soulagé qu'ils m'aient endormi.
Je me réveille avec mes parties intimes douloureuses. Je veux lêcher mais on m'en empêche.
Vu que j'essaie de retirer ce qui tire ma peau, on me met un cône transparent autour du cou. L'horrreur, la honte. Ce truc m'empêche de bien voir les alentours, de me nourrir, de me mouvoir.
A cause de cet entonnoir, mes humains ne sont pas contents car j'ai creusé des trous sur les murs. Sinon, ils rigolent pour la plupart du temps de ma situation. Je suis maladroit avec ce truc collé à mon cou.
Ce n'est pas de ma faute s'ils m'ont affublé de cette chose honteuse.
Je n'arrivais pas à me retourner sans cogner les murs, les meubles, ... Je me suis également déjà coincé la tête sur le sol entre deux rainures de carrelage. Un enfer intersidéral.
Les humains ne cédèrent pas malgré mes plaintes. J'ai même été promené avec ce truc. Pfff comment me mettre encore plus la honte qu'avec cette chose ? J'en ai croisé des humains et des animaux avec ce plastique de la honte attaché à moi.
Cela dure quelques semaines. Ensuite,on retourna encore chez le vétérinaire pour vérifier que tout allait bien. J'ai cassé ce jour-là, enfin, ce cône contre un mur. Fissuré en deux. Libéré de cette chose oppressante.
On est reparti avec mon cou et ma vision libérée ! J'étais un autre toutou. Apparemment, ils étaient obligés de m'opérer pour que je ne sois plus un mâle entier. Je ne suis plus entier... Misère, que suis-je alors ? La moitié de moi-même ? Qu'ais-je perdu à part une partie de mon corps qui se trouvait entre mes deux pattes arrières ?
Heureusement, le changement ne fut pas considérable et je m'y fis rapidement. Cela ne m'a pas empêché de me faire des copines et des copains !
Maintenant je vais encore chez le vétérinaire, mais pour d'autres choses. Je vous expliquerai.
D'ailleurs on a changé plusieurs fois de lieux. Mon humaine n'était pas satisfaite de certains comportements ou du peu de considération sur ses craintes. Mais cela fera l'objet d'un autre chapitre.
💬 Commentaires 3
Comme pour les précédents chapitres, la lecture est agréable et on prend plaisir à découvrir les péripéties du toutou.