Chapitre 12 : La Chute
Ils passèrent la journée dehors, dans le jardin, à retrouver les gestes simples du quotidien. Monsieur Picard leur fit un signe de la main amical depuis son trottoir, son tuyau d’arrosage coulant normalement sur ses géraniums. Tout était à sa place. Le monde était redevenu réel.
À la nuit tombée, après avoir couché Lily — qui s’était endormie sans un murmure — Marc et Hélène se retrouvèrent dans leur chambre.
Le calme était absolu.
Pourtant, aucun d’eux ne parvenait à trouver le sommeil. Ils restaient allongés sur le dos, les yeux fixés sur le plafond blanc, séparés par un espace de lit qui leur semblait soudain immense, comme si un océan de culpabilité les avait éloignés l’un de l’autre.
— Marc ? murmura Hélène dans le noir.
— Oui ?
— Tu penses qu’on va réussir à oublier ?
Marc ne répondit pas tout de suite. Il tourna la tête vers sa table de nuit.
Elle était vide.
Le rasoir rouillé n’était plus là. Le carnet noir non plus. La preuve avait disparu.
Mais alors qu’il fermait les yeux pour tenter de s’endormir, le silence de la chambre commença à peser sur ses tympans.
Ce n’était pas le tic-tac de la comtoise. C’était autre chose.
Un poids invisible qui s’installait sur sa poitrine, lourd, étouffant, comme si quelqu’un — ou quelque chose — s’était allongé sur lui.
Il se souvint :
De la voix rauque à son oreille. Du souffle glacé. Des chiffres du carnet.
Et surtout… de la chambre d’hôpital blanche où il avait lui-même signé le papier pour abréger les souffrances de la mère d’Hélène, en secret, sans lui dire qu’il restait un espoir.
Marc ouvrit les yeux dans la pénombre.
La maison n’avait pas besoin d’objets pour les torturer.
Elle n’avait plus besoin de parler à travers Lily.
En les forçant à déterrer le passé, elle avait accompli son œuvre.
Le doute était semé. La culpabilité était réveillée.
Elle s’était insinuée sous leur peau, invisible et indestructible, comme une maladie chronique.
Dans le lit, Hélène lui tournait le dos, immobile.
Mais à bien y regarder, ses épaules tressaillaient au rythme d’un sanglot silencieux.
Elle aussi pensait à l’hôpital. Elle aussi pensait au mensonge.
La preuve avait disparu. Mais la faute demeurait.
Il n’y avait plus de fantôme sous le buffet, plus de boucle sur la route, plus de magie noire.
Le fantastique s’était retiré, laissant la place à la pire des réalités.
La maison était redevenue une simple boite de pierre et de bois, mais le poison, lui, était à l’intérieur d’eux.
Et il restait.
FIN.
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