I

📖 La mal cachée ✍️ PrinceVelihan 📝 620 mots

Ce n’est pas ce que vous croyez. La scène à laquelle j’ai assisté peut laisser supposer que la jeune Liviana va mal. Il est vrai que son état nécessitait des soins constants dont je me chargeai jusqu’à ce que je sois éloignée d’elle après un énième épisode dramatique. Âgée d’une douzaine d’années au moment des faits, elle me fut confiée lorsque le maître du manoir de Kerguénolé, M. Moreau m’engagea comme domestique, c’est-à-dire sept ans en arrière.

*

Le prieur Edmond Lejeune me recommanda auprès de la famille de cette fillette. J’avais toujours connu cet homme d’église qui m’avait trouvée devant la chapelle du Pénity. Il me raconta m’avoir recueillie, nourrisson. Quelqu’un avait abandonné le berceau dans lequel je dormais aussi sage et belle qu’une image sainte. Un prénom était brodé sur un linge qui emmaillotait mon corps : Angéla.

Edmond me confia à Céline, une belle personne qui joua le rôle difficile de maman tout en s’occupant du ménage et de la cuisine. Elle m’éduqua tandis que le prieur veillait à me donner une éducation sérieuse, m’apprenant à lire et à écrire. Les longues heures passées à ses côtés, pendant lesquelles je noircissais des cahiers de chiffres ou de lettres tracés à la plume sergent major ne me déplaisaient pas, au contraire. Je cherchais toujours à me dépasser, ma soif d’apprendre jamais assouvie. Lorsque je sus lire couramment, je dévorais les livres de psaumes et des manuscrits racontant l’histoire des saints chrétiens, la genèse, la bible. Certains de ces livres, que je n’avais pas le droit d’emprunter, m’attiraient particulièrement. La bibliothèque, qui se trouvait dans le salon avec ces vieux grimoires fermait à clef. Celle-ci en côtoyait d’autres sur un trousseau accroché à la ceinture du prieur Lejeune. Comment faire ? Il arriva plusieurs fois que mon brave père oubliât de verrouiller le sésame. Mes prières furent entendues et je pus parcourir avec avidité les pages interdites. Elles parlaient du Diable, des démons. Leurs noms et rangs par rapport à Satan s’imprimèrent en ma mémoire. Je crois que ce curé pratiquait des exorcismes et se basait sur les indications du rituel officiel. Participer à ces séances devenait une de mes idées fixes. Je passais donc mes années d’enfance en compagnie de cet homme cultivé qui m’apprit aussi les secrets des plantes, leur pouvoir de soigner toute sorte de maladies. Il y avait un jardin médicinal où j’aimais me promener. J’y prélevais des spécimens que je plaçais entre les feuillets de mon herbier. Parfois j’aidais à la confection des décoctions et onguents. Il fallait que je me rende utile et ne rechignais pas à effectuer des tâches longues et difficiles demandant de la patience. 

Malgré la tendresse dont le père Edmond me gratifiait, le jour de mon départ arriva. Je n’en compris pas la raison. Est-ce qu’il ne se sentait plus la force d’accompagner mon esprit passionné et demandeur de nourriture spirituelle ? Ou bien, voulait-il que je me socialise, car je ne connaissais que lui et Céline ? J’assistais aux messes quand je le désirais, mais à part quelques balades au village, ma présence à des fêtes paroissiales où je rencontrais quelques familles, j’avais peu d’échanges avec des personnes étrangères. 


Mon bon protecteur se mit à me chercher un foyer différent et je fus obligée de quitter mon cocon si douillet. J’avais seize ans et j’allais faire connaissance d’une jeune personne, noble de naissance, mademoiselle Liviana, auprès de qui je transmettrais mon savoir. Une sorte de gouvernante doublée d’une bonne à tout faire, voilà ce que j’allais devenir et bien plus que cela. 


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