Cent soixante-cinq battements par minute
La lumière dorée de la fin de l'après-midi traversait les immenses verrières des appartements de la princesse Sylvie, situés au sommet de l’immense Aile Résidentielle.
Il y régnait ces derniers temps un chaos qui avait tendance à atteindre son paroxysme à la fin de chaque journée, puis à faire tempêter Damoiselle Sibylle lors de ses visites en soirée, et enfin à faire s'activer l'infatigable Margot assistée d'une demi-douzaine de « ses filles » afin de remettre un semblant d'ordre après le coucher de la princesse.
Puis le cycle recommençait le jour suivant.
Pour la Princesse Sylvie, cependant, ce désordre était le refuge de ses derniers jours. Assise dans son vaste et profond fauteuil capitonné de velours moelleux, elle finissait entourée d'une forteresse de coussins, de peluches et de tasses de thé refroidies qui formaient un paysage montagneux miniature.
***
L'Attente
La princesse, la deux cent quarante-troisième porteuse du Nom de la Sainte Sylvie, héritière d'un royaume vieux de quarante-quatre siècles, avait l'air d'une enfant perdue dans un monde de géants. Ses pieds étaient enfilés dans d'épaisses chaussettes de laine rembourrées, ornées de dragons luminescents dans l'obscurité, et reposaient sur un pouf moelleux. Mais ce qui attirait le plus l'œil, c'était son pyjama. Une soie rose pâle parsemée de petites licornes qui, à chaque mouvement, émettaient une lueur douce et changeante, la transformant tout entière en une lanterne magique ambulante.
Son visage, habituellement rayonnant d'une énergie débordante, portait les traces d'une mélancolie tenace. Depuis que le Prince Olivier avait été retrouvé au fond de cette crypte effondrée et emporté par les médecins vers l'Aile Médicale, le temps semblait s'être figé. Elle passait ses journées entre ses exercices de rééducation, quelques parties d'antiques jeux vidéo, et à regarder des c-dramas cathayens, pleurant à chaudes larmes devant les tragédies des héros, ou en riant nerveusement quand l'héroïne qui se faisait passer pour un homme traversait toutes sortes de situations rocambolesques.
Elle espérait, priait, et parfois, dans le silence de ses appartements tout en haut de la tour, elle se sentait terriblement seule. Olivier était toujours là-bas, limité à une chambre, ne pouvant parler, bouger ou même respirer qu'avec peine.
Elle ne s'attendait à rien d'autre qu'aux passages à toute heure de Margot ou de l’une de ses soldates toujours affairées de l’armée de servantes qu’elle supervisait, ainsi qu’aux visites de la Damoiselle Sibylle ou de Mei-Ling. Ses trois amies l'avaient énormément soutenue et encouragée, en particulier dans les pires moments où elle voyait son univers partir en lambeaux. Elles l'avaient supportée aussi. Pour tout cela elle leur en était tellement reconnaissante. Mais c'était tout. Ses interactions sociales se limitaient à cela, et son univers n'allait pas au-delà du sommet de sa tour avec ses vastes appartements, ses jardins suspendus et ses balcons.
Pourtant, elle avait regagné énormément en autonomie, le fauteuil roulant ainsi que le déambulateur avaient été enlevés par l'équipe médicale, qui ne se limitait plus maintenant qu'à un kinésithérapeute et un ostéopathe. Avec de temps en temps le passage du Docteur Ambrosius ou du nutritionniste. Elle pouvait marcher presque normalement et elle pratiquait des exercices de marche rapide, de course et de sprint. Les douleurs, encore présentes à l'effort, se résorbaient graduellement. Elle aurait pu aller et venir à peu près librement.
Flamme et Long, les deux dragons nains, vaquaient à leurs occupations ou bien dormaient à ses côtés. Sans oublier leur activité subversive préférée qu'ils imaginaient toujours connue d'eux seuls : les concours de pets clandestins.
Sylvie soupira, essuyant une larme sur sa joue. Enfouie dans son fauteuil favori devant l'écran géant éteint, elle regardait son smartphone rose, l'écran affichant une vidéo de la star de son c-drama préféré.
— Si seulement tu pouvais être là, Olivier. Même mal en point. Juste pour me dire que tu es là et que ça va, murmura-t-elle.
Elle se sentait comme une actrice dans une pièce où elle jouait seule, attendant un partenaire qui ne viendrait jamais. L'espoir était là, tapi au fond de son cœur, mais il était étouffé par la réalité de sa convalescence et la distance physique qui les séparait.
***
Quelqu'un Frappe à la Porte
Soudain, une série de coups caractéristiques frappés à la porte la firent sursauter. Trois coups secs, suivis d'un quatrième, plus léger, une signature rythmique unique.
Sylvie se figea. Son cœur manqua un battement, puis se mit à tambouriner contre ses côtes avec une violence qui lui fit oublier tout le reste.
— Non, se dit-elle. C'est impossible. Je rêve. J'hallucine. J'ai trop mangé de gâteaux au miel !
Elle se leva, ou du moins tenta de le faire. Ses jambes, encore faibles, flageolèrent légèrement.
Elle trébucha sur un coussin, se rattrapa de justesse à un des bras du fauteuil.
— Flamme ! Long ! Est-ce que vous avez entendu ? chuchota-t-elle, les yeux écarquillés.
Les deux dragons se regardèrent, leurs petites ailes frémissantes.
— Grrr ! (Traduction approximative : « C'est lui ! C'est le Prince ! »)
— Grôô ! (Traduction approximative : « Attention, si c'est ça, il va faire une entrée dramatique ! »)
Sylvie ne pouvait pas y croire. Olivier était dans l'Aile Médicale. Il avait du mal à marcher. Il ne pouvait pas être ici à frapper à la porte. Et pourtant !
— Margot ! Margot, viens vite ! cria-t-elle, la voix tremblante.
Mais Margot n'était pas là. Elle était sortie.
Sylvie resta seule, le cœur battant à tout rompre. Elle regarda autour d'elle, paniquée.
Son pyjama licorne clignotait frénétiquement, trahissant son agitation. Ses cheveux, en un gros chignon échevelé, semblaient ne pas avoir vu un peigne depuis une semaine. Elle était négligée, dans le même pyjama depuis l’avant-veille, entourée de coussins et de tasses de thé froides.
— Oh non, non, non ! gémit-elle. Ce n'est pas possible ! Comment une chose pareille peut-elle m'arriver ? Et je suis en train de pleurer devant un c-drama ! J’ai les yeux rouges et tout boursouflés ! Il va me trouver ridicule !
Elle tenta de se recoiffer, faisant clignoter en désordre son pyjama licorne, mais ses mains tremblaient trop, ses doigts s'emmêlaient dans ses cheveux. Elle tenta de ranger les coussins, mais elle trébucha sur un dragon qui lâcha un pet sonore et détala à l'autre bout de la pièce. Le pyjama lança une série de flash multicolores.
— Grôô ! (Traduction approximative : « Désolé, Madame, c'est la nervosité ! »)
Sylvie se figea, les yeux grands ouverts en direction de la porte tout au fond de la vaste pièce. Elle ne savait pas quoi faire. Devait-elle se cacher et faire semblant de ne pas être là ? Devait-elle ouvrir ? Devait-elle courir se cacher dans le placard à balais ?
— Non, se dit-elle, une lueur de détermination traversant son regard. Quelle idiote ! C'est Olivier. Il est là. Il est vivant. Il est venu.
Elle se redressa, cette fois avec fermeté. Elle fit quelques pas, hésitante, vers la double porte de ses appartements. Chaque pas était un effort, chaque mouvement une victoire déclenchant des clignotements colorés de son pyjama. Elle sentait comme des pointes douloureuses au niveau des entailles de ses pieds, maintenant cicatrisés. Ses articulations étaient raides. Ses muscles étaient las. Mais elle sentait aussi une énergie nouvelle, une joie pure et brute qui la poussait en avant.
Elle atteignit le milieu de la pièce. Elle ajusta son pyjama qui émettait quelques lueurs au gré de ses mouvements désordonnés, tenta encore une fois de lisser ses cheveux, mais rien n'y faisait. Elle était telle qu'elle était : une princesse en pyjama licorne, les pieds dans des grosses chaussettes, les cheveux en bataille, négligée, pas parfumée et le cœur battant à tout rompre.
La poignée tourna.
Les deux vastes battants de bois précieux, incrustés de motifs dorés, s'ouvrirent avec un bruit lourd et solennel.
Et là, dans l'encadrement, se tenait le Prince Olivier.
Il était pâle, son visage marqué par la fatigue, son bras gauche en écharpe, appuyé sur une canne. Derrière lui, tel un garde du corps, se tenait un homme d'une vaste stature, un pad médical à la main.
Olivier la regardait, ses yeux brillants d'une émotion qu'il ne pouvait contenir. Il était à une dizaine de pas d'elle, immobile.
Sylvie resta figée, les yeux grands ouverts, le souffle court, incapable de prononcer un seul mot. Le monde semblait s'être arrêté, laissant place à ce moment suspendu entre la douleur, la joie, et l'impossible réalité de la présence de celui qu'elle aimait.
***
Le Moment
Le silence qui suivit l'ouverture de la porte fut assourdissant. Pour Sylvie, le temps s'était littéralement brisé. Elle fixait Olivier, son regard passant de son visage pâle à son bras en écharpe, puis à sa canne, et enfin à ses yeux fatigués et tristes.
Quelques pas les séparaient.
— Olivier... souffla-t-elle, la voix entravée par une émotion qui lui serrait la gorge.
Une joie pure irradiait doucement dans tout son être. Elle se tenait immobile, figée. Toutes les petites licornes de son pyjama étaient éteintes, inertes.
Il était là. Il était debout. Il avait survécu.
Mais alors, une vague de colère, douce et amère, monta en elle. Elle en voulait à l'explosion, à la malchance, et paradoxalement, à lui-même d'avoir risqué sa vie, d'avoir failli la laisser seule dans cette tour immense.
— Tu es fou ! s'écria-t-elle, les larmes aux yeux, un mélange de reproche et d'adoration.
— Tu es complètement fou ! Tu aurais pu... tu aurais pu ne jamais revenir ! Disparaître…
Elle ne remarquait même pas Helmut, qui se tenait dans le couloir en retrait du prince. Pour Sylvie, l'infirmier n'existait pas ; il n'était qu'un accessoire du décor, une ombre dans ce moment sacré.
Olivier, de son côté, était dévasté. Il avait vu les progrès de Sylvie dans leurs échanges, mais dans son esprit, il s'attendait à la voir faible, peut-être encore alitée, mais elle se tenait là, vivante, rayonnante, ses yeux brillants d'une intelligence et d'une vie qui le remplirent d'une gratitude infinie.
Il cherchait ses mots, les mots parfaits pour exprimer l'indicible, mais sa langue semblait avoir disparu.
Il resta planté là, incapable de formuler quoi que ce soit, le regard perdu dans le sien.
Sylvie, mue par une impulsion irrésistible, commença à avancer doucement sans le quitter des yeux un instant et parfaitement insensible aux quelques élancements que lui causaient encore ses blessures.
À mesure qu'elle s'approchait, les paramètres vitaux d'Olivier s'affichaient sur le pad médical avec une rapidité alarmante.
« Fréquence cardiaque : 110... 125... 140 battements par minute. »
« Tension artérielle : en hausse. »
« Niveau de stress : critique. »
Helmut, le visage impassible mais les sourcils légèrement froncés, fit un pas en avant. Il leva la main instinctivement pour intervenir.
— Votre Altesse…
Mais il s'interrompit et n'acheva pas son geste.
Un éclair de discernement de sa part, rare et précieux.
Il vit la façon dont la princesse regardait le prince, comme l'homme qu'elle aimait. Il vit la détresse dans la posture d'Olivier, et la tendresse infinie de Sylvie.
Il baissa la main, se contentant de surveiller les chiffres sur son écran, prêt à agir si nécessaire, mais décidant, pour la première fois de sa carrière, de laisser la simple humanité prendre le relais. Les regards qui disent tout, les silences éloquents et les paroles silencieuses, ce qu'il y a au-delà des mots et que les mots ne font que tenter d'exprimer. La douceur d'un contact. Il recula.
Sylvie était maintenant à moins de deux pas. Elle voyait la fatigue gravée dans les traits d'Olivier, la tension dans son épaule droite et le léger frémissement de sa main qui serrait la canne, la protection de son bras gauche qu'il maintenait contre lui. Elle comprit instantanément la douleur qu'il devait ressentir, le poids de ses côtes, l'immobilité de son bras, la difficulté à respirer normalement.
Elle ne luit prit pas les mains ; la gauche était prisonnière de l'écharpe, et la droite tenait fermement la canne comme une ancre.
Alors, dans un geste d'une infinie tendresse, elle leva sa main libre. Elle s'approcha encore, réduisant la distance à un seul pas, et plaça doucement la paume de sa main droite contre la joue gauche du prince.
Olivier ferma les yeux. Un soupir de soulagement, long et profond, s'échappa de ses lèvres. Il pencha légèrement la tête, déposant son visage dans le creux de sa main, comme un enfant cherchant le réconfort de sa mère, ou un marin retrouvant la terre ferme après une tempête. La chaleur de sa peau, la douceur de sa paume, tout cela était plus réel que n'importe quel médicament, plus puissant que n'importe quelle technologie. Elle vit une larme rouler sur la joue du prince et la sentit couler dans le creux de sa main.
Un moment s'écoula, suspendu dans le temps. Helmut observa, les yeux rivés sur son pad, notant que la fréquence cardiaque d'Olivier, qui avait atteint des sommets, commençait à se stabiliser, comme si le simple contact apaisait la tempête intérieure. Et qu'elle avait commencé à décroitre.
Puis, lentement, Olivier rouvrit les yeux. Il y avait une lueur nouvelle dans son regard humide, une paix qu'il n'avait pas connue depuis des semaines. Il appuya sa canne contre l’encadrement de la porte, libérant sa main droite. Il prit doucement la main de Sylvie pour l'embrasser tendrement dans le creux de la paume.
Il la regarda alors, un sourire timide, fragile mais sincère, étirant ses lèvres.
— Je suis là. Ça va aller, dit-il, la voix douce mais ferme.
***
Le Baiser de l’Alarme cardiaque
Ces mots résonnèrent dans l'air comme une mélodie que Sylvie avait attendue dans le silence de ses nuits d'insomnie et de ses journées d’engourdissement.
Elle le regarda, immobile, sa main était dans celle du prince et toujours pressée contre les lèvres d’Olivier. Elle le regardait les yeux grands ouverts. Elle voyait ce visage qu'elle croyait perdu. Elle perçut le souffle court et chaud de sa respiration sur son propre visage, entravé par la gêne de ses côtes douloureuses.
Soudain, un élan irréfléchi la traversa. Plus fort que la raison, plus fort que les protocoles médicaux ou les convenances royales. Tout en le fixant dans les yeux, cherchant la vérité de son âme, elle leva ses deux mains. Avec une délicatesse infinie, elle encadra le visage d'Olivier, ses doigts effleurant ses tempes, ses joues, comme pour s'assurer qu'il était bien réel, qu'il n'était pas un rêve éveillé. Elle s'approcha encore, effaçant la dernière distance, et posa ses lèvres sur les siennes.
Ce fut un baiser d'une douceur absolue, un échange silencieux de toutes les peurs, de toutes les joies, de toutes les années de sentiments non-dits, sous les clignotements attendris de quelques petites licornes.
Olivier, désemparé, les yeux écarquillés par la surprise, sentit alors le contact doux et chaud tout contre lui de celle qu'il aimait depuis toujours. Une vague de chaleur l'envahit, dissipant la douleur de ses côtes, l'engourdissement de son bras. Instinctivement, il enlaça la nuque de la princesse de sa main droite, la seule valide, et la serra maladroitement contre lui. Le mouvement lui provoqua un élancement douloureux, aigu dans sa cage thoracique, mais il ne la relâcha pas. Il lui rendit son baiser, avec toute la ferveur d'un homme qui revient de loin, d'un homme qui a cru ne jamais pouvoir toucher à nouveau ce qu'il chérissait le plus.
Derrière lui, adossé au mur du couloir opposé à la porte, Helmut qui avait reculé de quelques pas, faisait mine de contempler avec un intérêt fascinant une tapisserie représentant une licorne en train de méditer. Mais l'élan imprévu de la princesse l'avait pris de court. Son pad médical émit soudain un bip strident et répétitif.
« ALERTE : FRÉQUENCE CARDIAQUE EXCESSIVE. 165 BPM. RISQUE DE SURCHARGE CARDIO-VASCULAIRE. INTERVENTION REQUISE IMMÉDIATE. »
Helmut sursauta, son masque d'impassibilité se fissurant pour la première fois. Il regarda le pad, puis le couple, puis le pad, puis le couple.
— Votre... Votre Altesse... Vos altesses ! bégaya-t-il, la voix tremblante d'une panique qu'il tentait désespérément de contenir.
— La... la fréquence... le protocole... les deux Unités... le... le baiser... c'est... c'est contre-indiqué !
Il balbutiait, ne sachant comment s'y prendre, les mots se bousculant dans sa bouche.
— Je... je dois... je dois... arrêter... ou... ou...
C'est alors que, depuis le milieu de la pièce, un tumulte éclata. Flamme et Long, qui avaient observé la scène depuis le début en retenant leur souffle et campés immobiles sur leurs pattes, les yeux écarquillés comme des soucoupes, ne purent plus retenir leur joie. À la vue du prince et de la princesse qui s'embrassaient, ils se mirent à leur faire une fête endiablée.
Ils coururent autour du couple en cercles rapides, leurs petites pattes tambourinant sur le sol de marbre, leurs ailes battant frénétiquement. De petites flammes et des étincelles jaillirent, illuminant la pièce d'une lueur dorée et festive.
— Grrr ! Grôô ! (Traduction approximative : « Enfin ! On pensait qu'ils allaient rester figés jusqu'à la prochaine lune ! », « Mais pourquoi tant de temps ? »)
— Grrr ! (Traduction approximative : « Bravo ! Bravo ! On s'est tous demandé si vous y arriveriez un jour ! »)
— Grôô ! (Traduction approximative : « C'est trop beau ! Trop beau ! Mais attention aux côtes, Olivier ! »)
Le tumulte, les étincelles, les commentaires moqueurs mais chaleureux des dragons et toute leur agitation, brisèrent l'enchantement.
Olivier et Sylvie se séparèrent, tout gênés, maladroits, les joues rouges, osant à peine se regarder, et encore moins regarder Helmut qui, visiblement soulagé de les voir se séparer, continuait à fixer son pad médical comme une bouée de sauvetage.
— Votre Altesse, votre fréquence cardiaque est toujours à 135. C'est... c'est dangereux, nota Helmut quelque peu calmé mais toujours préoccupé.
Il sortit de sa poche un petit flacon de spray brumisateur apaisant et rafraîchissant, un produit de haute technologie médicale conçu pour calmer les pics de stress.
— Je... je vais devoir... procéder à une brumisation immédiate, annonça-t-il en visant Olivier.
Helmut vaporisa le prince d'un nuage frais et parfumé à la menthe et à la lavande.
Olivier, encore un peu étourdi par le baiser et la douleur de ses côtes, ferma instinctivement les yeux lorsqu’il fut atteint par le brouillard rafraichissant, l’esprit dans un autre monde.
Sylvie recula d’un pas et regarda le prince se faire rafraîchir par Helmut, les yeux écarquillés, n’arrivant pas à croire ce qu’elle était en train de voir.
Elle voyait Olivier, son Olivier, les yeux fermés sous le spray d'Helmut qui poursuivait ses pulvérisations sous plusieurs angles différents, entouré des dragons qui continuaient leur sarabande joyeuse, lançant des étincelles et des rires en mandarin.
C'était un spectacle à la fois absurde, touchant et merveilleux, une scène qui résumait parfaitement leur monde : une fusion de magie, de technologie, d'humour et d'amour.
Le prince, la tête dans un brouillard de menthe et de lavande, gardait les yeux fermés, un sourire timide aux lèvres et perdu dans le souvenir de cet instant tout juste passé, tandis que les dragons continuaient leur danse, célébrant enfin l’éclosion de l'amour dans la haute tour de la Princesse de Sylvaria.
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