Chapitre 10 : Ludwig 1/3

📖 L'artiste Peintre ✍️ NM.L 📝 586 mots

Vadigue me tira dans une rue non loin de mon appartement. Seuls, il en profita pour déposer un baiser sur mes lèvres. Je l’accueillis avec un frissonnement léger sur le corps. Je n’avais plus eu d’amant depuis un moment. Vadigue me rappelait que j’avais des besoins, autant physiques que psychiques. Sa langue enroulée à la mienne me fit le désirer. Peut-être n’était-ce pas seulement auprès de lui que j’aspirais à être. Je le plaquais contre un mur, le serrai dans mes bras. Il m’imita avant de me repousser doucement. Il attrapa mon menton, me sourit sagement.  

— Pourquoi ne pas prendre une chambre d’hôtel ? proposa-t-il naïvement.

Je hochais la tête comme un gamin, avec une certaine lenteur. Dans quelques heures, nous nous rendrons à l’exposition de Séverin. Une nouvelle date avait été annoncée dans la semaine.   Je savais que mon ancien amant ne serait pas là. Il fuyait le monde, la foule, les autres. C’était fini le temps où il aimait avoir tous les regards tournés vers lui. Il s’éloignait des choses de la vie, préoccupé par l’art et le calme. C’est ce que sa sœur disait de lui lorsque nous en parlions lors de rencontres fortuites.

— Allons-y, répondis-je.

J’avais envie de Vadigue. Il était beau. Pertinent. Satisfaisant.

Il ne s’attacherait pas à moi inconsidérablement. J’étais père de famille et je retournerai toujours vers eux.

***

La tête reposant sur le ventre de Vadigue, j’observai notre reflet dans le miroir. Dans la pénombre, j’aurais pu croire à un autre corps à mes côtés. Je gardais de Séverins que des souvenirs lointains. Quand nous nous étions-nous vus pour la dernière fois ?

Il y a six ans. Au hasard d’une soirée. Il avait pris un verre avec moi, on avait parlé comme si rien ne s’était jamais passé entre nous. Bien entendu, on avait fini par faire l’amour dans une chambre d’hôtel. Une même situation à quelques points inexacts. J’avais pu à nouveau caresser sa peau, et sentir son odeur si saisissante. C’était toujours ainsi que nous finissions, depuis qu’il était revenu de Janonie. Nous nous voyions et, comme irrésistiblement attirés l’un par l’autre, nous terminions enlacés dans le même lit. C’était une torture de le quitter ou de voir la chambre vide à mon réveil. Il disparaissait inéluctablement.

— Ludwig ?

La voix de Vadigue me parut lointaine.

— Que t’arrive-t-il ?

Vadigue bougea en dessous de moi. Il se redressa, s’assit et tourna mon visage vers le sien.

— Pourquoi pleures-tu ? Te sens-tu mal ? Ai-je eu un geste inapproprié qui t’aurait blessé ?

La profondeur de ses yeux verts portait l’éclat d’un homme bon et inquiet. Il était du genre à se soucier de la personne avec qui il partageait un lit.

Je secouai la tête avec un fin sourire. Je n’avais pas de joie en moi, toutefois il me pesait de troubler mon amant.

— Tu as été très doux, lui appris-je en essuyant des larmes que je n’avais pas senties.

— Alors ?

— Alors rien. Il m’arrive de pleurer sans m’en rendre compte. La malédiction d’un amour perdu. Ne t’en fais pas trop pour cela. Caresse-moi encore les cheveux.

Il s’exécuta en me prenant plus tendrement dans ses bras. Il déposa un baiser sur mon front et gentiment me câlina.

— Les amours perdus sont toujours vifs, quoi que l’on puisse vivre ailleurs. Je comprends cette pénible épreuve d’un cœur encore follement épris, chuchota-t-il en laissant ses doigts glisser dans mes cheveux.

Je souris. J’aimais cette délicatesse que prenaient les hommes quand ils n’étaient vus que de leur partenaire.

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