La classe

📖 Le chant de Loreleï ✍️ Enattendantlapluie 📝 663 mots

Périgueux, septembre 1988. Le jour de la rentrée en 6e de Loreleï. 11 ans.

15 heures. Les collégiens se répandaient dans la cour. Loreleï repéra une élève de sa classe, une petite rousse bondissante qui participait à une partie de loup avec d’autres sixièmes.

Loreleï repéra Bastien, qui échangeait des cartes Panini, posa son cartable contre un mur et s’approcha d’eux.

— Je peux jouer ?

Un garçon la bouscula avec un sourire.

— Oui ! C’est toi le loup !

Elle contesta avant de détaler :

— Tricheur !

Ils étaient une dizaine à se poursuivre joyeusement. Loreleï se cachait derrière un marronnier, reprenant son souffle, quand elle entendit :

— Mate les bébés qui jouent au loup !

— Ils sont mignons les sixièmes, avec leurs grands cartables !

— Mate l’autre, là !

Loreleï se retourna et vit qu’un des garçons la désignait.

— Gros bébé ! Hé ! T’es plus en primaire ! T’es au collège !

Le groupe d’élèves plus âgés ne s’arrêta pas là. Le plus petit lâcha :

— La jupe, je suis pour, ça te va bien. Mais franchement, tes genoux ! Fais un effort, t’es chez les grands maintenant !

Loreleï sentit ses joues chauffer, mais sa voix ne trembla pas.

— Vous savez quoi ?

Un flottement. Une sixième leur répondait. Elle profita de leur silence pour enchaîner :

— J’ai des croûtes aux genoux ! C’est mieux que la petite vérole !

Ils arrêtèrent de ricaner. S’ils n’avaient pas compris le sens du dernier mot, ils en avaient compris l’insulte.

Le petit se décolla du mur, tendu, la main droite prête à partir. Loreleï sentit son ventre se nouer au souvenir du coup de poing qu’elle avait reçu à six ans. Elle n’avait pas voulu laisser la balançoire à un garçon… et le grand frère avait débarqué. Puis, en fin de CM2, une embrouille qui avait abouti à une claque. Elle avait riposté sans réfléchir et imprimé ses doigts sur la joue de son adversaire. Sa médaille cuisante.

La cour était muette. Silence de western, comme dans les vieux films enregistrés par son père. Les épaules de la petite fille se contractèrent, elle recula d’un pas. Elle savait que personne ne l’aiderait. Aux balançoires, personne n’avait réagi.

— Sale pisseuse…

Le corps de Loreleï prit deux décisions : phalanges crispées au maximum pour frapper, rotation de la hanche pour faire demi-tour. Ce qui aboutirait, au mieux, à un coup dans le vide et, au pire, à une belle gamelle.

La peur lui venait toujours. Mais trop tard.

Le collégien était si près de Loreleï qu’elle eut envie de vomir quand elle crut voir son reflet dans un bouton jaune et luisant.

Il préparait son poing, mais un type de la bande intervint.

— Laisse tomber, c’est une gamine.

Le petit agita son majeur sous le nez de Loreleï, tout en postillonnant :

— Dégage, bébé ! Et fais gaffe à toi !


Loreleï fit demi-tour. C’est alors que deux choses se produisirent simultanément : ses genoux se mirent à trembler et la rouquine montée sur ressort apparut de derrière le marronnier et l’enlaça.

— Je suis Sarah ! Ta meilleure amie !

Loreleï n’eut pas le temps de répliquer. Sa kidnappeuse poursuivit sur sa lancée :

— J’espère que la place était libre ! Sinon… Je suis pas jalouse !

Loreleï resta interdite une seconde, puis répondit au sourire de Sarah et acquiesça, très pince-sans-rire :

— T’as l’air assez folle pour faire une meilleure amie correcte. Je vais juste prévenir Bastien. Mon meilleur ami depuis le CE2. Tu as du sucre, des bonbons ?

Sarah resta immobile un moment, ce qui semblait étranger à sa nature, puis elle enchaîna.

— Pourquoi ? Oui. Enfin, non, j’ai des fruits secs. Ma mère est contre le sucre.

Les jambes et les mains de Loreleï tremblotaient maintenant de concert.

— Je fais de l’hypoglycémie.

Tout en donnant sa réserve d’écureuil à Loreleï, la rouquine sur ressort taquina sa nouvelle amie.

Elles finirent leur partie de loup, ajoutant des bleus à leur collection. La sonnerie retentit. Au moment de récupérer leurs cartables, elles se firent plusieurs promesses : s’asseoir ensemble à tous les cours, programmer une soirée pyjama et toujours (toujours !) tout se raconter.

Sarah prévint :

— Va falloir arrêter de bouffer mon goûter tout le temps !

Loreleï protesta :

— Tout le temps ? On se connaît depuis cinq minutes !

💬 Commentaires 19

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Lahire • 1 semaine, 5 jours
Je me lance. J'ai beaucoup de chapitres devant moi. Mais avec le temps...
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Enattendantlapluie Auteur • 1 semaine, 5 jours
Bienvenue à bord ! Les chapitres sont assez courts, mais l’aventure longue.
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Swala • 4 semaines, 1 jour
Super premier chapitre, on rentre bien dans l'histoire !
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Enattendantlapluie Auteur • 4 semaines, 1 jour
Merci ! J'espère que la suite te plaira autant.
J'alterne souvent les POV... tu me diras si c'est clair ou si on se perd.
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AlexSonntag • 1 mois
Je suis impatient de retrouver Lorelei et de suivre ses aventures sous l'angle d'une relecture.
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Enattendantlapluie Auteur • 1 mois
Tu me diras si la relecture change certaines impressions. Surtout que j'ai ajouté des scènes.
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AlexSonntag • 1 mois
Oui, C'est pour cela que je vais relire ton texte au fur et à mesure.
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JonathanJones57 • 1 mois
Ravi de te relire! Petite question qui m'est venue spontanément pendant la lecture : est-ce que "Le Chant de Loreleï" est un roman entièrement fictionnel ou est-ce qu'il s'inspire de ton propre parcours ? Je n'arrive pas tout à fait à situer le pacte de lecture, et ça influence forcément la manière dont je lis certains dialogues et certaines scènes. Et je souhaite volontiers te faire des retours ;-)
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Enattendantlapluie Auteur • 1 mois
Je suis contente de te retrouver ! Tu me rediras pour Meddhi sur quels points tu souhaites des retours.

Concernant le pacte de lecture, il n’est pas précisé car je serais bien embêtée pour le définir.
Le plus simple est de le lire en se disant que c'est de la fiction.
Mais il y a une grande part de moi dedans - dont j'essaie de me détacher d'ailleurs. Les personnages et leurs dynamiques relationnelles sont vraies, les faits... parfois. Ou souvent.
Au départ, j'avais écrit une autobiographie, mais j’étais comme coincée par la pression de coller au plus près aux faits.
Avec Loreleï, j'ai expérimenté une nouvelle voie/voix, entre l’uchronie et l’autofiction.
Est-ce que cela t'aide à te positionner ?
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JonathanJones57 • 1 mois
Oui, complètement. Merci pour ta réponse, c'est beaucoup plus clair.

En te lisant, je sentais bien qu'il y avait quelque chose de très vécu dans les relations et les émotions, sans savoir jusqu'où tu te laissais la liberté de t'éloigner des faits. Ça change mon regard.

Je vais donc le lire comme un roman, en gardant ça en tête. Ça me donnera un cadre plus juste pour te faire des retours. Et merci aussi pour ta proposition concernant "Mehdi", je reviendrai vers toi avec plaisir quand tu avanceras dans la lecture. :-)
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JonathanJones57 • 1 mois
Un retour sur ce chapitre: j'ai beaucoup aimé l'arrivée de Sarah. Je ne m'y attendais pas du tout après la tension avec les grands, et finalement c'est surtout cette rencontre que je retiens. En quelques lignes, j'avais déjà envie de les revoir ensemble.
J'aime aussi le ton que tu installes dès ce premier chapitre. Quelque chose de vivant et de fluide dans l'écriture, qui se lit facilement, une vraie proximité avec Loreleï.
Bon, j'ai parfois eu aussi le sentiment que certaines répliques ou réactions étaient un peu plus écrites que ce que j'imaginais pour des élèves de onze ans, mais c'est vraiment une question de sensibilité. À quelques endroits, j'aurais aussi aimé que certaines émotions soient un peu plus suggérées que formulées, pour me laisser davantage les ressentir.
En tout cas, ce premier chapitre me donne envie de poursuivre, surtout pour découvrir comment va évoluer leur amitié.
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Enattendantlapluie Auteur • 1 mois
Merci pour ton retour et tes annotations précises.
Pour les émotions trop formulées, est-ce que tu peux me citer les passages ? Ce genre de point est toujours complexe à gérer, le niveau d'implicite accepté par les lecteurs étant variable. C'est d'ailleurs pour ça que j'apprécie tes textes.
Il faut oser être soi !
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JonathanJones57 • 4 semaines, 2 jours
Merci, ça fait plaisir.
Oui, bien sûr. Ce qui m'est venu en tête, par ex. c'est quand Loreleï répond aux grands : « J'ai onze ans ! Je m'amuse, je tombe, j'ai des croûtes aux genoux ! » (je t'avais annoté)
J'ai trouvé la réplique un peu plus construite que ce que j'imaginais dans une situation comme celle-là. Personnellement, je l'aurais peut-être sentie plus juste avec quelque chose de plus spontané ou de plus brut.
J'ai eu un ressenti un peu similaire avec : « Le corps de Loreleï prit deux décisions... »
L'idée = intéressante, mais elle met un peu de distance à un moment où, en tant que lecteur, j'avais surtout envie d'être collé à ce qu'elle ressentait.
Après, c'est vraiment ma sensibilité de lecteur. J'aime beaucoup quand un geste, un regard ou une hésitation me font comprendre une émotion sans qu'elle soit formulée. Mais je suis conscient que ce n'est pas forcément ce que tous les lecteurs recherchent.
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AnaëlleN • 1 mois
Je plante ma tente ;)
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Enattendantlapluie Auteur • 1 mois
Tiens ! De la crème anti moustiques !
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Aurelian3310 • 1 mois
Le retour de Loreleï !
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Enattendantlapluie Auteur • 1 mois
Oui ! J'ai beaucoup hésité, mais go !
Des nouveaux chapitres dans les starting block !
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LaKlandestine • 1 mois
Il y a des amitiés qui naissent comme des évidences. Jolie histoire !
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Enattendantlapluie Auteur • 1 mois
Merci ! Ce n'est que le début d'une histoire... compliquée.
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