Au Commencement…
Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais réellement trouvé ma place dans ce monde. Pas même dans ma famille…
Je suis le troisième enfant d’une fratrie de quatre, la seconde fille. Je suis née outil et, parfois, je me demande si je le resterai à vie.
Mon père a toujours été ouvrier. Il était peu présent, peu aimable. Il était soi-disant l’autorité, mais le plus souvent, il donnait l’impression de n’avoir rien à faire des autres. Et ce, encore aujourd’hui. Si je devais utiliser un terme pour le définir : solitaire.
Je n’ai jamais vraiment su si sa condition de père lui plaisait… Lorsqu’on le regarde, on se dit surtout qu’il aurait aimé rester seul, sans attache.
Ma mère, elle, a vite arrêté de travailler. Rester à la maison : son plus grand credo. Une grande partie de mon enfance, je l’ai connue mère au foyer. Dès la naissance de ma grande sœur, elle s’est arrêtée et n’a plus vraiment voulu travailler. Malheureusement pour elle, les circonstances ont fait qu’elle y a été obligée.
Mais tout était prétexte à se plaindre. Et surtout manipuler. Oui, le mot pour la définir est véritablement la manipulation. Son but dans la vie est très simple : se victimiser pour attendrir tout le monde. En y ajoutant une bonne dose d’affabulation, vous obtenez le meilleur mélange pour manipuler autrui.
De l’extérieur, on voyait un couple modèle, aimant. Mais, j’avoue que je ne sais même pas s’ils se sont réellement aimés un jour… Le désir, le sexe, oui, ça, ils en raffolaient. Un peu trop peut-être !
Ils se sont rencontrés durant un bal et très vite, ma mère est tombée enceinte de mon frère. Un premier enfant puis un deuxième dans la foulée. Un joli retour de couche qui les obligea à se marier. Il paraît que mon père était heureux : une femme et deux enfants, son plus grand souhait !
Mais une première rancœur pour ma mère : mon père était divorcé ; elle n’a pas pu se marier en blanc. Une seconde rancœur vint très rapidement rejoindre la première : une belle-mère qu’elle n’aimait pas et qui, un jour, vint vivre avec eux à cause de problèmes de santé.
Et puis, je vins…
Enfin, je vins, c’est un grand mot ! Une belle phrase !
En réalité, l’histoire est bien plus complexe, bien moins rose.
À l’époque, mon père travaillait, mais son salaire ne suffisait plus. Après des discussions et des engueulades (d’après ma mère), il lui aurait demandé de retrouver du travail. Avec deux enfants à charge, comment faire ? La solution était toute trouvée : la belle-mère tant détestée deviendrait leur nounou.
Ce fut à cet instant que ma mère mit en place son plan : se faire engrosser dans le dos de son mari et rester à la maison…
Le plan fonctionna puisqu’elle tomba enceinte d’un troisième enfant, un polichinelle. Moi. Un enfant non désiré, pas par amour, un enfant non voulu. Juste une excuse, un outil qu’on utiliserait plus que de raison.
Ma naissance fut catastrophique, dans tous les sens du terme.
Mon père ne me voulait pas. J’étais une excuse valable pour ma mère et sa fainéantise. Et, en prime, ma mère eut droit à une sciatique pendant toute la grossesse. Si je n’avais pas été agnostique, j’aurais pu croire qu’une entité supérieure s’était mêlée de l’histoire !
L’accouchement se passa mal. Ma tête resta coincée, l’utérus de ma mère fut déchiré. Une hémorragie en bonne et due forme et la possibilité que toutes les deux y passent. Ma mère se fit engueuler par la sage-femme : « Quelle idée d’avoir un enfant aussi gros ! », alors que je ne faisais qu’un peu plus de 3 kilos…
On usa de pinces pour m’éjecter, on força le plus possible, au point que ma tête fut déformée. Une vraie tête d’œuf… Heureusement, elle a retrouvé une forme normale.
J’étais donc là. L’enfant qui lui servirait d’excuse pour ne pas retravailler, l’enfant qui avait failli la tuer.
Je n’ai jamais vraiment eu de lien avec mon père ; notre relation a toujours été conflictuelle. Et, aujourd’hui, cela peut se comprendre : par ma faute, il avait failli perdre sa femme. Et, par ma faute, encore, il se retrouvait sans soutien pour les finances du foyer. Bien au contraire, il récupérait une nouvelle bouche à nourrir. Un poids supplémentaire, un boulet qu’on lui avait accroché à la cheville contre son gré.
Ma mère, elle, était heureuse. Son plan avait fonctionné à merveille. Et combien de fois me l’a-t-elle dit ? Je ne sais pas, je ne l’ai jamais compté. Je sais juste qu’elle me le répétait encore et encore dès mon plus jeune âge. Je n’étais même pas encore scolarisée que je savais déjà que j’étais son outil.
Je n’étais pas mise au même niveau que ses deux premiers enfants. Non, j’étais là sans être là. On se souvenait de moi quand on avait besoin de moi. Et rien de plus.
💬 Commentaires 5
:-)
Cela te fait-il du bien ?
Un début d'histoire ? Un texte autobiographique ?