Le Code bruminal
(Tel que rapporté dans les archives de Bourg-Corbac, avec les commentaires des générations successives de Gardiens)
Les Sept Préceptes fondateurs, attribués selon la légende à l’Agneau Solaire lui-même, ou à ses tout premiers disciples :
I. Nul ne fera à autrui ce qu'il ne voudrait subir lui-même – Bruminal ou non, ami ou étranger, semblable ou différent.
II. Chacun demeure fidèle à sa propre nature, sans jamais forcer un autre à renier la sienne.
III. Le fort protège le faible ; jamais il ne s'en repaît, ni ne s'en détourne.
IV. Ce qui naît des Brumes est sacré, et nul ne saurait juger un Éveil, quelle qu'en soit l'origine ou la forme.
V. La colère se dépose avant le coucher du Soleil ; la rancune ne doit jamais franchir le seuil d'une nouvelle aube.
VI. Tout Bruminal doit un jour rendre ce qu'il a reçu – par le service, par l'enseignement, ou par la protection d'un plus jeune que lui.
VII. Aucune créature du Cœur ne sera jamais bannie sans jugement, ni jugée sans miséricorde.
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Note du Gardien-Archiviste, ajoutée quelque deux cents cycles après la rédaction initiale :
Le Sixième Précepte a donné lieu, au fil des générations, à la pratique aujourd'hui bien établie de l'adoption des jeunes Éveillés par des couples bruminaux déjà formés – les unions entre Bruminaux d'une même espèce animale donnant rarement naissance à leur tour à des Éveillés, il est apparu naturel, et conforme à l'esprit du Précepte, que ceux qui ont reçu la protection, l’amour et la guidance d'un aîné les rendent en retour à un plus jeune, qu'il leur soit apparenté par le sang ou non.
Note plus tardive, d'une main différente, ajoutée en marge :
Certains Gardiens, dans les régions les plus reculées, ont cru bon d'étendre cette pratique jusqu'à décourager, voire interdire, les unions entre Bruminaux de familles différentes, arguant que “chacun demeure fidèle à sa propre nature” (Second Précepte) impliquerait de rester fidèle à sa propre espèce également. Cette interprétation reste vivement contestée par nombre de Gardiens, dont l'auteur de ces lignes, qui y voit une trahison de l'esprit même du Code plutôt que son application fidèle.
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Amendement dit “de la Table Commune”, inséré après le Précepte Quatrième par un Concile de Gardiens réuni à Port-Couronne, il y a de cela plusieurs siècles :
Nul Bruminal ne consommera la chair, le lait, les œufs ou tout autre produit tiré d'un autre Bruminal, quelle que soit son espèce – un tel acte étant tenu pour une abomination sans appel, transgression directe du Premier Précepte.
La chair et les produits d'animaux non éveillés demeurent, en revanche, permis, ainsi qu'il en fut toujours, la nature ayant ses propres lois que le Code ne prétend pas abolir entièrement.
Toutefois, en signe de charité et de prudence envers ce qui pourrait un jour s'éveiller sans que nul ne l’ait encore constaté, le Code invite tout particulièrement les carnassiers parmi les Bruminaux à limiter leurs appétits, et à privilégier, chaque fois que la chose est possible, la consommation de poisson – les créatures des profondeurs étant réputées, depuis des temps immémoriaux, ne jamais connaître l'Éveil.
Note en marge, d'une autre main, à l'encre plus pâle :
Réputées par qui, et sur quelle preuve ? Nul Gardien n'a jamais sondé les profondeurs de l’Iris ni celles d’aucun lac de Moultebrume. Nous choisissons de croire ce qui nous arrange, et d’appeler cela “sagesse”.
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Amendement, dit “de la Grande Prudence”, ajouté après les troubles connus sous le nom des Années Grises (période dont les archives elles-mêmes restent lacunaires) :
Tout Bruminal dont l'Éveil se serait accompagné d'une corruption manifeste – qu'elle soit d'origine inconnue, maléfique, ou consécutive à un pacte contraire au Code – devra être signalé au Gardien le plus proche, qui jugera, en conscience et après examen, s'il convient de l’accueillir, de l’accompagner à l'écart de la communauté, ou, en dernier recours seulement et jamais sans un jugement collégial, de l’en exclure totalement.
Note en marge, griffée d'une écriture rageuse, jamais effacée malgré plusieurs tentatives :
“Jugement collégial”. Comme si la peur collective valait justice.
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