De l’Agneau Solaire
SELON LA TRADITION DE PORT-COURONNE
(Récit – tel que rapporté aux novices – dont l'authenticité et l'ancienneté demeurent objets de dispute parmi les Gardiens eux-mêmes)
On raconte qu’aux tout premiers temps de Moultebrume, alors que les Brumes elles-mêmes n’avaient pas encore pleinement dessiné les contours du monde, le Cœur fit naître un Agneau d’une blancheur telle qu'aucune ombre ne pouvait se poser sur lui.
Cet Agneau ne connaissait ni crainte ni colère, et marchait indifféremment parmi les prédateurs et les proies, les grands et les petits, sans que nul ne songeât à lui faire du mal – non par peur, mais par une paix que sa seule présence semblait répandre autour de lui, comme une onde sur une eau calme.
On raconte qu'il enseigna les Sept Préceptes non par la parole, mais par l'exemple, marchant simplement parmi les créatures éveillées de Moultebrume jusqu'à ce qu'elles comprennent, d’elles-mêmes, comment vivre en paix les unes avec les autres.
Et l’on dit, enfin, qu’un jour vint où les Ténèbres, jalouses de cette harmonie, cherchèrent à corrompre l’Agneau comme elles corrompent toute chose pure – mais que celui-ci, plutôt que de se laisser souiller, choisit de retourner se dissoudre dans le Cœur d’où il était né, léguant sa paix à tous ceux qui sauraient s'en montrer dignes, pour les cycles des saisons à venir.
Note du Gardien-Archiviste :
Nul ne sait si l'Agneau Solaire fut jamais une créature de chair, ou seulement une image forgée après coup pour donner un visage à des préceptes plus anciens encore que la mémoire des Bruminaux. Aussi certains Gardiens tiennent-ils cette légende pour une vérité littérale ; d'autres, pour une parabole utile à la diffusion du Code. Pour mémoire, celui qui tient cette plume juge la question sans intérêt, la vérité de la Foi n’étant pas la même chose que la vérité de la Science.
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