Interlude
La princesse avait, dans l'urgence, réuni les membres les plus fidèles de son cortège. À l'insu de sa mère, elle avait pris la route de La Lisière, guidée par les souvenirs conservés dans l'amulette de Tash. Elle traversa donc la forêt sur des centaines de kilomètres, sans s'autoriser le moindre ralentissement. Mais lorsqu'elle arriva, il était déjà trop tard. Liam était mort.
Dans la cuisine de la maison de Liam, on lui avait servi du thé, tiède, à peine infusé. Son hôtesse enchaînait les maladresses : vaisselle abandonnée, tasses renversées, linges trempés. La princesse tremblait et criait dans une langue que son interlocutrice ne comprenait pas.
La mère de Liam n'avait pas pu secourir son fils. Avant de monter dans la chambre, Kvöt l'avait endormie avec un mouchoir imbibé. Son mari, déjà diminué, n'avait pu intervenir non plus.
Avec sa bague, la princesse s'efforçait de faire passer son message à la mère, mais celle-ci ne semblait pas réceptive. Tout glissait sur elle.
— Suis-moi, dit enfin la mère.
Elle lui fit signe de venir.
La princesse la suivit jusqu'à la maison de Dame Ua. La Dame Noire ouvrit un tiroir et en sortit deux Pierres. On les avait retrouvées couvertes de sang, près des deux cadavres.
La princesse repartit avec les deux Pierres.
Les semaines passèrent.
***
Une voix atteignit Liam dans la Pierre.
— Bonjour. Je te réveille ?
— Laissez-moi tranquille. Non… tuez-moi.
— Si je le faisais, c'est ma fille qui me tuerait.
— Fermez-la.
— Tu as de la chance : je te laisse choisir ton nouveau nom. Ce sera le signe de ta nouvelle vie. Elle sera meilleure. Moi, la reine Sindragosa, je t'en fais la promesse.
— Bouclez-la.
— Tu l'auras voulu, Saesar.
La reine le fixa.
— Ces Pierres ont quelque chose d'impur… Comment peut-on se coltiner cela toute une vie ? C'est presque de la sauvagerie.
— « Ces » ?
Silence.
— Dis-moi que sa Pierre est vide. Assure-moi qu'il est mort, insista Saesar.
La reine ne répondit pas.
— Jette sa Pierre au plus profond de l'océan. Sinon, je prends le contrôle de ton corps et je t'étripe, sorcière.
— Si, en plus de son nom, tu hérites du caractère de Saesar, tu ne vivras pas tes meilleures heures ici, petit. Je t'ai promis une vie meilleure, mais ne la sabote pas. Le plus tragique des passés n'excuse pas la pire des attitudes.
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