Chapitre 2

📖 Les Royaumes d'Edaléside ✍️ McHWM 📝 1051 mots

Les rues de Chronis étaient une de ces fantaisies humaines où des tours aux dimensions astronomiques se rejoignaient par un complexe entrelacs de ponts de verre où circulaient les piétons. Les bas étages étaient réservés à la populace et plus on montait, plus le verre se faisait transparent, les tenues des passants richement décorées et raffinées. C'est là, tout en haut, que vivait la fine fleur de Chronis : les nobles qui préféraient la ville à la campagne, les bourgeois qui avaient fait fortune dans le commerce ou qui avaient été assez malins pour gagner suffisamment de richesse par un quelconque moyen.

Tous les niveaux étaient construits de la même manière. Seuls ceux qui les encombraient changeaient. Ainsi, à chaque niveau, on pouvait voir les échoppes et les prestataires border les rues suspendues comme les appelaient les voyageurs qui y faisaient halte. On y trouvait de tout : cafés, boulangeries, couturiers, orfèvres, auberges, restaurants, thermes, piscines, architectes, facteurs d'instruments, magasins de meubles… Mais, le plus époustouflant dans cette ville, l’endroit le plus extraordinaire qui coupait le souffle à toute personne qui y vient pour la première fois, était le jardin suspendu au-dessus du vide au dernier étage, souvenir du temps où Chronis était la capitale d'Amcyfnodor. Cette merveille architecturale, suspendue à plus de deux cents mètres, surplombait la région, offrant une vue panoramique sur les champs, les bois et les vallées.

Au printemps, tout était recouvert de fleurs qui diffusaient leurs séduisantes fragrances. En hiver, c'est la neige qui paraît de beauté les parterres et des cristaux de glace se formaient dans les branches. L'automne fascinait par le feu qui prenait les arbres tout au long des mois, passant du vert à l'or pour arriver à un rouge éclatant. Et, enfin, l'été, les fruits alourdissaient les branches et leurs arômes chatouillaient le nez des promeneurs. Les fleurs coloraient encore l'herbe tendre sur laquelle s'allongeaient les habitants dans leur retraite oisive. En chaque saison, les oiseaux apportaient un chant mélodieux, emprunt tantôt de joie et de gaieté devant le renouveau, tantôt d'au revoir quand le vent apportait le froid, tantôt de tristesse et de mélancolie lorsqu'il fallait revêtir un manteau plus épais ou partir vers des contrées plus chaudes le temps d'une saison… Ce jardin exhalait un parfum de sérénité.

Dans le kiosque, près de la grande serre qui, malgré sa délicatesse et sa judicieuse place dans le jardin, ne pouvait pas rivaliser avec la beauté de cet eldorado, Dauria et Lanelys étaient assises sur un banc de pierre. Lanelys avait à la main un carnet de croquis dont elle tournait les pages avec patience, permettant à Dauria de regarder les esquisses de robes. Une robe bleu nuit apparut sur la page suivante. Le tissu, au niveau du buste, était brodé de perles qui formaient des arabesques jusqu'à une large ceinture noire comme la dentelle de roses qui recouvrait les trois niveaux de la jupe. La robe suivante était une robe lilas simple où on retrouvait la dentelle dans les manches trois quart et le bas du bustier. Après, ce fut une robe verte. Puis une rouge. Et, ce jusqu'à 7 h 35, heure à laquelle les deux jeunes femmes décidèrent qu'il était temps de rejoindre la tour des quatre cadrans.

Cette tour dominait toute la ville. C'est également là qu'étaient installées les salles de cours de l'école supérieur. Mais, ce n'était pas sa seule particularité. Ce qui la rendait si surprenante, c'étaient les quatre cadrans qui ornaient son sommet. Le premier cadran indiquait l'heure, le deuxième le jour, le troisième, le mois et le dernier, personne ne l'avait vu bouger depuis plus de cent ans. Il avait quatre aiguilles et cent nombres. La plus petite aiguille se reposait toujours sur le 54, la deuxième sur le 72, la troisième sur le 3 et la quatrième sur le 7. Les chroniqueurs étaient doués avec le temps et les objets pour le mesurer. Mais, celui-là restait un mystère. Certains avaient déjà tenté de déplacer les aiguilles, mais elles étaient revenues à leur place quelques secondes plus tard. Certains disaient que le quatrième cadran était cassé ou même maudit. Plus personne, ou en tout cas très peu, savait ce qu'il représentait ou s'en souvenait. Toutes les personnes à qui Dauria avait demandé n'avaient pas su répondre…

Un jeune homme aux yeux bleus glaciers et aux cheveux bruns s'approcha des deux jeunes femmes et passa un bras sur chaque épaule de ces dernières.

– Mais qui vois-je donc ? Ne serait-ce pas Lanelys Amyrolph accompagnée de Dauria Drak bien évidemment. Tu es resplendissante ce matin. Comme tous les autres jours bien sûr. Ta beauté…

– Sylver ! Pas chaque matin ! Tu vas vraiment finir par me faire vomir ! s'exclama Lanelys en se détachant de Sylver.

Dauria, quant à elle, souriait bêtement en tenant les mains de Sylver face à elle. Il lui lâcha une main et chercha quelque chose dans les multiples poches de sa veste bleu marine. Son visage finit par s'éclairer lorsqu'il sentit un petit objet dans la poche intérieur et il sortit une petite pierre verte qui laissait passer la lumière. Elle était attachée par un cordon de cuir comme un pendentif.

– Je l'ai trouvée dans le lac en allant voir les naïades. J'ai pensé à toi. Elle est assortie à tes yeux, dit Sylver en passant le bijou autour du cou de Dauria. Tu le porteras ce soir à la fête ?

– Il est magnifique… Je le porterai tous les jours, murmura Dauria en caressant la pierre avant de passer ses bras autour du cou de Sylver.

– Euh… Je suis toujours là. Vous êtes très mignons, mais franchement nian-nian. Et, les cours vont bientôt commencer. Pas que j'aie envie de voir la magnifique céphalotomie de Boral mais actuellement son cours me semble bien plus attirant que de rester à vous regarder vous embrasser, vous échanger des mots doux, des cadeaux ou que sais-je encore…

Sylver et Dauria se séparèrent et partirent en direction du cours de Monsieur Boral.

– Au fait Lanelys, merci d'avoir convaincu Miss Drak de venir à la fête du lac.

– On devra l'aider à faire le ménage, en contrepartie, dit précipitamment Lanelys.

– Ha… 

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