Chapitre 4
La petite portion du lac où se situait la fête était envahie par toutes sortes de personnes : elfes, nymphes, fées… et humains bien sûr. Des lampions étaient accrochés aux arbres et un orchestre improvisé jouait une mélodie en accord avec l'atmosphère de la soirée. Ce dernier était surtout composé de Faunes qui avait apporté leurs flûtes de pan.
Dauria et Lanelys arrivèrent près du lac et cherchèrent du regard Sylver. Il était près du buffet en train de discuter avec trois nymphes. Dauria aurait pu ressentir de la jalousie, mais ce n'était pas le cas. Elle savait que les nymphes étaient les petites cousines de Sylver. Elle s'approcha et entendit une partie de la conversation.
– On est d'accord que vous n'allez rien dire. Il ne faut surtout pas qu'elle le sache.
Les nymphes firent des signes affirmatifs et regardèrent Dauria avec un étrange sourire. Un sourire signifiant "Je sais quelque chose que tu ne sais pas et qui te concerne". Dauria fronça les sourcils et posa une main sur l'épaule de Sylver. Ce dernier sursauta et se tourna vers elle.
– Tu es époustouflante, dit-il en souriant avant de lui remettre doucement une mèche derrière l'oreille. Veux-tu danser ?
Dauria sourit et lui fit signe que oui. Il la prit par la main et l'emmena un peu à l'écart, posant une main sur sa taille et commençant à danser au son de la douce musique des Faunes. Sylver la guidait avec aisance, insufflant grâce et délicatesse à chaque pas, à chaque figure.
– Dauria ? Te rends-tu compte que cela fait trois ans et demi que nous nous connaissons et exactement 729 jours que je t'ai demandé d'être ma petite amie ?
– Oui, pourquoi ? répondit l'intéressée sans comprendre.
Sylver prit une profonde inspiration, arrêta la danse et prit les mains de Dauria dans les siennes. Très lentement, les nymphes, Lanelys et quelques curieux s'approchèrent.
– Dauria, la première fois que je t'ai vue, j'ai ressenti une très grande jalousie à ton égard. Tu venais d'arriver et tu t'intégrais parfaitement. Je n'arrêtais pas de penser à toi. Et, quand la jalousie est partie, je ne comprenais pas, je pensais toujours à toi et même plus. Je te voyais tous les jours. Tu aidais tout le monde. Ton altruisme m'a émerveillé. Je… J'étais têtu. J'ai voulu continuer à te détester, mais mon cœur battait trop fort. Dauria, tu es une femme merveilleuse dont je ne me lasse jamais de voir le visage et dont je ne me lasserais jamais de voir le visage. C'est pour ça qu'aujourd'hui, je te supplie à genoux de bien vouloir m'aimer comme je suis pour le reste de notre vie.
Sylver se mit à genoux en sortant une bague elfique surmontée d'une petite émeraude. Dauria avait ses mains sur sa bouche. Serait-ce possible ? Dauria hocha doucement la tête, émue. Sylver se leva et lui mit la bague au doigt avant de tendrement l'embrasser sur la pommette tandis que les curieux qui s'étaient amassés là applaudirent.
*****
Vers minuit, la fête résonnait encore autour du lac. Dauria s'isola en allant vers la forêt. Elle contempla la bague avec un sourire niais et les yeux rêveurs lorsqu'une voix la fit sursauter et se retourner.
– On n'est pas à la fête, beauté ? demanda un elfe aux cheveux roux coupés en brosse et aux yeux verts.
– Si, je m'écarte juste un moment loin de l'ivresse des gens. Qui êtes-vous ?
– Cayden Arev ou dit l'avare. Même si je n'ai jamais compris pourquoi.
Dauria l'examina plus attentivement. Il était beau. Très beau même. Une beauté à la fois insolente et ensorcelante. Ses vêtements semblaient riches, mais abîmés et la jeune femme aperçue un poignard dans sa botte droite.
– Et que voulez-vous Cayden ?
– Seulement te transmettre toutes mes félicitations pour tes fiançailles. C'est un bon parti. Quoiqu'un peu trop… cordial. Oh, et tu as ma bénédiction, gamine.
– Je ne sais pas qui vous êtes. Je vous remercie pour vos félicitations, mais vous pouvez garder votre avis et je n'ai pas besoin de votre bénédiction. J'ai déjà eu celle de mes amis.
– Ton fiancé arrive, dit l'elfe en souriant bizarrement.
Dauria se retourna. Effectivement, Sylver arrivait en souriant. Dauria essaya de sourire, mais une sensation étrange restait de cet échange avec le mystérieux elfe.
– Tu es là, je te cherchais. Que faisais-tu ?
– Je…
Dauria se retourna pour montrer l'elfe à Sylver toutefois ce dernier avait disparu, ne laissant même pas une empreinte de pas sur l'herbe.
– Je rêvais, dit-elle en souriant.
Mais, au fond, elle ne savait que penser. Qui était vraiment cet homme ? Elle ne l'avait jamais vu et pourtant, elle avait l'impression de le connaître.
Elle retourna au bal avec Sylver. Lanelys était toujours là à festoyer, une chope d'hydromel à la main.
– Dauria ! Tu es là ! Tu ne devineras jamais ce que je viens de voir, dit-elle, ne tenant pas bien droit et parlant avec une voix où on entendait l'ivresse. J'ai vu ton frère. Ou ton père. Ou ton cousin. Je n'ai pas trop compris avec le bruit autour.
– On est bien d'accord que tu n'as ni frère ni cousin, demanda Sylver en se tournant vers Dauria.
– Ni l'un ni l'autre. Je pense que je vais la raccompagner chez elle. À demain ?
Sylver hocha la tête et l'embrassa sur le front avant que Dauria n'emmène Lanelys. Heureusement, elle n'habitait pas loin du lac…
– Mais vraiment magnifique. Il faudra que tu me le présentes un peu mieux. Oh, il m'a dit de te dire que tu étais très en beauté et que tu ne ressemblais absolument pas à ta mère. Et, qu'il t'aiderait. Et, sinon tu t'es bien amusée ? Moi, comme une dingue ! Les lumières étaient merveilleuses. Et, l'horloge, c'est la mort qui sonne !
Dauria se tourna vers son amie exaspérée. La voilà qui se mettait à chanter sur l'horloge et les lumières merveilleuses.
– Lanelys, pourrais-tu arrêter de divaguer ?
– Je crois que j'ai trop bu.
– Sans blague.
– J'ai envie de vomir.
Dauria soupira et amena Lanelys dans l'herbe qui bordait la route et lui reteint les cheveux en arrière le temps que ça passe.
*****
Lanelys se réveilla le lendemain dans son lit. Inhabituel… En général, elle tombait de son lit et passait la nuit sur le tapis. Elle se redressa. Dauria était à son chevet.
– Qu'est-ce que tu fais là ? T'es quand même pas restée toute la nuit ?!
– Si. Tu n'as pas arrêté de divaguer et de vomir jusqu'à 3h00 du matin et je ne voulais pas réveiller tes parents. Sans parler du fait qu’après que tu te sois endormie, tu es tombée de ton lit sept fois et il n'est que huit heures et demie. Et, je suis désolée, mais pour moi, tu es lourde.
– Je ne pèse que 63 kilos ! C'est bien pour 1,80 mètre ! Mais je te remercie. Je ne me souviens pas de grand-chose… Je me souviens de la fête jusqu'à environ minuit et après plus rien jusqu'à ce que je vomisse. Et, encore, je me souviens juste que tu m'as ramenée et aidée.
– Il n'y a pas de quoi, c'est normal. Pas contre, je vais vraiment y aller, je dois nettoyer la demeure des Rolphriqs.
– Je t'accompagne, j'ai promis.
– Non, ce matin, tu te reposes. Tu pourras venir cet après-midi.
Dauria se leva et sortit de la pièce en fermant soigneusement derrière elle.
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