L'air

📖 L'éternité ✍️ BaptisteJacquemort 📝 259 mots

Pourquoi mes parents ne m’ont-ils appris qu’à plonger ? Pour perpétuer l’espèce ? Ô vaine litanie ! Moi, je ne crois plus qu’une seule vérité : je me dois à l’exubérance. Aussi, le temps est venu pour moi de rejoindre les cieux. Mon chemin m’appelle. Et le vent qui se lève est un signe que m’envoie Éole. Adieu poissons, adieu rochers, adieu vagues fidèles ! Mon pays est un voyage désormais. Mon avenir l’insaisissable. Et mes ailes mon seul viatique.

Ça y est ! Je vole. Je vole comme je n’ai jamais volé. Et je domine le monde. Du haut de ma liberté. Oui, c’est cela. L’air est l’amorce de la liberté. L’air est l’audace. La mer et la terre n’ont fait que me ravir à ma destinée et je n’ai finalement jamais pris conscience de ce qu’était le possible. J’ai trop abusé de l’équilibre. Je vole désormais…

Ah ! Si seulement je pouvais, comme les avions des hommes, laisser dans le ciel les traces fugaces de mon passage. Je ne me contenterais pas de scarifier l’éther de réticules équivoques ! Si j’étais doué de cette folie-là, j’écrirais de longs poèmes épiques pour avertir mes congénères de la vacuité de leur existence, pour les encourager à se révolter contre la fatalité et pour contester aux Dieux seuls la faculté de magnifier les caprices…

Mais que vois-je ? Qu’est-ce donc que cette colonne brune qui s’élève au-dessus des collines, là-bas, par-delà les falaises ? Qu’est-ce donc que cette lueur sanguinolente qui lèche la garrigue et noircit le paysage ? Un autre signe des cieux ?


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