Une triste nouvelle

📖 L'homme du passé ✍️ Lectrice1805 📝 577 mots

J’ai de la visite aujourd'hui. Un homme, celui de la photo. Quel est son nom déjà ?

Discrètement, je regarde dans mon dos. Le cadre photo me fixe, me donnant la réponse . Édouard. Ah oui, je m’en souviens maintenant. Édouard. Il a l'air abattu, rempli d'une profonde désolation. Que lui arrive-t-il ?

Il est habillé de noir des pieds à la tête, ses épaules sont voûtées, sa démarche lourde et pesante. Son visage renferme des émotions infinies. Il me regarde quelques secondes, sans bouger.

Il s’avance alors vers moi, se baisse, et me prend dans ses bras. Il éclate en sanglots. Des sanglots forts, puissants, inarrêtables. Je réagis en le serrant dans mes bras également, tout en cherchant à comprendre.

Il murmure, les mots hachés, à mon oreille. Son étreinte se resserre, je grimace. Ses sanglots rendent la compréhension difficile, mais résonnent en moi comme du cristal :

« Je suis déso… désolé, Edmond. J’ai tout fait pour l’en empêcher, mais c’était trop tard. Elle ne m’a rien dit, elle… elle est partie de son côté, sans un mot. La police m’a appelé, j’étais à l’usine. Son corps a été découvert sur le bord de la route, sans vie. Je suis désolé, Edmond. Je suis désolé de vous annoncer ça, alors que votre mémoire vous fait oublier votre fille. Mariette… Mariette est morte, Edmond. »

Je ne comprends pas. Mariette ? Ma fille ? Quel rapport ? Mon regard glisse sur la photo. C’est ma fille, et elle est morte. La nouvelle ne me frappe pas d'emblée, mais elle s'infiltre profondément en moi.

Je sens alors, sans que je le commande, des larmes couler le long de mes joues pâles. Je pleure ? Pourquoi ? Mariette est ma fille, et je ne m’en souviens pourtant pas. Alors, pourquoi ?

« Mariette… est ma fille ?

— Edmond, oh, Edmond, oui c’est votre fille, et elle est morte, partie ! crie Édouard en pleurant.

— Je… je l’ai perdue ? Elle n'est plus là ?

- ... .. Oui..

— Mon dieu, mon dieu, mon dieu ! »

J'explose. Ma poitrine est oppressée. Mon esprit déraille. Un souffle retenu, un vertige. Je titube sur le sol, tombe à la renverse. Je pars en arrière, sous des cris et des mains qui se précipitent vers moi. Mes pensées sont confuses. J'ai mal… au cœur ?

J'entends un brouhaha soudain, j'entrevois des formes blanches et floues mouvantes, le temps se déforme. Que se passe-t-il ? Je ne me souviens de rien. Un homme me dévisage, l'air débraillé et inquiet. Ses yeux sont rouges, ses mains serrées en poings. Edith ? Où es-tu ? J'ai peur. Reste avec moi, s'il te plaît.

Après ce qu'il me semble être des lustres, je cligne des yeux, reprends le cours de mes pensées. Je suis entouré de plusieurs personnes qui arrangent mes couvertures, tiennent un appareil sur mon bras. Dans un souffle tremblant, je hoquète. Oui, je hoquète.

Je sens une boule dans ma gorge. De la pluie s'abat sur mon visage, recouvrant mes joues qui s'humidifient. L'homme, où est-il ? Peu m'importe. Je laisse les larmes me consommer et m'endors sans un mot. Je suis si fatigué.



Ce fut quelques jours plus tard, alors que j'étais en train de contempler un cadre photo posé sur ma table de nuit, que je remarquai qu'il était vide. Y avait-il une photo dessus, avant ? Le ciel est si beau, dehors. Même si mon esprit s'obscurcit de temps à autre.

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