Je crois que je t'ai toujours attendue
Rachel et moi nous sommes rapidement liés d'amitié. Elle était souvent taquine, mais comprenait mon besoin de parler peu. Grâce à elle, je sortais doucement des crashs assourdissants qui m'envahissaient l'esprit.
Quelques jours plus tard, j’étais chez elle, en train de boire un café noir avec deux sucres, s’il vous plaît. C'était la première fois que j'allais chez elle. Le papier peint fleuri égayait les murs, rendant l'ambiance cosy et douillette. On pouvait sentir une bonne odeur se diffuser régulièrement.
C'est là que tout changea. Dans l'embrasure de la porte, qui reliait le couloir au salon, la créature la plus exquise que je n'aie jamais vue fit son apparition.
Dans son corset bleu ciel et sa jupe noire, elle semblait sortir d’un autre monde. Ses yeux contenaient tout le bleu de l'océan, m'envoûtant complètement en quelques secondes. Son sourire était d'une timidité et d'une sincérité désarmantes.
Rachel, qui remarqua mon mutisme soudain, m’a rabroué :
« J'aurais dû m'en douter… Edmund, je vous présente ma sœur, Edith. Edith, voilà mon ami de la marine, Edmond. Celui dont je t'ai parlé.
— Votre sœur ?, m'étonnais-je.
Elle ne m'en avait jamais parlé. Les mots ne me venaient plus.
Edith. Edith Galister. J'avais son nom, et il sonnait comme une mélodie à mes oreilles.
Nos regards étaient accrochés l’un à l’autre. Je voulais tout savoir d’elle, la toucher, l’observer, la protéger. Tout ça ? D’un coup ? J’avais du mal à y croire moi-même. Puis, j’ai vu sa posture. Sur le seuil de son salon, elle m’observait elle aussi, curieuse, la tête penchée.
Ses longs cheveux blonds tressés sur le côté la faisaient ressembler à une princesse.
« Bonsoir, Edith, lançai-je doucement.
— Bonsoir, Edmond.
Sa voix. Rien que sa voix. Qu'en dire ? Douce, avec un accent, magnifique, sublime. Elle me subjuguait. Elle m’hypnotisait, m’emportait déjà dans de doux rêves.
Mes obligations se rappelant à moi par mon bippeur, je me levai, à grands regrets.
« Mesdames, je dois vous quitter, on m’attend. Je vous remercie de votre accueil, Rachel.
— Mais de rien, marine.
— À bientôt… Edith.
— À bientôt, Edmund. »
Le lendemain, je n’ai pas pu la revoir. Nous sommes partis en pleine nuit, alertés par la radio. Mais, tandis que le bateau s’éloignait, je pensais à elle, me demandant ce qu’elle pensait de moi.
Je crois bien que ce jour-là, j'ai eu un coup de foudre immédiat pour la jeune personne qu'était Édith Galister. Mon pauvre cœur de matelot avait viré vers une terre que j'espérais revoir un jour.
Nous avons commencé à nous échanger des lettres, en parlant de mon brusque départ, de nous-mêmes, de ce que nous avions ressenti réciproquement.
À chaque fois, elle me répondait. Elle m'apprit quelques années plus tard le décès de sa Rachel, atteinte de pneumonie. La serveuse au sourire taquin n'était plus.
Je lui fis part de mes regrets de ne pouvoir la rejoindre pour la réconforter, mais elle ne me répondit jamais. Ma lettre était-elle arrivée ? M'ignorait-elle par chagrin ? Je ne le sais toujours pas maintenant.
Je luttais chaque jour contre mon envie d’aller la prendre dans mes bras, fusse-t-il traverser la mer pour la rejoindre, et avoir enfin de ses nouvelles.
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