Prologue
Elle était là, l’observant longuement, comme s’il était tout son monde. Son regard d’un gris argenté l’enveloppait de tous côtés. Tout sourire, elle tendait la main, l’invitant à la rejoindre ; il était tellement tenté, elle l’éblouissait par son doux regard et l’enveloppait d'une tendresse indéfinissable… Il ne pouvait penser qu’à elle et à rien d’autre, sa douce étoile, son ange, sa belle…
« … Papa ! Tu m’écoutes, tu es là ??
Un sursaut, une secousse. Il ouvre les yeux et voit Mariette qui fait une moue coléreuse, le fixant, semblant retenir ses mots. Les mains sur les hanches, elle a l'air déboussolée, à bout.
— Quoi ? Euh… oui, bien sûr… Donc, qu’a fait Élise à l'école ?
— Bon sang, tu n’écoutais pas ! Tu es tout le temps comme ça… »
Elle soupire, ses épaules se tassent. Il a dû faire quelque chose de mal.
« On ne peut pas continuer comme ça… »
Tous les jours, ce sont les mêmes phrases, les mêmes répliques qui sortent. Il oublie souvent ce qu’elle lui dit, malgré tout. « Ce doit être ça, la vieillesse », suppose-t-il… Et il pense à elle. Edith. Où est-elle, déjà ? Il ne sait plus. Il ne sait pas. Elle lui manque.
Son esprit s’envole, encore, toujours. Il est comme ça à chaque moment qui passe, il ne peut retenir ses pensées. D'un coup d'un seul, il faut bien qu’il demande :
« Où est Edith ? Je veux la voir.
- ... Papa... Tu as de nouveau oublié ça ? marmonne-t-elle.
— Oublier ? Comment ça ? Je veux juste la voir. »
Oui, c’est vrai. Oublier ? Comment ça ? Il oublie quelque chose ? Il ne croit pas pourtant. De quoi parlait-il déjà ? Il ne sait plus. Il doit avoir la tête ailleurs, en ce moment.
« Hé ho ! Papa, écoute-moi pour une fois ! Je te dis que tu as un problème et que tu ne vas pas bien du tout ! Tu comprends ?? »
Un blanc. Lui ? Il a un problème ? Mais comment ça ? ... Ah, il s’en souvient maintenant. Il se demandait où était Edith.
« Et pourquoi j'aurais un problème ? Pourquoi tu me cries dessus ? D’ailleurs, où est Edith ? »
Devant son air frustré, encore une fois, un blanc. Puis, d’un claquement de talon, le visage rouge, les yeux légèrement humides, elle souffle un grand coup. Elle s’excuse, et elle sort sans rien dire de plus. Une infirmière l’attend à la porte, et lui presse l’épaule comme pour la réconforter.
Il retourne à ses pensées. En même temps, il voit de jeunes dames vêtues de blanc sortir la personne qui lui parlait.
Qui était-ce, d’ailleurs ? Elle lui parlait… de quoi ? Il ne sait plus. Il est fatigué, il s'éloigne…
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